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du Niger peut-elle produire ? Elle est si vaste; qui pourrait le dire ? Je n'ai donc pas cru exagérer en parlant des « espoirs illimités » qu'elle offre.

D'ailleurs ce programme 'emporte maintenant toutes les adhésions, telle. ment évidents sont les résultats de la pénétration! D'où viennent les ouvriers que nous employons dans les ateliers de chemins de fer et de navigation au Soudan? Du Sénégal, qui nous fournit des artisans aussi adroits que les ouvriers d'Europe. Qui est-ce qui profitera de ce grand mouvement d'affaires qui est en train de se constituer au Soudan ? Ce sont les commerçants de la côte. L'intérêt des colonies côtières à l'ouverture de l'intérieur n'échappe donc à personne. L'inquiétude dont vous parlez provenait de la crainte d'avoir à payer trop cher cette æuvre nécessaire. On avait peur d'impôts nouveaux. Le président de la chambre de commerce m'a demandé de rassurer le commerce à ce sujet. Je l'ai fait bien volontiers en répétant ce que j'avais déjà dit. Non seulement les ressources pour payer l'emprunt sont dès maintenant constituées dans notre budget, mais encore notre dernier exercice s'est liquidé par un excédent de 2 millions et demi. Par conséquent, nous n'avons aucun besoin d'impôts nouveaux.

- Mais tous ces chemins de fer une fois construits, il faudra les entretenir. L'avenir des finances de la colonie ne va-t-il pas se trouver gravement engagé par là?

- Nous pouvons l'envisager avec confiance. En effet, nos lignes déjà en service ont tout de suite payé leurs frais d'exploitation et elles commencent à rémunérer leur capital, La ligne de Kayes au Niger, par exemple, a donné en 1905, première année de son exploitation totale, un excédent de 1.265.732 francs, soit 2.280 francs au kilomètre. Cela a été une surprise pour tout le monde, et je vous l'assure, un peu pour moimême. A l'étude, les régions desservies n'avaient pas paru capables d'un développement économique aussi prompt. Il s'ensuit que les fonds que nous consacrons à nos constructions de chemins de fer sont un placement donnant un revenu presque immédiat. Dans ces conditions, il serait tout à fait inexact de présenter nos lignes comme engageant l'avenir. Elles se suffiront parfaitement à elles-mêmes. D'ailleurs, notre système financier est loin de donner encore toutes les recettes qu'il doit produire, sans qu'il soit nécessaire de l'aggraver. L'impôt de capitation, par exemple, qui en est une des bases, n'est pas encore perçu partout. Il rend actuellement 12 millions; mais d'après ce que nous savons aujourd'hui du chiffre de la population, il pourrait en rendre 20. Il les rendra sû. rement un jour, quand notre organisation administrative sera complète, car il est un des plus modérés qui soit perçu aux colonies, et il

compte qu'il est le juste payement de la paix que nous faisons régner parmi eux. La race noire est une des plus gouvernables qu'il y ait; c'est, vraiment, une bonne race, à la fois brave et docile, laborieuse, confiante, douce; le crime est presque inconnu chez elle. C'est ce que j'aurais constaté publiquement à l'inauguration de la cour d'appel de Dakar qui a eu lieu la veille de mon départ, si un accès de fièvre bilieuse ne m'avait empêché d'y aller. Plus j'apprends à la connaitre, plus je l'aime. Nous pouvons faire fond sur ses qualités.

I. - EUROPE.

France. — Le congrès colonial de Marseille; discours de M. J. CharlesRoux. — Le congrès colonial, organisé à Marseille à l'occasion de l'Exposition qui se tient dans cette ville et dont nous nous sommes déjà occupés à plusieurs reprises ', s'est ouvert le 5 septembre, sous la présidence de M. J. Charles-Roux, commissaire général de l'Exposition coloniale, président du congrès. Dans son discours d'inauguration, M. J. Charles-Roux a excellemment exposé l'objet du congrès, qui devra examiner les résultats obtenus par notre politique coloniale et rechercher, par l'étude critique des institutions actuelles, si les résullats n'auraient pas élé supérieurs en employant de meilleures méthodes.

Le champ est vaste, a dit M. Charles-Roux, la tâche complexe et difficile. Il ne s'agit, en effet, je n'ose pas dire de fonder, mais d'ébaucher, pour ainsi dire, de toutes pièces, une science nouvelle, dont nos aînés n'ont pas suffisamment envisagé l'utilitê, – bien qu'à vrai dire, les occa sions de l'appliquer ne leur fissent pas défaut, - et dont je me hâte de reconnaitre que la nécessité s'impose à nous avec un caractère autrement impérieux qu'à nos devauciers.

Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer ce qu'était l'empire colonial de la France, il y a trente-cinq ans, à ce qu'il est aujourd'hui...

A l'heure actuelle, notre domination englobe plus de douze millions de kilomètres carrés et s'étend sur plus de quarante millions d'hommes de toutes races. Nous avions quelques possessions ; nous sommes maintenant à la tête d'un véritable empire. Avec cet empire sont nés de nouveaux devoirs.

Il était permis à nos aînés de se désintéresser du sort de quelques territoires, disséninés au milieu des Océans. Si l'on en excepte l'Algérie, dont on avait fait trois départements, - c'est-à-dire tout le contraire d'une colonie, – nous pouvions pratiquerdans nos possessions n'importe quel système de gouvernement ou d'administration, y introduire n'importe quel régime douanier, n'importe quelle politique indigène, sans que les intérêts généraux de la métropole et les intérêts particuliers de son commerce puissent en être sérieusement affectés.

Il ne nous serait plus possible aujourd'hui de traiter avec la même indifférence les problèmes qui touchent à la mise en valeur et au gouvernement d'un empire dont je viens de caractériser l'importance par deux chiffres.

Le contre-coup des fautes commises serait immédiatement ressenti par l'ensemble du pays, en raison mème de la multiplicité des points de contact et de la somme des intérêts communs que comporte un domaine colo

i Cf. H. FROIDEVAUX, Vue d'ensemble de l'Exposition coloniale de Marseille, 16 mai 1906, t. XXI, p. 666; et AspE-FLEURIMONT, Promenades à l'Exposition coloniale de Marseille, 1er juin 1906, t. XXI, p. 721.

nial aussi étendu et aussi peuplé. On peut soutenir, à l'heure actuelle, que la politique coloniale fait partie intégrante de la vie nationale, et qu'il n'est pas un Français qui, même à son insu, ne soit, par quelque côté, un colonial.

Nous sommes loin, en effet, des 600 millions de francs que représentait le mouvement commercial de nos colonies, il y a quelque trente-cinq ans, et dont un tiers seulement, soit 200 millions environ, profitait au commerce français, tant à l'importation qu'à l'exportation.

M.J. Charles-Roux a montré ensuite que nos colonies fournissent à notre marine marchande un trafic « sans lequel on pourrait se « demander où elle en serait », et il a ajouté :

Nos colonies ne se bornent pas à prendre une part de plus en plus considérable dans le mouvement commercial et maritime de notre pays. Soit par les emprunts qu'elles contractent, soit par les entreprises de toute sorte qui s'y fondent, elles offrent aux capitaux français des placements dont on ne soupçonne généralement pas l'importance.

Une enquête récente, dons M. le sénateur Saint-Germain a consigné les résultats dans son rapport sur le budget des colonies de 1906, a permis d'évaluer à 1.726.285.000 francs le chiffre des capitaux englobés soit dans ces emprunts, soit dans ces entreprises.

Il convient d'ajouter que ce chiffre ne comprend ni l'Algérie ni la Tunisie, et qu'il doit s'entendre, abstraction faite de la propriété et des capitaux indigènes, qui échappent, au moins dans l'état actuel, à toute évaluation. Or, sur ces 1.726 millions, il n'est pas excessif de chiffrer å 1.500 millions au moins la part qui revient aux capitaux français.

Enfin, dans ce remarquable discours que nous regrettons de ne pouvoir donner in extenso, M. Charles-Roux a parlé aussi du problème indigène et il a conclu ainsi :

A la différence de ce qui a eu lieu en 1900, nous avons tenu à ce que notre Congrès fût national. Sans dédaigner, tant s'en faut, les enseignements de l'expérience étrangère, il nous a paru qu'il n'appartenait qu'à des Français de débattre et de trancher des questions qui ne peuvent l'être utilement qu'en tenant compte de facteurs particuliers à nos pays et à nos colonies, questions qui, au surplus, ne peuvent intéresser que nous.

L'efficacité des conclusions que vous formulerez et des veux que vous émettrez n'en sera pas diminuée, bien au contraire. Par cela même qu'ils auront un caractère plus précis et plus limité, ils n'en deviendront que plus pratiques et plus facilement applicables.

La loi de separation; la deuxième assemblée plénière de l'épiscopat français. - La seconde assemblée plénière des évêques de France, convoquée « pour prendre tous les moyens qne le droit reconnait à tous les citoyens afin de disposer et d'organiser le culte dans leur pays », a siégé du mardi 4 septembre au vendredi 7. Aucun renseignement n'a été fourni relativement aux délibérations et aux décisions finales de la réunion.

Nous rappelons, à cette occasion, que la séparation des Eglises et de l'Etat est une de ces questions de politique intérieure dont nous n'aurions pas, quelque importantes qu'elles soient, à nous occuper ici, si par sa répercussion sur les conditions de notre politique extérieure et coloniale, notamment en Orient et en Extrême-Orient, elle ne rentrait, en une certaine mesure, dans le cadre de notre Revue. Nous avons déjà signalé plusieurs des conséquences fâcheuses, à l'extérieur, de cette politique de séparation. On en trouvera plus loin encore un nouvel exemple.

Allemagne. — Les srandales coloniaux. Lemaintien de M. do Podbielski au ministère. La démission de M. de Hohenlohe. — Nous disions, dans notre dernière livraison, que le ministre de l'Agriculture de Prusse, M. de Podbielski, compromis dans une affaire de fournitures militaires et coloniales, avait envoyé sa démission à la Chancellerie; mais que l'Empereur avait ajourné sa décision à ce sujet. Depuis on a appris que M. de Podbielski restait — du moins provisoirement - en fonctions, à la grande indignation de la majeure partie de l'opinion publique qui déclare regrettable que l'on conserve à uu ministre compromis ses hautes fonctions, uniquement pour ne pas paraître le sacrifier à la rancune de la presse radicale et socialiste.

D'autre part, les scandales coloniaux viennent d'avoir une conséquence assez inattendue. Le directeur du département colonial allemand, le prince de Hohenlohe-Langenburg, a donné brusquement sa démission, et son entourage n'a pas hésité à déclarer que le prince de Hohenlohe, dont la femme est apparentée à la maison impériale de Russie et à la maison royale d'Angleterre, ne pouvait rester à la tête d'une administration compromise par de pareils scandales.

Le successeur du prince de Hohenlohe à la direction du département colonial allemand est M. Bernhard Dernhurg, directeur de la Darmslædter Bank, et réputé pour sa grande habileté financière. M. Dernburg, qui a quarante et un ans, étant né en 1863 à Darmstadt, fut très jeune attaché à la maison Thalmann et Cie, de New-York, et entra ensuite à la Deutsche Bank, qui le mit à la tête de la Treuhand Gesellschaft. C'est en cette qualité qu'il fut chargé de l'assainissement des banques hypothécaires de Prusse et de Pomeranie. La réputation qu'il y acquit est cause qu'on lui confie aujourd'hui l'assainissement des colonies. M. Dernburg s'occupa aussi beaucoup des entreprises minières de l'Afrique du Sud, à cause des rapporls existant entre la Treuhand et la maison Garz. M. Dernburg s'est démis de ses fonctions directoriales de la Darmstädter Bank, et dans une séance extraordinaire du conseil, il a coupé tous les liens qui l'unissaient aux divers établissements financiers dont il était administrateur.

La nomination de M. Bernhard Dernburg a été très attaquée par les journaux de la droite.

- Echec de la germanisation des provinces polonaises. La lutte dans les écoles ; refus de prier en allemand. Dans son intéressante étude sur la Question polonaise en Prusse, notre collaborateur M. Moreux démontre, de façon péremptoire, l'échec de la politique officielle de germanisation de la Pologne. Le Journal des Débats a publié, à ce

même sujet, la dépêche suivante de son correspondant de Berlin, dont les renseignements ont la valeur d'avis officieux, et qui confirme avec une singulière précision l'exposé de M. Moreux :

Berlin, le 1er septembre. – La politique de la commission allemande, chargée de l'établissement de colons allemands dans les provinces de la Posnanie et de la Prusse orientale, a complètement échoué. On sait que les propriétaires polonais devaient être remplacés par des propriétaires allemands. Or, la commission officielle vient d'être obligée de relever qu'au cours des dix derniers ans, les Polonais, bien loin de perdre du terrain, ont conquis des milliers d'hectares.

Et l'Etat prussien a dépensé des millions de marks pour obtenir de tels résultats. La commission, il est vrai, n'a pas manqué d'acheter des terres seigneuriales dans les provinces polonaises ; mais les Polonais en ont acheté également, même dans une mesure beaucoup plus étendue. Aussi bien, des journaux allemands reprochent aux propriétaires allemands des terres seigneuriales, vendues à des Polonais, d'avoir violé les principes mêmes du patriotisme.

D'autre part, des journaux libéraux allemands font le procès de la politique peu prudente du soi-disant Ost- Marken-Verein, « l'Association des Marches orientales », payant beaucoup trop cher aux hobereaux allemands leurs terres seigneuriales chargées de dettes. Quant aux quelques propriétaires polonais qui, pour le même motif, ont vendu leurs terres à la commission prussienne, ils ont été obligés de mettre leurs capitaux à la disposition des banques polonaises dans la ville de Posen et ailleurs. Ce sont donc encore les Polonais qui ont profité de la politique allemande.

L'Association des Marches orientales voudrait prendre sa revanche de cet échec signalé. Elle vient d'adopter une résolution, demandant à l'Etat prussien d'ordonner l'expropriation des propriétaires polonais. On voudrait donc réparer une faute politique par une autre faute plus grande encore, parce qu'elle serait en même temps une injustice grave. Tout en étant des Polonais, les propriétaires qui seraient visés par de telles expropriations arbitraires sont des citoyens prussiens. C'est l'article 3 de la Constitution de l'Empire qui établit expressément que chaque citoyen d'un Etat confédéré de l'Empire sera protégé dans son droit d'acquérir et de posséder de la propriété territoriale.

Est-ce que les fanatiques de l'Association des Marches orientales oublient complètement qu'ils facilitent par de tels projets la besogne des socialistes ? Si l'Etat ordonnait l'expropriation arbitraire des citoyens polonais, MM. Bebel et Singer pourraient demander pour leur Etat d'avenir l'expropriation des expropriateurs actuels. S'il n'y avait pas d'autre moyen pour la germanisation des provinces polonaises que l'expropriation arbitraire des propriétaires polonais, alors la politique anti-polonaise aurait fait longue route. Il est donc bien certain que le prince de Bülow n'adhérera jamais aux résolutions de l'Association des Marches orientales. La liberté du commerce, demandée, toujours par l'Allemagne dans ses rapports internationaux, doit être reconnue également pour les citoyens polonais de la monarchie prussienne. — SH.

D'autre part, les journaux ont signalé les faits suivants, fort instructifs. Une récente circulaire du ministre prussien de l'Instruction publique prescrit que les prières doivent être dites en allemand à

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