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86 Jeu, J O U S U R S.

J E U, J O U E U A S.

Jplaton trouvant un de ses disciples qui jouoit,' lui fit une réprimande. Le disciple s'excusa, en disant qu'il ne jouoit qu'un petit jeu. Mais! lui dit Platon, comptes-tu pour rien l'habitude de jouer, que ce petit jeu te fait contracter?

Un homme qui avoit rodé long-temps par le monde, revint enfin dans fa patrie. Ses amis accoururent en foule selon l'usage , & lui crioient à l'envi: nous sommes charmés de vous revoir en bonne santé; allons, racontez-nous un peu vos aventures. Ah! que de miracles surent en un moment sur le tapis! Messieurs, leur dit-il, entr'autres choses, vous savez la distance prodigieuse qu'il y a d'ici au pays des Hurons ! Hé bien , à douzecents lieues dell, j'ai vu une espèce d'hommes qui íii'a paru tout-à-fàit singulière. Souvent ils demeurent assis autour d'une table , jusques bien avant tlans la nuit; mais il n'y a point de nappe mise , ni de quoi occuper la mâchoire. La foudre pourroit gronder sur leurs têtes, deux armées pourroieru combattre à leurs côtés, le Ciel même pourroit memcer ruine, fans leur faire quitter la place, fans les distraire; car ils sont sourds & muets. De temps-en-temps on entend sortir de leurs bouches , quelques sons mal articulés; ces sons; n'ont aucune liaison entr'eux, & ne sauiroient signifier grand'chose; & pourtant ils font rouler les yeux à une partie de ces gens-là, de la manière la plus étrange. Je.les ai souvent considérés avec admiration; car ils ne manquent jamais de spectateurs, qui sont apparemment attirés pat un motif de curiosité; & croyez-moi, mes amis , je n'oublierai jamais les physionomies terribles que j'ai eu lieu d'observer dans ces occasions. Le désespoir, la rage, quelquefois une joie maligne ,

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mit aufli-tôt la main sur l'argent: mais le second l'arrêta; & ayant jeté les deux dés de forte que l'un étant monté sur l'autre , ne découvroit qu'un seul as, prétendit que les cent écus lui appartenoient ; de quoi il fallut que l'autre , en dépit qu'il en evìt, demeurât d'accord.

Un certain Gascon ruiné , jouoit gros jea , perdait plus de vingt cartes qu'il faisoit aller au lansquenet. Voi là, s'écri a-t-i 1, de ces coups extraordinaires, qui ne sont faits que pour moi. Une femme, touchée de cette perte réitérée , ne put s'empêcher de le plaindre. Chèrepetite, lui dit-il , épargne-toi ce mouvement de pitié; ce n'est pas moi qu'il faut plaindre, je ne perds pas ; ce (ont ceux à qui je dois, qui perdent.

Un autre joueur , dans le même cas , s'écrioit: Ah ! fortune , tu me fais perdre; mais je te défie de me faire payer.

On proposoit à un joueur que la fortune venoit de favoriser, de servir de second dans un duel. Je gagnai hier , répondit-il, huit-cents louis , & je me battois fort mal; mais allez trouver celui à qui je les ai gagnés; il se battra comme un diable , car il n'a pas le sou.

Un homme de finances jouoit mille pistoles au piquet, en une partie, avec un Seigneur de la. Cour. Celui-ci jugea qu'il pouvoit le faire capot & Je gagner, s'il lui persuadoit qu'il avoit trois valets , dont cependant il en avoit écarté un. II compte le point & le reste de son jeu , jusqu'à vingt; & après avoir rêvé un moment, il jette fa première carte, & compte vingt-trois. Son adversaire lui demande comment il les compte. Le' courtisan recommence à compter son jeu , Si y ajoute trois valets. Le Financier dit qu'il ne les avoit point nommés avant de jouer fa première carte. Le Seigneur soutient le contraire , & offre de parier cent pistoles, La proposition est acceptée : les spectateurs condamnent le Seigneur, qui, affectant une forte de dépit, & continuant à jouer

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;>o Jeu,jotieuhs. » ou vingt de ces Messieurs qui auroient Itionneur » de manger avec moi. Je m'approchai d'une ta» ble où 1 on jouoit, 4k je faillis à mourir de rire. 3i Je m'étois attendu à avoir bonne compagnie & »gros jeu; & r'étoient deux Allemands qui » jouoitnt au trictrac. Jamais chevaux de carrosse » n'ont joué comme ils faisoient : mais leur figure » sur-tout passoit Ilimagination. Celui auprès de » qt.'i je me trouvois, étoit un petit ragot gralîòuil» let, & rond comme une boule. II avoit une fraise » avec un chapeau pointu, haut d'une aune. Non ,» il n'y a pcrsonre qui, d'un peu loin , ne l'eût a pris pour le dôme de quelque Eglise , avec un 3) clocher dessus. Je demandai à l'hôte, ce que » c'étoit. Un marchand de Bafle ,-medit-il, qui n vient vendre ici des chevaux : mais je crois qu'il »n'en verdra guère de lamanièrequ'ils'y prend, » car H ne fait que jouer. Joue-t-il gros jeu , lui n dis je ? Non, pas à-présent, dit-il, ce n'est que « pour leur écot, en attendant le souper : mais , 31 quand on peut tenir le petit marchand en particulier , i! joue beau jeu. A-t-il de l'argent, fui *, dis-je? Oh , oh, dit le perfide Cerise, (c'étoit a le nom dei'aubërgiste) plût à Dieu que vous lui » eussiez gagné mille pistoles, &en être de moi» tié, nous ne serions pas long-temps à les atten»dre. tl ne m'en fallut pas davantage pour médiii ter la ruine du Chapeau pointu. Je me remis » auprès 9e lui pour l'étudier. II jouoit tout de 3i travers ; écoles sur écoles : Dieu le fait. Je com3i mençois à me sentir quelque remords sur l'ar31 gent que je devois gagner à une petite citrouille » qui en savoit fi peu. II perdit son écot: on servit, 3i Si je le fis mettre auprès de moi. C'étoit une 3i tsblëde réfectoire où nous étions pour le moins » vingt-cinq, malgré la promesse demon hôte. » Le plus maudit rtpas fini, toute cette cohue se » dissipa, je ne sais comment, à. la réserve du pe» tit Suisse qui se tint auprès de moi, Si l'hòte »qui vint se mettre de l'autre côté. Ils fumoient

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