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vexations qu'il exerçoit fur les marchands, il jonoit un jour contre une dame Indienne, àlaquelle il avoit gagné une somme considérable , lorsqu'en frappant du poing sur la table pour marquer son étonnement d'un coup extraordinaire, il rencontra un de ses dés qu'il brisa , & dont il sortit quelques gouttes de vif argent. Elle disparurent aussi-tôt, parce que la table avoit quelque pente. Les spectateurs indiens d'autant plus étonnés de cette avanture , que le Portugais se saisit promptement des pièces du dés, & qu'il refusa de les montrer, jugèrent qu'il y avoit de l'enchantement. On publia qu'il en étoit sorti un esprit, que tout le monde avoit vu sous une forme sensible, & qui s'étoit évanoui fans nuire à personne. Beaulieu pénétra facilement la vérité :maisil laiflì les Indiens dans leur erreur ; & loin de rendre aucun mauvais office à Carnéro, il l'exhorta for-. tement à renoncer au jeu, dont il ne pouvoit plus espérer les mêmes avantages à la Cour d'Achein; Histoire générale des Voyages.

Les minéraux s'emploient pour piper les dés. Les grecs font usage pour les cartes, de craie , de pâtes , de savon & autres drogues , qui, en altérant légèrement la surface de la carte , la fait aisément distinguer par les doigts exercés. Mais comme cet artifice n'est point inconnu aux joueurs de gobelets, & à beaucoup d'autres personnes , les p/us habiles grecs négligent ces petits secrets, qui, dailleurs , laissent toujours des témoins irréprochables de lafripponnerie. Le grand talent d'un grec , est d'avoir une ruse qui ne laide point de frace après elle, & ne soit connue que de lui seul. II é,tudiera de nouvelles manières de mêler méthodiquement les cartes , il les combinera par leurs nombres ; il apprendra par cœur leurs différentes íëquences. On parle d'un fameux grec , qui avoit gagné des sommes immenses en pontant au pharaon. II étoit la terreur des banquiers ; illuisuffiÇok de voir, dans leurs mains, la feule tranche

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de carres, pour dire où chacune des douze figure* se trouvoit. Quand un banquier après avoir fini la taille, relevoit ses cartes,il savoit toujours par cœur l'ordre de celles qui étoient dans chacun de ces tas; de manière que si ce banquier ne mêloit pas bien sçs cartes, ou qu'il en laissât feulement trois de fuite , il étoit débanqué. C'étoit une ressource inutile pour] lui de prendre à toutes les tailles un nouveau jeu; comme notre homme savoit sa séquence, il jouoit toujours avec le même avantage.

Un Italien qui étoit venu il y a quelques années à Paris, avoit imaginé une autre rubrique fort simple, dont cependant on ne s'apper çut que quand il eut bien fait des dupes. Cet Italien avoit une tabatière d'or unie fur ses bords; lorsqu'il se présentoir quelques coups décisifs, il prenoit une prise de tabac , & pofoit sa boîte assez négligemment sur la table. Le moindre reflet de la tab.nière lui suffisoit pour connoître les carres qu'il distribuoir; & il jouoit, par ce moyen, à coup sûr. Toutes ces petitesruses font le secret des frippons, &nepeuvent par conséquent être trop divulguées.

Les grecs , tout grecs qu'ils sont, ont quelquefois été pris pour dupes. Trois de ces Meilleurs logoient dans une même auberge, a,vec un jeune Provincial, venu à Paris pour recueillir une riche succession. Ils résolurent de changer les intentions du testateur, en s'appropriant une partie de cet héritage. Un soir ils proposèrent à cet effec au Provincial, dejouer. Celui-ci, qui avoit des affaires pressantes pour le moment, demanda que Ja partie fut remise au lendemain, ce qui fut accepté de bon cœur de la part des grecs. Ils s'assemblèrent même une heure avant le temps marqué pour ie rendez-vous, dans la chambre où étoit dressée la table du jeu, & délibérèrent de quelle manière ils gagneroient le Provincial. II fut décidé que l'on joueroit au lansquenet, & que pour écarter tout soupçon , on lui laisseroit gagner, au JlO,j0UBORÍ. f J

commencement, cent louis; ilsavoient d'ailleurs éprouvé que les dupes se livrent toujours au jeu avec plus d'ardeur par cet appât. Le projet étoit bien concerté, & ne pouvoit manquer de réussir, fi le Provincial, qui étoit rentré dans l'auberge fans qu'on le soupçonnât, n'eût entendu cette conversation d'une chambre voisine. II dressa en conséquence sa contre - partie. Une demi - heure après , il se rendit dans la salle , se mit au jeu , & lorsqu'il eut gagné les cent louis, son laquais qui étoit averti, vint lui dire dans le moment,qu'une personne vouloir lui parler. II sortit, & alla loger ailleurs.

Les grecs n'en ont pas toujours été quittes à si bon marché. Un d'eux jouoit au piquet avec un vieux Capitaine de cavalerie, dans une ville de province, & le fìloutoit fans user de beaucoup d'adresse. Toutes les fois qu'il vouloit avoir beau jeu , il mouchoit d'une main la chandelle , & de l'autre escamotoit le talon. L'ancien militaire, qui n'étoit pas dupe , s'étant apperçu deux ou trois fois de cette manœuvre, lui dit, en s'arrêtant, & posant ses cartes fur la table : « Monsieur, je re» marque que toutes les fois que vous mouchez la » chandelle je n'ai point d'as. Je vous serois obligé de vouloir bien vous dispenser de prendre « tant de peine ; car j'aime encore mieux n'y voir » pas si clair & avoir des jeux moins louches ». Sur ce premier avis, le grec se retint quelques moments; mais une heure après, étant question de la fin d'une partie décisive, & ayant ce coup-là un jeu fi mauvais , qu'il ne hii falloit pas moins que les huit cartes du talon pour le raccommoder, il prit de nouveautes mouchettes, & dit au capi> taine : « Je vous demande bien pardon, Monsieur, »mais c'est une vieille habitude que j'ai prise au » piquet, de moucher ». Et moi, dit le militaire, en l'arrêtant fur le fait, comme il escamotoit le talon : « C'est aussi un usage que j'ai de mouches w ceux qui me volent au jeu », En même - temps Ioo Jeu De Mots.

il tira de sa poche un pistolet, & lui brûla la cervelle.

II y a un autre fait connu d'un homme , qui , jouant avec un grec , s'apperçut qu'on le prenoit pour dupe. II tira un couteau de la poche , cloua la.main du filou fur la tab'e , dans le temps qu'il ramassoit les dés, & dit froidement : S'ils ne sont pa,s piqués, j'ai tort. II fut prouvé qu'il n'avoit pas tort.

JEU DE MOTS.

.A. r.lUsioN fondée fur la ressemblancedes mots. Ces fortes d'allusions font ordinairement bien fades. Aussi ceux qui veulent en user , ont foin de les assaisonner du sel de la malignité.

Un poëte avoit glisië dans une comédie, quelques traits malins contre un Seigneur fort riche. Ce Seigneur chargea ses valets de fa vengeance , Ils la poussèrent un peu trop loin. L'auteur intenta un procès criminel ; mais un présent de troiscents pistoles l'engagea à se désister de sa procédure. Comme sa comédie eut un grand succès, un plaisant dit qu'elle avoit beaucoup valu à l'auteur , fans y . comprendre le tour du bátont ,

Le fameux financier la Noue montroit une magnifique maison qu'il venoit de faire bâtir , à un, Seigneur qui savoit bien qu'en penser. Le Financier , après lui avoir fait parcourir plu'eurs beaux appartements: Voyez, lui dit-il, cet escalier dérobé. // est, reprit ce Seigneur, comme topt le rejìe de la maison* ;.

Si qudquechose peut me consoler de ma femme, disoit un homme veuf, c'est qu'elle est bien morte.

Deux prédicateurs prêchoient dans la même Egl'.le, dont l'un ívoit une vuix irès-forte. Quelqu'un dit que la d ssérence entre le prédicateur da ma;in ik celui du soir , étoit que le premier

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