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34 H I S T © R I E T t E.

des plaintes à M. de Feuquières, Gouverneur de ht ville, qui envoya chercher le mari brutal. Celuici se défendit le mieux qu'il put; & comme il disoit avec emportement à M. de F eu qui ères, que s'il connoissoit la méchanceté de fa femme , il ne le condamnerait pas , un voilìn qu'il avoit amené avec lui , s'approcha , & lui dit doucement pardessus l'épaule : » Compère, il y a raison par-tout; » on sait bien qu'il faut battre une femme , mais » il ne faut pas 1 assommer ». On loua le voisin ,de son bon jugement, & l'on renvoya le mari, à qui on recommanda de s'y conformer à l'avenir.

Un homme fort riche étant à l'article de la mort, avoit envoyé chercher un Notaire de Paris-, nommé Sainfrai, pour lui dicter son testament. II lui recommanda sur-tout, d'en rédiger les clauses , d'une manière si claire & si nette, qu'il ne pût y avoir entre ses héritiers , aucune contestation après fa mort. Un testament qui ne soit contesté, répondit Sainfrai ! i! faudroit que je susse bien habile! « Jesus-Christ qui étoit te plus sige de » tous les hommes, & qui, de plus, étoit Dieu, » n'en a jamais fait qu'un , , que l'on conteste « depuis seize cents quatre-vingt & tant d'an»nées, & qui fait encore tous les jours naître » de nouveaux procès : il n'y a pas d'apparence 3, que je fasse ce qu'il n'a pas fait » : Lettres de Soursault.

M. Feuillet, célèbre prédicateur, du temps de Louis XIV , regardoit Monsieur faire collation en carême. Monsieur , en sortant de table , lui montra un petit biscuit qu'il prit encore sur la table, en disant: Ce n'est pas rompre le jeûne, n'eftìl pas vrai? Feuillet lui répondit: Manges un veau , &soye\ Chrétien.

M. Racine rapporte dans une de ses lettres, cette petite vengeanced'un Mousquetaire: il étoit sur un des petits degrés de Versailles. Un Officier qui étoit derrière lui , le prenant pour un de ses meilleurs amis, lui donna en badinant, un coup

fi i s r i n i i r n, 3 j ie pied dans le derrière ; puis s'étant apperçu de son erreur, il lui fit beaucoup d'excuses. Mais Te Mousquetaire , sans se payer de ses raisons, prit ïe moment qu'il avoit le dos tourné, & lui donna aussi un coup de pied, de toute fa force; après quoi il le pria de l'excufer, disant qu'il l'avoit pris auffi pour un de sesamis. Cette affaire, ajoute M. Racine, a paru sort étrange,&auroitpu avoir des suites, si on n'avoit pris soin d'accommoder promptement les deux partis.

Un Archevêque de Narbonne, de la maison de Gondi , entretenois un magnifique jardin qui étoit le rendez-vous de tous les honnêtes gens de la ville & des environs. Mais on avertissoit ceux qui entroient, de ne rien gaspiller, afin de laisser aux autres, la vue de ces belles fleurs qu'on y cultivait. Un jour que l'Archevéque étoit à une fenêtre qui donnoit fur le jardin, il apperçut une dame qui ravageoit le parterre pour se faire un bouquet des plus belles fleurs. II appella un domestique , & le chargea de porter à cette dame, un écu, de fa part, pour s'acheter des fleurs chez les jardiniers ; ajoutant que celles de ce jardin n'étoieht que pour le plaisir du public, & non pour le service des particuliers. La dame sentit cet affront , jetta les fleurs par terre , sortit fort indignée de cette prétendue impolitesse de l'Archevéque, qui, pour toute satisfaction, lui fit dire que son jardin n'étoit ouvert que pour les personnes qui favoient vivre. Nouveau Porte-feuille imprimé en 1757.

L'Empereur Rodolphe II, ayant appris qu'il y avoit en Franche-Comté, un chymisle qui passoit pour être certainement un adepte , envoya un homme de confiance pour l'engager à venir le trouver à Prague. Le commissionnaire n'épargna ni persuasion , ni promesse, pour s'acquitter de £j commission j mais le Franc-Comtois sut inébranlable, & se tint constamment à cette réponse: « Ou » je suis adepte, ou je ne le fais par: fi je le suis, M je n'ai pas besoin de l'Empereur; & fi je ne 1» $6 Blît o R t»f ît,

» suis pas, l'Empereur n'a que faire de moi ,f,

Nouveau Vorte-Feuille.

En 1663, l'Evêque d'une petite ville de guerre s'étant avisé le premier, de donner le nom de valet-de-chambre à un de ses laquais, & de lui faire porter l'épée, on vit h lendemain le Gouverneur de la ville, qui se faisoit faire la barbe par un de ses gens en soutane & en petit coller.

Le Sultan Amurath avoit défendu le tabac. Se trouvant un jour, déguisé à Scutari, il se plaça dans la barque qui passe à Constantinople: il y avoit un Spahis qui se mit à prendre du tabac: le grand Seigneur lui demanda s'il n'avoit pas peur des défenses. II répondit que personne ne pouvoit l'empêcher d'en prendre, que c'éroit fots pain, & lui demanda s'il en vouloit. Le grand Sei

flneur, ayant pris fa pipe, se mit dans un coin de a barque, pour fumer, comme s'il eût appréhendé d'être vu. Lorsqu'ils furent à terre, il invita le Spahis à venir boire du vin en un lieu où il y en âvoît de bon. Celui-ci y ayant consenti, le grand Seigneur le mena vers le lieu où ses gens I'artendoient; & en étant assez proche , il crut, comme il étoit très-fort, qu'il pourroit lui seul arrêter cet homme, c'est pourquoi il le prit par le coller. Le Spahis, étonné de cette hardiesse, soupçonna que c'étoit le grand Seigneur , & se voyant perdu , il prit vîtement sa masse qui pendoit à sa ceinture, & lui en donna un si grand coup sur les reins, qu'il le jetta par terre & s'enfuit. Ce Prince piqué d'avoir manqué son coup , fit publier qu'il tenoit pour brave eelui qui étoit l'auteur de cette action , & que s'il se préscntoit, il lui donneroit une grande récompense; mais le Spahis qui ne se fioit pas à fa parole, demeura inconnu. Thevehot.

Des Juifs ds Constantinople disputoient avec des Musulmans, touchant le Paradis, & soutenoient qu'ils seroient les seuls qui y auroient entrée. Les Turcs leur demandèrent: « Puisque cela P est ainsi, suivant votre sentiment, où vou

H i J i o t i i i T si 37 »te2-vous donc que nous soyons placés» ? Les Juifs n'eurent pas la hardiesse de dire que les Turcs en seroienc exclus entièrement; ils répondirent seulement : « Vous ferez hors des murail» les , & vous nous regarderez ». Cette singulière dispute alla jusqu'aux oreilles du Grand - Visir, qui, ne cherchant que le moindre prétexte pout lever de nouveaux impôts fur les Juifs, dit: « Puisque cette canaille nous place hors de l'en» ceinte du Paradis, il est juste quelle nous four» niflë des pavillons, afin que nous ne soyons » pas exposés aux injures de l'air ». En mêmetemps il taxa le corps des Juifs , outre le tribut ordinaire , à une certaine somme pour la dépense des pavillons du Grand-Seigneur,qu'ils paient encore aujourd'hui. ,

Un Mandarin de Nankin pafToit pour le plus riche particulier de la Chine. L'EmpereurKamhi, qui se proposoit de lui enlever une partie de ses tréfors , lui fit dire de venir le trouver dans le parc où il se promenoir. II lui ordonna de prendre la bride d'un âne sur lequel il monta, & de le conduire autour du parc. Le Mandarin obéit, & reçut une pièce d'or pour récompense. L'Empereur voulut à son tour lui donner le même amusement. En vain le Mandarin s'en excusa ; il fallut fouffrir que son maître lui rendît l'office de palfrenier. Après cette bizarre promenade: Combien de fois, lui dit l'Empereur, sois-je plus grand & plus puissant que toi? Le Mandarin se prosternant a ses pieds, lui répondit qu'on ne pouvoit faire entr'eux aucune comparaison. Eh bien ! lui dit Kamhi, je vais la faire. Je fuis vingt mille sois plus grand que toi; ainsi, tu paieras ma peine à proportion du prix que j'ai cru devoir mettre à la tienne. Le Mandarin paya vingt mille piècesd'or, en se félicitant, sans doute, de la modestie de son Souverain , qui pouvoit s'estimer cent mille sois plus grand & plus puissant que lui, Hisioirt 4ct Voyages,

}8 Historiette.

Le Calyphe Mahadi aimoit passionnément la chasse. Egaré de sa route, il entra chez un paysan , âc lui demanda à boire. Celui-ci lui apporta une crache de vin, dont le Calyphe but quelques coups. Mahadi lui demanda ensuite s'il le connoisiòir. Non, répondit l'Arabe. Je suis , dit ce Prince , un des principaux Seigneurs de la Cour du Calyphe. II but ensuite un autre coup, & demanda encore au paysan s'il le connoissoit. Celui-ci lui répondit, qu'il venoit de lui dire qui il étoit. Ce n'est pas cela, reprit Mahadi ; je suis encore plus grand que je ne vous Vai dit. Là-dessus il but encore un coup, & répéta la première demande. L'Arabe impatient, lui repliqua qu'il venoit de s'expliquer luimême à ce sujet. Non , dit le Prince, je ne vous ai pas tout appris: je suis le Calyphe, devant qui tout le monde se prosterne. A ces paroles, l'Arabe, au lieu de se prosterner, prit la cruche avec précipitation , pour la reporter où il l'avoit prise. Le Calyphe étonné , lui en ayant demandé la cause: <, Cest , dit l'Arabe, parce que si vous buviez enJ, core un coup , j'aurois peur que vous ne sussiez » le Prophète; & qu'enfin, à un dernier coup, vous » ne prétendissiez me faire accroire que vous êtes »le Dieu tout-puissant ». Hift. des Arabes.

Le père Kircker , Jésuite , rapporte dans une relation de ses voyages, que revenant de Goa en Europe , & étant arrivé à l'embouchure du fleuve Indus, il entra dans un marécage rempli de roseaux, du milieu desquels sortit tout-à-coup un crocodile énorme , qui vint à lui pour le dévorer; en méme-temps il apperçut un tigre qui venoit aussi se jetter sur lui. Ce pauvre père, placé entre deux périls inévitables , ne sevoit à quel Saint se vouer , lorsque tout-à-coup le tigre s'étant ilancé avec surie, tomba dans la gueule du monstrueux crocodile, qui , .occupé de fa nouvelle proie, donna au Missionnaire le temps de s'échapper. Cette singulière aventure rappelle celle d'un homme dont parle Ausonoe. Sa femme

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