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l'école dans les provinces polonaises. Il en est résulté une véritable grève d'élèves polonais dans les écoles de la province de Posen, Les enfants se rendent en classe, mais ils refusent énergiquement de répondre aux cours d'instruction religieuse qui sont donnés en alle. mand. Ils s'abstiennent aussi de prendre part aux prières dites en langue allemande, objectant simplement que leurs parents le leur ont défendu. Les punitions qui s'accumulent sur eux n'ont pas pu vaincre leur obstination, et cette résistance passive des petits Polo. nais ne fait que croître. Elle s'étend maintenant à toule une province. Dans plusieurs villes, à Posen, à Gnesen, à Gostyn, à Sloupy, des enfants ont été frappés par leurs maîtres pour avoir refusé de se conformer à celte circulaire. Des élèves du lycée de Gnesen ont été renvoyés pour le même motif.

Le gouvernement se montre assez perplexe en présence de cette résistance scolaire méthodiquement organisée, et les autorités provinciales de Posen ont demandé l'envoi d'un haut fonctionnaire du ministère de l'Instruction publique pour chercher le moyen d'avoir raison de ces enfants.

- Le discours de Guillaume II à Breslau. – L'empereur Guillaume a prononcé, le 8 septembre, à l'Hôtel de Ville de Breslau, un discours qui a soulevé les plus vives protestations d'une grande partie de la presse allemande. Répondant au bourgmestre de Breslau qui lui souhaitait la bienvenue, Guillaume II sait cette déclaration :

Nous avons besoin d'un nouveau serment. Jurons que, désormais, nous sacrifierons tous nos efforts intellectuels et corporels à la grandeur et aux progrès de la patrie.

Le monde appartient aux vivants, et ceux qui agissent ont raison, Je ne veux pas de pessimistes; que celui qui ne se sent pas apte au travail, qu'il s'en aille et se cherche un autre pays. J'attends de mes Silésiens qu'ils s'unissent aujourd'hui de nouveau dans la résolution de continuer à suivre les grands exemples du passé et d'aider leur duc dans son cuvre de paix pour son peuple.

Les journaux allemands rappellent, à ce propos, qu'en 1892, s'adressant aux Brandebourgeois, l'Empereur avait déjà dit :

Les mécontents peuvent secouer la poussière allemande de leurs sou. liers. A ceux qui critiquent le nouveau régime et ses hommes, je réponds : « Ma direction est la bonne et je n'en changerai pas. »

Les journaux déclarent que si l'on pouvait, en 1892, mettre sur le compte de la jeunesse les imprudences de langage de l'empereur, il n'en est pas de même aujourd'hui. La Gazette de Voss réclame du prince de Bülow des explications. La Gazette de Cologne fait remarquer que si le conseil de Guillaume II était pris au pied de la lettre, le nombre des émigrants serait énorme et Sa Majesté découvrirait qu'elle n'aurait pas perdu que ses mauvais sujets. Le gouvernement, conclut la Gazette de Cologne, doit se charger d'éclairer l'esprit de

l'Empereur sur le peuple allemand d'aujourd'hui. La Gazette de Francfort écrit de son côté :

Même une volonté impériale, si forte fût-elle, n'empêche pas qu'il existe des gens qui voient tout en noir. Ce n'est que par des actes qu'on peut leur répondre, par une politique qui fasse effectivement avancer la patrie dans la voie du progrès. Or, la nouvelle politique économique n'est pas favorable au pays.

Même la Gazette nationale, généralement modérée, estime qu'un monarque constitutionnel devrait avoir plus d'égards pour son peuple. Seul le Berliner Tageblatt dit que les paroles de l'Empereur sont adressées à la bourgeoisie, et désire que celle-ci y réponde par une action décisive contre le mouvement socialiste grandissant.

Angleterre. — Les relations anglo-ollemandes. — Le Times a publié, le 5 septembre, quelques passages les plus saillants d'un très important article de la Deutsche Revue sur les relations de l'Angleterre et de l'Allemagne, dont il disait avoir reçu les bonnes feuilles. Voici quels étaient ces passages :

Des accords définitifs n'ont pas été faits à Friedrichshof, mais l'éloignement des personnes, qui avait sérieusement affecté les relations politiques des deux pays, a si heureusement cessé qu'il ne peut plus servir de facteur dans les calculs de ceux qui ont intérêt à maintenir une inimitié entre l'Allemagne et l'Angleterre.

L'initiative du roi Edouard mérite d'autant plus d'être appréciée, que tout a été évité de ce qui aurait pu provoquer la méfiance de la France et soulever les doutes sur la sincérité de l'entente anglo-française...

Le fait que sir Charles Hardinge a accompagné le roi a une portée spéciale, car cela indique, dès le commencement, que la réunion avait une importance beaucoup plus considérable que celle d'une simple réunion de famille...

Avec sa politique pacifique, la France ne peut que désirer que les relations entre l'Angleterre et l'Allemagne prennent un caractère amical. Une entente anglo-allemande avec la participation de la France serait la meilleure garantie de la paix, car personne en Allemagne ne songe à une guerre agressive contre la France, guerre qui, même dans le cas de victoire, ne nous offrirait pas d'avantages. L'Allemagne ne se serait jamais embarquée dans une guerre d'agression contre la France et les ambitions que la presse française nous attribue, soit à Tripoli, soit au Maroc, soit dans le monde entier, sont en vérité imaginaires.

Cette question se pose à nous : pourquoi la diplomatie francaise se montre-t-elle si désireuse d'empêcher un rapprochement entre l'Angleterre et l'Allemagne ? Comme cette raison ne peut être la préservation de la paix, il ne reste que l'espoir d'un appui en cas de guerre, et de guerre que la France aurait l'intention de déclarer...

Si l'on examine les opinions des hommes d'Etat qu'il y a actuellement en Angleterre et en Allemagne, on doit constater qu'ils ne sont pas hostiles à la combinaison. En somme, la question peut se résumer ainsi.

Le groupement anglo-français est un rapprochement destiné à former un contrepoids à l'influence de l'Allemagne; mais bien des diplomates français ont conscience qu'il n'est pas assez fort, étant donné surtout

l'élimination temporaire de la Russie, et ils chercheraient alors à étendre cette entente à l'Allemagne, ce qui, bien entendu, ne devrait pas être pris comme une accession de l'Allemagne à la politique des puissances occidentales,

Depuis la réunion de Friedrichshof, nous pouvons dire que nous marchons lentement et pas à pas vers une période de rapprochement. L'Allemagne peut suivre, et non sans succès, une politique pacifique. Quant à l'Angleterre, elle le peut en tendant la main à l'Allemagne, et par là elle peut arriver à assurer le succès de sa proposition de désarmement.

La politique d'entente en dehors de l'Allemagne et contre l'Allemagne n'est pas sans danger et, aussi longtemps que l'Angleterre pourra craindre de déplaire à Paris et continuera à traiter avec froideur les invites honorables de l'Allemagne, l'Allemagne sera obligée de rester sur ses gardes. Et l'Angleterre doit se faire à l'idée de voir la flotte allemande occuper à côté de la flotte anglaise une position qui commande et impose le respect sur mer...

Enfin, pour ce qui est de l'Empire russe, il est évident qu'une Russie consolidée doit revenir aux traditions du passé et veiller au maintien des bonnes relations avec son voisin d'Allemagne.

Le Times faisait suivre ces extraits du commentaire suivant : La tendance tout entière de l'article de la Deutsche Revue, malgré ses euphémismes diplomatiques, est de ruiner en Angleterre les bases sur lesquelles repose l'amitié anglo-française par des moyens tout différents et bien plus subtils que ceux qui ont été employés et qui n'ont pas réussi il y a un an à Paris.

Le point capital de l'article est constitué par la déclaration faite d'une façon presque menaçante que l'Angleterre doit choisir entre deux alternatives : celle d'adopter envers l'Allemagne la politique, qui pourrait être aisément désastreuse, du contrepoids anglo-français ou d'étendre le cercle de ses amitiés de façon à y comprendre l'Allemagne.

Cette déclaration implique une nouvelle et très importante doctrine. Pendant ces trente dernières années, la paix européenne a été assurée

jamais, jusqu'à présent, permis qu'on mette en doute son droit, ou mis en doute celui des autres puissances, de chercher dans un système d'ententes et d'alliances les combinaisons qui pourraient sembler plus efficaces pour le maintien, de temps en temps, de la balance des puissances européennes.

Une première fois, une tierce puissance profita d'une action comme celle de l'entente entre la France et l'Angleterre pour tenter d'affirmer que les relations amicales entre deux puisssances doivent être envisagées comme hostiles à une tierce puissance, à moins que cette tierce puissance ne soit autorisée à convertir un ménage à deux en un ménage à trois.

Il est nécessaire de parler clairement. Nous ne croyons pas que les sollicitations allemandes à Londres affecteront nos relations avec la France, pas plus que les menaces allemandes à Paris ne les ont affectées il y a un an. Ces relations sont basées sur des considérations d'intérêt commun et de politique générale qui ont été appréciées également par les deux gouvernements et les peuples des deux pays.

Nous ne voyons aucune raison pour nous quereller avec l'Allemagne et pour que l'Allemagne se querelle avec nous; mais nous voyons beaucoup de raisons pour que nos relations avec l'Allemagne n'acquièrent pas, dans les circonstances actuelles, le même caractère d'intimité que nos relations avec la France. Modifier ces relations soit par addition, soit par soustraction, sur l'invitation de l'Allemagne, serait reconnaitre une sorte d'hégémonie allemande en Europe, et l'histoire est là pour nous dire que la grandeur de l'Angleterre est basée sur sa résistance dans le passé à des prétentions semblables d'hégémonie, qu'elles aient été formulées par Charles Quint, par Louis XIV ou par Napoléon.

D'autre part, l'Economist commentant à son tour le même article de la Deutsche Revue, a déclaré tout d'abord qu'il est absolument inexact que l'entrevue de Friedrichshof ait amélioré les rapports anglo-allemands; c'est au contraire parce que ces rapports étaient devenus moins tendus que l'entrevue a pu avoir lieu. L'Economist ajoutait ensuite :

La proposition que nous fait l'Allemagne de conclure une entente avec elle se heurte à une grosse difficulté : nous avions avec la France des questions litigieuses très précises, tandis que nous n'en avons pas avec l'Allemagne. Il ne pourrait donc s'agir que d'une bonne volonté générale de part et d'autre et d'un désir de favoriser réciproquement les buts légitimes poursuivis. Quant à agir de concert avec l'Allemagne, l'Angleterre a déjà fait deux fois cette expérience depuis sept ans, en Chine et au Venezuela, et elle n'est pas disposée à la recommencer.

Mais, avant de rien entamer, il faudrait savoir exactement ce que l'Alle. magne attend d'une entente avec l'Angleterre. Nous présumons que l'Allemagne ne recherche pas, en Orient, des avantages exclusifs, mettant les autres puissances dans un état d'infériorité. Nous désirons, en effet, voir maintenir le principe de la porte ouverte et de l'égalité de traitement pour tous. Mais alors, s'il en est ainsi, on ne voit pas bien pourquoi l'Allemagne recherche avec tant d'empressement une entente avec nous. Pour atteindre un but aussi modeste, ce n'est pas nécessaire. D'autre part, l'article en question laisse entendre que l'approbation de l'Allemagne doit être un préliminaire nécessaire de toutes négociations entre la Grande-Bretagne et la Russie au sujet de l'Orient?

Si l'on rapproche ceci de l'attitude de l'Empereur dans la question du Maroc, on a l'impression que le gouvernement allemand ne veut pas laisser de transaction se conclure entre deux autres Etats sans son assentiment, ce qui équivaudrait à se rendre l'arbitre du monde.

L'insistance avec laquelle l'auteur de l'article a fait ressortir qu'une entente anglo-française, pour être stable, devait comprendre l'Allemagne, nous reporte de dix ans en arrière, au moment où le Kaiser répétait : « L'Angleterre doit être avec l'Allemagne ou contre elle. » Mais a!ors l'Allemagne avait quelque chose à nous offrir pour le cas d'un conflit francoanglais. Actuellement elle n'a rien à offrir ni rien à demander, sauf qu'elle nous signifie qu'elle pourrait se montrer désagréable et que tout projet tendant à se passer d'elle est destiné sans doute à échouer.

Et l'Economist concluait en déclarant qu'une entente ne saurait s'établir entre l'Allemagne et l'Angleterre avant que celle-ci n'ait plus à redouter le bureaucratisme allemand et les pangermanistes.

Russie. - Le programme de réformes gouvernementales. — Le 6 septembre a été publié, à Saint-Pétersbourg, le communiqué officiel suivant qui contient l'exposé complet du programme politique ministériel :

Le mouvement révolutionnaire. Depuis deux ans, le mouvement révolutionnaire a pris une force extraordinaire. Il s'est augmenté surtout depuis le printemps de cette année, et il ne s'écoule presque pas de jour sans un crime nouveau. Des soulèvements armés, des mutineries à Sébastopol, à Sveaborg, à Revel, à Cronstadt, des assassinats de fonctionnaires et d'agents de police, des tentatives de pillage se sont succédé sans interruption.

Pendant l'été de 1906 ont été assassinés : le commandant de la flotte de la mer du Nord, amiral Tchoukhnine; le gouverneur de Samara, Block; le gouverneur général de Varsovie, Vanlialiarsky; le général Markgresky et le général Min. En outre, de nombreux et horribles attentats, faisant de nombreuses victimes, ont été perpétrés, comme celui de Sébastopol dirigé contre le commandant de la forteresse Nepluef, et celui dont a failli ètre victime le président du Conseil des ministres.

Enfin la police subit quotidiennement des pertes énormes. Ces crimes montrent que les organisations révolutionnaires s'efforcent par la violence d'empêcher le gouvernement d'accomplir son muyre avec calme, de jeter le trouble dans les rangs de ses fidèles, de faire cesser toute cuvre de la pensée et toute possibilité de vie créatrice dans l'Etat.

Les populations des diverses classes de la société, effrayées par les révolutionnaires, s'adressent au gouveruement et attendent une déclaration autorisée sur les causes de ces crimes qui oppriment la conscience publique et sur l'attitude du pouvoir à l'égard de ces crimes épouvantables.

Le gouvernement juge nécessaire de déclarer que les révolutionnaires, même avant la dissolution de la Douma, préparaient, d'un côté, un soulèvement armé avec l'aide de l'armée et de la flotte, de l'autre, un mouvement agraire général devant atteindre le pays tout entier.

Tout ce mouvement révolutionnaire devait être soutenu par les membres du parti extrême qui avaient pénétré dans la Douma et qui faisaient tous leurs efforts pour usurper le pouvoir exécutif et transformer la Douma en assemblée constituante. Selon les révolutionnaires, le succès était assuré par des tournées dans les villages et par la propagande des

même temps on se promettait de faire cesser la vie économique du pays par la grève générale.

Après la dissolution de la Douma, la faillite de la grève générale et les mesures prises contre les désordres agraires, les groupes révolutionnaires essayèrent d'atténuer l'impression de l'échec de leurs projets et d'empêcher l'ouvre créatrice du gouvernement; ils décidèrent d'impressionner le pays et d'effrayer le gouvernement par le massacre des hauts fonctionnaires. Le recours de ces actes de haut terrorisme a prouvé la faiblesse de la révolution pour arriver à réaliser un mouvement général. Beaucoup plus que des chances de succès, la cruauté de pareils crimes crée dans le public une agitation et effraye å mesure que le mouvement révolutionnaire se prolonge.

L'attitude du gouvernement. — Les moyens de répression. Quel est donc le devoir du gouvernement dans de pareilles conditions ?

Quest. Dipl. et Col. – T. XII.

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