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C'étoit pour lui profit certain,
Lorsqu'une triste conjoncture
Fit

place à l'importun chagrin.
Amynehe dans sa chute avoit été blessée,
Sa main , fa belle main par un caillou froissée

Enduroit de vives douleurs,
Le Berger mille fois la monilla de fes larmer,

Heureux en de telles allarmes
Si c'étoit un fecours que de verser des pleurs !
Hélas, s'écria-t-il, trop ingrate Bergere ,
Je vous ai fait le mal dont vous sentez les traits ,

Mais le tems par de prompts effets,
Sera le Médecin d'une atteinte legere :

Et je ne guerirai jamais
Du mal que vos yeux m'ont lçu faire.

* POETÆ RUSTICANTIS

INDIGNATIO

IN MALEDICAM LINGUAM,

LXVI 1.

Uæ CANTILLIACOS irrupit peftis in hortos?

Nam video natos foelici fidere flores
Lethifero afflatu languescere : cortice rupto
In lachrymas fluit, & foliorum amifit honores

Q

* Il y avoit à la Cour de M. put s'empêcher de les commu. le Prince une Demoiselle de niquer à M. le Duc du Maine : qualité & de merite; mais dont sur quoi Madame la Duchesse la langue n'épargnoit personne. du Maine lui marque par la Monsieur de Santeul ne la pou- lettre, qui suit la tradu&ion voit souffrir. Il fit contre elle de cette Piece, combien cela ses Vers qu'il intitula Peffis avoir deplu à M. le Prince. Cantilliaca. Notre Poëte les Depuis la mort de Monsieur montra à M. le Prince, qui les de Santcal cette Piece a été trouva trop piquans & lui or. rendue publique ainsi que la donna de les supprimer. Il ns Tradu&ion.

l'aulatim moriens non fertilis ampliùs arbor ;
Et Naïas percussa metu lele. occulit imis
Quæ summis ludebat aquis ; non audet in auras
Telorum in inorem vitreos attollere Auctas,
Vixque cavis secura canalibus : omnia languent;
Stant labi immemores grato line murmure rivi:
Atrouitum lilec omne nemus , mutæque volucres
Antiqua hofpitia & nidos non fpontè relinquunt:
Nec denfis confila, nec ampliùs abdita fylvis
Desertas valles , & inholpita tecta cavernas
Quærir mæsta dryas, viridi quæ fronde coronam
A prabat mihi : dum molli resupinus in umbra
Captus amore loci fundebam carmina vates,
Carmina Naïades repetebant , carmina fauni;
Omnia tunc mihi læta, mihi locus ipfe favebat.
Sed lensi fterilem subito frigefcere Musam;
Nec jam tam facili exibant mea carmina venâ :
Nam quid dissimulem ? infecir quæ cuncta veneno
Dira lues , milerum me infecerat illa Poëtam.

ego crediderim è furiis stygialibus unam.
Vos CANTILLIAC I fi tangit gloria ruris,
Illam Nymphæ omnes quàm primùm avertite pestem ;
Si terris inimica, uratque cupido nocendi,
Clamolas urbes habitet, permitto: malignum
Exonerer virus, miserosque in prælia cives ,
In lites, in bella acuat, nec denique cesset
Impia sacrilegà convicia spargere linguâ ;
Hæ ledes , notæque domus, hæc debita regna.

Sed CANTILLIACI timeat facra Numina ruris
Lædere fepofitis ubi regnant otia curis,
Pax ubi, tuta quies , puræ bona gaudia mentis,
Et doctis abi fais dulcè insanire Poëtis.

Non licet hic tristes rixantum iterare querelas,
Non fraus, turpe lucrum, nec amor sceleratus habendi,
Audeat augustos impunè intrare penates.

Hæc pestis procul abfuerit , forebitis horti,
Flora luas reparabit opes, nec ampliùs arbor
Amillos nuper foliorum flebit honores,
Et frondes inter fe oftendere fructus amabit.
COŅDRO præsente Dryas fugitiva redibit ,

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Agnoscetque suas jam nunc sibi reddita fylvas.
Quin etiam latitans imo lub gurgite Naïas,
Attollet

caput, & circum salientibus undis
Lætitiam testata suam se-le altius illa
Efferet, & lætos suspender in aëre fluctus;
Turbaque cunc volucrum cantus oblita resumet ;
Et quæ vincta fuit glaciali frigore Mula,
PRINCIPIS affilatu propioris, ut ante folebat ,
Tam fortunati describet gaudia ruris.
BORBONI DUMQUE

ducem,

: quem Mars his eripit oris Tum reducem bello, non ita ingrata lifebit. Dum loquor ad Stygias peftis fugit atra lorores.

E rure Cantilliaco 1696.1

EMPORTEMENT

DU POETE
A LA CAMPAGNE

CONTRS

UNE MA U V AIS E L A N G U E.

Traduction par C. FERRAROIS, Secretaire de Monsieur de SALIS Capitaine aux Gardes Suisses.

LXVII.

velle affreuse Alecton , quel monstre furieux

Ces fleurs, qu'un astre heureux fit naitre fo riantes ,
Par un fouffle mortel deviennent languisantes ;
Les Arbres depouillés expriment leurs douleurs,
Et de leurs troncs mourans laißent couler des pleurs ;
Et loin de se jouer, la Nayade timide
Dans le fond de fes Eaux cache fa tête humide,

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Et n'ose deja plus élever jusqu'aux Cieux,
Comme elle fot jadis, fes flors audacieux.
Tour languit ; rien ne semble animer la Nature :
Les Ruilleaux arrêtés ne font plus de murmure ;
Un silence profond dans les bois d'alentour
Marque l'étonnement qui les rient à leur tour ;
Et les oiseaux, contraints de ceffer leurs ramages,
Abandonnent leurs nids, de leurs anciens becages:
De ces sombres forêts l'épaisse obfcurité
Ne les retiendra plus cachés en fureté.,
Et la Dryade enfin, qui de riches guirlandes
Avoit souvent part més veux do mas offrandes ,
Ya deformais cherchant les Vallons plus couverts,
Les toits inhabités, les antres déferts.
Fadis, lorsque couché dans quelque coin à l'ombre,
Je goutois dans ces lieux la tranquillité sombre,
La Nayade, e le Faune attentifs à ma voix,
Faisoient dire mes Vers aux Echos de ces bois.
Tout me rioit alors, tout m'étoit favorable,
Je me trouvois heureux. Mais, ô fort deplorable!
O cruel souvenir qui ne peut s'effacer !
Fe sentis tout à coup, ma veine se glacer;
Mo Mufe fit envain quelque effort inutile,
Les Vers ne couloient plus de ma veine sterile:
Ce Demon captivoit mes fens, don ma raison;
Cår enfin , je l'avoue, og du même poison
Dont cette peste avoit frappé toute la terre ,
Son coeur s'étoit armé pour me faire la guerre.
Non je crois que c'étoit une rage d'Enfer,
Qui ne respiroit rien que les feux de le fer.

O vous, de CHANTILLY fi la gloire vous touche,
Nymphes , challez d'ici cette infernale bouche.
Si de nuire aux humains une maudite ardeur
Consume inceffamment son implacable cæur,
Qu'elle aille, j'y confens, établir fon Empire
Dans ces murs jamais la vertu ne respire,
Au milieu du tumulte, der du bruit, des cris:
Que son venin mortel aigrisse les esprits,
Qu'elle y faffe par tout des guerres, des querelles,
Qu'elle inspire aux plaideurs des chicannes nouvelles,

Et que fa langue impie, enfin, ne ceffe pas
D'y femer des sujets de haine de de debats ;
Qu'elle y faße à son gré fa demeure ordinaire ,
C'est que doit regner cette noire Megére.

Mais ne souffrez pas , Dieux , fans en être irrités,
Qu'elle approche jamais de ces bords respectés,
Faites-la fuir bientôt de ce sejour tranquille ,
Toujours inaccessible aux chagrins de la Ville,
la paix , le repos, de les plus doux plaisirs
Satisfont pleinement nos innocens défirs;
quelquefois donnant l'effor à fon genie ,
Un Poëte entretient sa divine manie:
Plaideurs le Dieu des Arts vous défend dy venit
Rappeller des procès l'odieux souvenir ;
Et que la fraude , enfin, ni la pâle a varice,
L'ambition, t'orgueil, de la noire injustice
Ne vienne point fouiller ces augustes Palais,
ou la seule vertu doit regner à jamais.
Que ce monftre ait cessé de causer ses allarmes,
Beaux jardins, auffi-rôt vous reprendrez ves charmes ,
Flore se batera , par ses dons redoublés,
De reparer les maux qui vous ont accablés;
Et fans fe diftiller en larmes répandues
An trifte souvenir de leurs feuilles perdues,
Les arbres , reprenans des ornemens nouveaux ,
Sous le poids de leurs fruits se moætreront plus beaux.
Alors du grand Condi' la presence adorée
Rappellera bientôt la Dryade egarée ,
Qui d'un esprit content, reviendra dans ses bais
Recommencer les jeux cetebres autrefois.
Tandis que du plus bas de fa grotte profonde,
La Nayade élevant fa tête

sur fon onde,
Portera jusqu'au Ciel Jes flots impetueux,
Qui feront dans les airs un spe&acle pompeux :
Les Oiseaux reprendront leur voix accoutumée ;
Et jusques-mn Muse interdite, alarmée ,
A la fin reprendra sa vigueur à son tours
Er joyeuse de voir fon PRINCE de retour ,
Ferá décrire encor à sa plume Lyrique
Les plaisirs innocens de ce séjour ruftique,

B jiij

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