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Instinct Des Animaux. 71 * L'bistorien du Paraguai rapporte un siit pics extraordinaire d'une lionne. Les Espagnols se trouvoientallìégésdansBuénos-Aires, parles peuples du canton. Le Gouverneur avoit défendu à Krns ceux qui demeuroient dans la ville, d'en sortir. Mais craignant que la famine , quicommenfoit à se faire sentir, ne fît violer ses ordres , il mit des gardes de toutes parts, avec ordre de tirer fur tous ceux qui chercheroientà palier l'enceinte désignée. Cette précaution retint les plus affamés, à l'exception d'une feule femme nommée Maldonote qui trompa la vigilance de ses gardes. Cette femme, après avoir erré dans des champs déserts, découvrit une caverne , qui lui parut une retraite sûre contre tous les dangers: mais elle y trouva une lionne, dont la vue la saisit de frayeur. Cependant les caresses de cer animal la rassurèrent un peu: elle reconnut même que ses caresses étoient intéressées* La lionne étoit pleine , & ne pouvoit mettre bas; elle sembloit demander un service que Maldònota ne cra'gnit point de lui rendre. Lorsqu'elle sut heureusement délivrée r sa reconnoissance ne se borna point à des témoignages présents, elle sortit pourchercher sa nourriture; Si , depuis ce jour, elle ne manqua point d'apporter , aux pieds de fa libératrice, une provision qu'elle partageoit avec elle. Ces soins durèrent aussi long-temps que ses peaits la retinrent dans la caverne. Lorsqu'elle les en eut retirés, Maldònota cessa dela voir , & sut réduite à chercher fa subsistance elfe-même. Mais elle ne put sortir souvent sans rencontrer les Indiens , qui fa firent esclave. Le Ciel permit qu'elle sut reprise par les Espagnols , qui la ramenèrent à BuénosAires. Le Gouverneur en étoit sorti. Un autre Espagnol , qui commanJoit en son absence , homme dur jusqu'à- la cruauté, savoit que cette femme avoit violé une loi capitale , il ne la crut pas assez punie par ses infortunes. II donna ordre qu'elle fût liée au tronc d'un arbre, en pleine campagne,

71 Instinct Des Animaux. pour y mourir de faim , qui étoit le mal dont elfe avoir voulu se garantir par sa fuite, òu pour y être dévorée par quelque bête féroce. Deux Iours après il voulut savoir ce qu'elle étoit devenue. Quelques soldats, qu'il charge'de cet ordre, surent turpris de la trouver pleine de vie, quoiqu'environnée de tigres & de lions , qui n'o(oient s'approcher d'el'e , parce qu'une lionne , qui étoit à ses pieds avec plusieurs lionceaux , sembloit la défendre. A la vue des soldats la lionne se retira un peu , comme pour leur laisser la liberté de délier sabienfaictrice. Maldonota leur raconta l'aventure de cet animal, qu'elle avoit reconnu au premier moment; &. lorsqu'après lui avoir óté ses liens , ils se disposoient à la reconduire àBuénos-Aires, il la dressa beaucoup, en paroissant regretter de . lavoir partir. Le rapport qu'ils en firent au Commandant , lui fit comprendre qu'il ne pouvoit , fans paroître plus féroce que les lions mêmes , se 1 dispenser de faire grace à une femme dont le Ciel avoir pris si sensiblement la défense. Voye\ l'Hist. générale des Voyages. On cite plusieurs garants de ce fait singulier

Ceux qui gouvernoientl'éléphant qui étoit autrefois à la ménagerie, ont cbservé qu'il connoissoit bien ceux qui se moquoient de lui , & qu'il s'en vengcoit lorsqu'il pouvoit en trouver l'occasion. Un peintre vouloit le dessiner en une attitude extraordinaire , qui étoit de tenir la trompe levée & la gueule ouverte. Le domestique du peintre, pour le faire demeurer en cet état, lui jettoit des fruits dans la gueule , & , le plus souvent, faisoit semblant d'en jetrer. L'animal en sut irrité; &, comme s'il eût reconnu que l'envie que le peintre avoit de le dessiner, étoit la cause de certe importunité , au. lieu de s'en prendre au domestique , il s'adress, nu mùtre , & lui jetta, par la trompe, une quaitité d'eau, dont il gâta le papier sur lequel le peintre dessinoit.

Voici deuxauxrej faits, relatifs à l'éléphant, cités

Instinct Dis Animaux. 73 tés dans l'histoire naturelle du cabinet du Roi. Un éléphant maltraité par son cornac , (c'est ainsi qu'on apelle son conducteur ) s'en étoit vengé en le tuant. Sa femme témoin de ce spectacle , prit ses deux enfants & les jetta aux piedsde l'animai, encore tout surieux, en lui disant : Puisque tu as tué mon mari , ôte-moiaujjì la vie , ainsi qu'à mes enfants. L'éléphant s'arrêta tout court, s'adoucit, &, comme s'il eût été touché de regret, prit avec (à trompe le plus grand de ces deux enfants, le mit fur son cou, s'adopta pour son cornac , & n'en voulut point souffrir d'autre.

Si l'éléphant est vindicatif, il n'est pas moins «connorssant. Un soldat de Pondichéri, quiavoit coutume de porter à un de cesanimaux , une certaine mesure d'arac,chaque fois qu'il touchoit son prêt, ayant un jour .bu plus que de raison , & se ▼oyant poursuivi par la garde, qui vouloit le conduire en prison, se résugia sous l'éléphant, & s'y «ndormit. Ce fut en vain que la garde tenta de l'arracher de cet asyle , l'éléphant le défendit avec sa trompe. Le lendemain le soldat revenu de son ivresse, frémit à son-réveil, de se voir couché sous an animal d'une grosseur fi énorme. L'éléphant , qtìi fans doute, poursuit l'historien, s'apperçut de son effroi , le caressa avec fa trompe pour le rassurer , Si lui fit entendre qu'il pouvoit s'en aller.

Les Historiens Latins qui ont écrit la vie de L'Empereur Domitien, nous disent que cet Empereur voulant donner une fête aux Romains , fit dresser une troupe d'éléphants pour danser un bal-. Jet. On leur enseignoit des pas & des figures difficiles à retenir. Un de ces animaux ayant été battu , pour n'avoir pas bien retenu fa leçon , on remarqua que la nuit suivante , il la répéta de son propre mouvement, au clair de la lune.

On sait que de temps immémorial, les Indiens Se sont servi d'éléphants à la guerre; mais aujourd'hui, que l'ufage des armes à feu s'est introduit,

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ces animaux sont plutôt armés pour la représentation que pour l'effet. Ontireroit peut-étre un plus grand secours des chiens, du moins pour la garde des places. II est dir, dans les Réstexions militaires de Santa-Cru\, qu'en 170a , Philippe V fit donner à f'orro-HercoIe, au mont Philippe, & au fort de l'Etoile , du pain de munition à quelques chiens qui rôdoient autour.de ces postes ; ils fervoient autant que les sentinelles & les meilleures patrouilles. Au plus petit bruit des partis Autrichiens qui sortoient d'Orbitello ,. ou du fort de saint Etienne , ces chiens aboyoier.t avec tant de force , que la garnison étoit très-bien avertie. Si des détachements alloient en parti, ces chiens les précédoient, & découvroient toutes les embuscades des ennemis, ou indiquoientle chemin qu'ils suivoient après avoir été battus.

INTÉGRITÉ.

X»tne équité fans tache est la première vert» d'un juge, parce qu'il est l'organe de la loi. Une négligence pardonnable dans un homme ordinaire , devient criminelle dans celui qui est chargé de prononcer sur la fortune des citoyens. M. de la Faluère, premier Président du Parlement de Bretagne, n'étant encore que Conseiller, avoit été nommé rapporteur d'une affaire. II en laissa l'examen à des personnes qu'il croyoit d'aussi bonne-foi que lui ; sur l'extrait qui lui en sut remis, il rapporta le procès. Quelques mois après le jugement il reconnoît que fa plus grande confiance ÍC fa précipitation ont dépouillé une famille honnête & pauvre,des seuls biens qui lui restoient; il ne se dissimule point fa faute. Mais ne pouvantfaire rétracter l'arrêt qui avoit été signifié & exécuté, il se donne les plus grands mouvements pour retrouver les malheureuses victimes de fa négli-»

Intérêt Public. 7j gence. II les retrouve enfin ; il ne craint point de leur avouer ce dont il se sent coupable, & les force d'accepter, de ses propres deniers, la somme qu'il leur avoit fait perdre involontairement. Quoique ce ne soit ici qu'un simple acte de justice , nous ne devons pas lui refuser notre admiration , parce que les exemples en sont bien rares. M. de la Ckaujjée a fait usage de ce fait, dans fa Comédie de la Gouvernante, représentée pour, la première fois fur le théatre Français, le 18 Janvier 1747.

INTÉRÊT PUBLIC.

1 'oute action devient légitime , & même vertueuse , lorsqu'il s'agit de l'intérêt public. C'est ce principe qui, chez les Arsbes , a conservé cet exemple de sévérité d'un Gouverneur de Basca, nommé Ziad. Ce Gouverneur , après avoir inutilement tenté de purger la ville des assassins qui Finfectoient, se vit contraint de décerner la peine de mort contre tout homme qui se trouveroit la nuit dans les rues. L'on y arrêta un étranger; il fut conduit devant le tribunal du Gouverneur , dont tlesseya de fléchir la clémence par ses larmes. Malheureux étranger! lui dit Ziad, je dois te paraître injuste, en punissant une contravention à desordres que tu as pu ignorer ; mais le salut de Basrti dépend de ta mort : je pleure & te condamne.

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INVALIDES.

Ceux qui par des blessures reçues pour la patrie, se sont mis hors d'état de la servir , ont obtenu chez toutes les Nations, un droit à fa reconnoissance & à ses bienfaits. Louis XIV a cherché

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