Images de page
PDF
ePub

Il n'y a qu'une réponse à cette question,

Le but du gouvernement et le problème qu'il a à résoudre ne sauraient être modifiés par les projets des criminels; on peut tuer telle ou telle personne, mais il est impossible de tuer l'idée dont le gouvernement s'est inspiré. Il est impossible d'anéantir une volonté tendant au rétablissement des conditions permanentes de la vie et du travail libres. Ces crimes rendent le but final difficile à atteindre, mais ce sont des faits occasionnels. Le sens commun démontre la nécessité d'écarter les obstacles et de marcher de toutes ses forces vers la solution du problème posé. Ces crimes doivent être réprimés sans aucune hésitation. Si l'Etat ne les réprimne pas promptement, toute notion d'existence de cet Etat sera perdue. En conséquence, le gouvernement opposera la force à la violence.

Le devoir de l'Etat est d'arrêter la marche violente de la révolution qui tend à usurper le pouvoir et à établir, en qualité de nouveaux maitres, des éléments antisociaux qui feraient tout sombrer.

Des instructions détaillées seront données aux autorités locales pour lutter contre ces éléments. Une grave responsabilité incombe à ceux qui manqueraient de résolution et à ceux qui désobéiraient à la volonté impériale.

L'administration fera tous ses efforts et emploiera tous les moyens légaux pour faire cesser la propagande violente et, si cette propagande réussit à provoquer des désordres agraires parmi les éléments iguorants de la population, ces désordres seront réprimés par la force armée, et la responsabilité, s'il y a des victimes, incombera aux agitateurs.

Le gouvernement considère que la procédure judiciaire actuelle n'est pas suffisamment adaptée aux circonstances actuelles et il juge nécessaire de publier des règlements provisoires sur les conseils de guerre de campagne (veldkriegsgerichte) pour les crimes graves commis dans les régions placées sous la loi martiale et en état de défense extraordinaire.

La procédure et l'exécution de l'arrêt seront réglées et se trouveront suivre de plus près les crimes.

parmi les troupes seront également établis.

Les malheurs dont souffre notre patrie ont fait naître la nécessité d'amender l'organisme de l'Etat pour supprimer le mal sans toucher à la vitalité de l'Etat.

Toutes ces mesures sont nécessaires pour assurer la liberté de vivre et de travailler. Elles constituent des moyens et non un but; elles absorberont beaucoup de temps et de travail, et pourraient barrer la voie aux réformes indiquées par l'empereur; mais ce serait une grande faute de considérer la répression des attentats criminels comme but unique et d'oublier les causes qui ont engendré les troubles,

Le programme des réformes. Le gouvernement ne peut pas laisser dire qu'il suspend toute réforme et fait cesser toute vie pour porter absolument son attention sur la répression de la révolution.

De même il ne serait pas conforme aux circonstances actuelles et aux intérêts de la Russie de ne s'occuper que de réaliser des réformes libérales dans cette idée que la révolution perdrait alors toute raison d'être.

Les révolutionnaires ne luttent pas pour les réformes, dont l'introduction est considérée comme nécessaire par le gouvernement lui-même, mais pour l'introduction dans l'Etat d'un régime socialiste.

Par conséquent, le plan du gouvernement est clair : il consiste à conserver l'ordre et, par des mesures décisives, à défendre le peuple contre les éléments révolutionnaires et à diriger tous les efforts de l'Etat de façon à ramener de nouveau l'ordre basé sur une loi de liberté rationnelle.

Le gouvernement sait qu'il a en face de lui des questions de natures diverses, dont les unes doivent être résolues par la Douma et le Conseil de l'Empire et d'autres urgentes, qui doivent étre immédiatement réglées.

Les premières seront traitées dans les projets qui précéderont la réunion de la Douma, conformément aux principes indiqués dans les Manifestes impériaux et dont les solutions partielles ne sauraient nuire à l'activité législative de la Douma, dont la nature est déjà déterminée.

Il s'agit premièrement de la question agraire.

Le gouvernement assurera à des commissions agraires locales le moyen de continuer à travailler à l'amélioration du sort des paysans dans les régions où l'on a souffert de la pénurie des terres.

L'æuvre ainsi accomplie dans ces localités fournira les matériaux à la Douma pour résoudre cette question extrêmement complexe

Quelques mesures urgentes dans le sens de la légalité stricte pour la liberté religieuse seront également mises à exécution. Le gouvernement veut abroger les décrets qui gènent les paysans vieux-croyants en déterminant les droits de ces derniers par un règlement législatif exact.

En ce qui concerne la question juive, on abrogera les prescriptions qui ne servent qu'à faire naitre l'irritation et qui pourront être abrogées immédiatement, ainsi que celles qui touchent à l'essence même des relations entre les juifs et la nation russe et qui constituent une cuvre de conscience nationale.

L'augmentation du nombre des écoles populaires, conformément au plan d'introduction de l'instruction générale et l'amélioration des conditions de la vie matérielle des instituteurs sont déjà projetées par le gouvernement, qui a prévu dans ce but, au budget de 1907, une somme de 5 millions 1/2 de roubles.

Les projets de loi qui seront présentés à la Douma sont très nombreux. Outre les travaux sur les lois permanentes concernant les religions et les syndicats de presse, le gouvernement s'occupe maintenant d'une série de questions de grande importance dont voici la liste :

10 Liberté religieuse;
2o Inviolabilité de la personne;
30 Egalité civique.

Dans le but d'abroger les lois restrictives appliquées aux groupes de nations:

1° Amélioration de la propriété foncière des paysans ;
20 Amélioration de la santé des ouvriers;
3o Assurance de l'Etat;
4° Réformes des gouvernements autonomes locaux;

Afin d'établir un contact direct entre les institutions administratives locales et les organismes des gouvernements autonomes réformés :

1° Création de zemstvos dans les régions du Nord-Ouest des provinces baltiques;

2° Etablissement de zemstvos et de municipalités en Pologne;
30 Transformation de la justice locale;
4° Réforme des écoles supérieures et moyennes;
5° Impôt sur le revenu;
6° Réforme de la police afin d'unifier la police et la gendarmerie.

- Des mesures spéciales pour la défense de l'ordre et la sécurité personnelle seront réunies en une seule loi. Enfin les travaux préparatoires pour la convocation du conseil national des Eglises continuent conformément à l'oukase impérial.

S'étant imposé le maintien de l'ordre, la préparation et l'exécution des réformes nécessaires, espérant fermement la sanction des travaux législatifs de la session prochaine, le gouvernement a le droit de s'appuyer sur la fraction libérale de la société qui désire la tranquillité de l'Etat et non sa mise en péril.

Le gouvernement considère de son devoir de ne pas poursuivre les opinions exprimées par la presse et dans les réunions publiques; mais si ces moyens d'expression de la conscience publique sont employés pour la propagande des idées révolutionnaires, le gouvernement n'hésitera pas à exiger que ses agents prennent des mesures légales pour empêcher la transformation d'instruments bons en eux-mêmes en instruments de propagande par la violence et l'insurrection.

- La Banque agraire des paysans. - Par ordonnance impériale en dale du 25 août, la Banque agraire des paysans a été chargée d'organiser la vente aux paysans d'un certain nombre de propriétés, dans le but d'augmenter la quantité des terres qui sont propriétés paysannes.

Parmi les terrains choisis pour cet objet se trouvent les biens de la Couronne en état de culture, qui ne sont pas contigus aux districts forestiers et dont les baux sont expirés; les forêts qui sont partiellement limitrophes des terres déjà possédées par des paysans ou qui sont entourées de propriétés de cette nature; les terrains boisés, dans les gouvernemenls d'Arkhangel et de Vologda, qui sont propres à être vendus aux paysans.

- Les conseils de guerre en campagne, - L'Empereur a sanctionné, le 7 septembre, la décision du conseil des ministres instituant des conseils de guerre de campagne. Dorénavant, les gouverneurs généraux ou autres autorités investies de pouvoirs similaires, dans les districts qui sont en état de siège ou en état de protection extraordinaire, auront le pouvoir de déférer toute personne accusée de crime dans des lieux publics devant un conseil de guerre de campagne, sans qu'aucune enquête préliminaire soit nécessaire.

Le conseil de guerre de campagne peut être formé par un gouverneur général ou par toute autorité investie de pouvoirs semblables, par l'intermédiaire du commandant de garnison, chef de détachement ou commandant de port. Le conseil de guerre sera composé d'un président et de quatre officiers de l'armée ou de la marine. L'ordre constituant le conseil sera publié par le gouverneur général dans les vingt-quatre heures de la perpétration du crime à punir. La cour s'assemblera immédiatement et décidera à huis clos dans les dix-huit heures. Sa sentence aura immédiatement force de loi et sera exécutée dans les vingt-quatre heures sur un ordre des autorités mililaires en question.

- La situation dans l'Empire. – L'attitude énergique du gouvernement semble avoir produit une impression satisfaisante dans l'Empire. Cependant on doit encore enregistrer de graves désordres, tel que le récent pogrom de Siedlce, en Pologne, qui a fait des centaines de victimes, et d'odieux atlentats comme l'assassinat du général Min, ancien colonel des gardes Semenovski, par une jeune institutrice, et le meurtre du général Vanliarliarski, gouverneur militaire de Varsovie, par un inconnu qui n'a pas été rejoint.

Turquie. - L'incident de Djanet. – Nous disions dans notre dernière livraison que la Turquie, d'après les plus récentes dépêches, avait décidé de nous accorder complète satisfaction dans l'affaire de Djanet. Depuis, l'Agence Havas a publié, le 29 août, la note suivante qui confirme ce que nous disions alors :

On se souvient des bruits d'occupation de Djanet, oasis située en dehors des limites de la Tripolitaine, à environ 150 kilomètres du poste ottoman de Gbat. Des soldats turcs, au nombre d'une trentaine, partis de Mourzouk dans la Tripolitaine, auraient, disait-on, pris possession de Djanet au nom du Sultan.

Nous ne pouvions admettre cet empiètement à l'intérieur d'une région qui n'a jamais appartenu à la Turquie et qui a été reconnue à la France par l'arrangement franco-anglais du 21 mars 1899.

M. Constans fut chargé de faire des remontrances à Constantinople et à la suite de ses démarches, un iradé, en date du 21 août, nous donne satisfaction.

Le gouvernement turc a ordonné d'évacuer Djanet ou d'arrêter ses troupes dans leur marche en avant au cas où elles n'y seraient pas encore parvenues.

Le statu quo ante est établi jusqu'à ce qu'intervienne une entente entre la France et la Turquie pour fixer d'un commun accord les limites entre Ghat et nos possessions.

Il est à remarquer que cette procédure, à laquelle la Porte vient d'acquiescer, est la méme que celle qui a été récemment adoptée par la Grande-Bretagne pour régler avec la Turquie le différend de Tabah.

- L'Italie et le proteclorat catholique en Orient. — Une importante manifestation, organisée par « l'Association nationale pour les missions catholiques italiennes en Orient », aura lieu le 15 septembre à Smyrne et montrera une fois de plus avec quelle habileté le gouvernement italien, qui prodigue à nos gouvernants et à nos parlementaires d'incessantes et vaines gracieusetés, s'empresse de se substituer à la France dans le protectorat religieux qu'elle exerçait en Orient.

Déjà, en 1877, le ministère des Affaires étrangères d'Italie avait ouvert à Smyrne une école de jeunes filles pour les besoins de la colonie italienne, qui est très nombreuse. Cette école, qui fut d'abord laïque, fut confiée dans la suite aux Seurs de charité d'Ivrée et pril un très grand développement. Ces Sours desservaient déjà à Constantinople un hôpital et des écoles. D'autres institutions de bienfaisance furent fondées plus tard à Smyrne, et toules avec succès. Le 15 septembre, une autre école sera inaugurée et celle-ci sera confiée à des missionnaires. L'Association de Florence n'a pas regardé à la dépense. Les choses seront faites grandement: l'inauguration aura lieu en présence des autorités ecclésiastiques et du consul royal. La fête sera naturellement empreinte d'un caractère netlement italien. Le drapeau italien flottera sur le nouvel édifice et les discours témoigneront encore une fois de la persévérance avec laquelle l'Italie s'applique, comme nous venons de le dire, à profiter du peu de cas que, malheureusement, le gouvernement français a fait du protectorat français en Orient.

II. – ASIE.

Inde anglaise. – L'agitation au Bengale. On signale depuis quelque temps une assez vive agitation parmi les indigènes au Bengale; cette agitation a été provoquée par la division de la province en deux gouvernements. Les Hindous ont très mal accueilli cette mesure prise par lord Curzon et se flattent d'avoir, par leur opposition, obligé le tout-puissant vice-roi à donner sa démission, de même qu'ils se flattent d'avoir obligé sir B. Fuller, gouverneur du Bas-Bengale, à demander son rappel. Encouragés par ces deux premiers succès, ils ont constitué une vaste association, qui compte plus de 50.000 adhérents, et qui a pour chef le Babou S. N. Banerju, lequel vient de se faire couronner empereur de l'Inde et a lancé un appel à tous les habitants de l'Hindoustan, les invitant à prendre les armes pour chasser les Anglais.

Evidemment il n'y a encore là rien de très grave; cependant c'est avec raison que les journaux anglais appellent l'attention du gouvernement sur ces événements, car si le mouvement actuel se propageait, la sécurité de l'empire des Indes même pourrait être menacée, et cela au moment où s'agitent de façon inquiétante les musulmans d'Egypte et les nègres de l'Afrique du Sud.

III. – AFRIQUE.

Sahara. L'occupation des oasis du Kaouar. – La politique d'occupation pacifique des territoires africains qui nous sont reconnus par les traités internationaux, et à laquelle le gouvernement a donné ses soins depuis quelques mois, vient d'obtenir un nouveau et important résultat. A la suite de l'occupation de Djanet par le gouvernement de l'Algérie et de l'occupation de Taoudeni par les détachements combinés des gouvernements généraux de l'Algérie et de l'Afrique Occidentale, le gouvernement de l'Afrique Occidentale vient de faire procéder à l'occupation des oasis du Kaouar.

Le ministère des Colonies a été avisé par le commandant de la région de Zinder que le lieutenant Crépin est arrivé à Bilma, le 16 juillet, avec son détachement au complet.

Ces mesures d'occupation et d'administration pacifiques permet

« PrécédentContinuer »