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argiles qui, avec les alluvions, tapissent, surtout au Nord, le fond des vallées et qui constituent la surface de certains plateaux dans le Fouta-Diallon sud-occidental et occidental, à côté des alluvions des plaines et du littoral", qu'est-ce exactement que les « boouals » des Foulahs, que les « oulaï », que les « fili » des Soussous ? « Quand on aura fixé la signification vraie de ces « expressions et dressé une carte générale de répartition de * ces divers sols ainsi que des alluvions, on tiendra, dit très « justement M. Machat?, les données essentielles permettant « d'expliquer le mode des établissements indigènes, et l'on * pourra poser avec quelque netteté les questions préliminaires « à la colonisation. » — D'une portée aussi considérable est la solution du problème du climat; si on peut et si même on doit

les contrées très malsaines de l'Afrique Occidentale, il en va tout autrement du Fouta-Diallon, qui « se distingue du littoral, « à la fois par des pluies moins fortes, sinon'moins prolongées, « et par des minima thermométriques beaucoup plus accen« tués pendant la saison sèche ». D'ores et déjà, ce pays apparaît au total comme beaucoup plus habitable que les Rivières du Sud; mais une longue expérience seule, — déjà inaugurée et assez encourageante d'ailleurs, — dira si, avec une hygiène bien entendue, l'Européen peut y vivre à demeure et y travailler , si certaines plantes utiles et certains animaux de nos climats peuvent y prospérer :. Ne convient-il pas, d'autre part, de chercher, tout autant que dans le prosélytisme religieux, dans la demi-famine qui règne chaque année, au début de la saison des pluies, dans ce pays de culture maigre dans l'ensemble, l'explication de l'humeur entreprenante et des efforts d'expansion des Foulah et des Mandés, beaucoup plus dangereux pour leurs voisins, de tout temps, beaucoup plus nombreux parmi les dioulas de Guinée, que ne le sont les indigènes du Niger "?

Nous ferions injure aux lecteurs des Questions Diplomatiques et Coloniales en insistant sur la gravité de ces problèmes, d'ordre colonial non moins que d'ordre géographique, posés par M. Machat de la manière la plus rigoureuse et la plus précise. Ces problèmes et d'autres également considérables, - la détermination des conditions et des modes du commerce indigène, par exemple', - il appartient aux explorateurs futurs de les résoudre ? Pour délicate que demeure incontestablement cette tâche, il convient cependant de reconnaître que M. Machat l'a rendue relativement facile. Son ouvrage sur les Rivières du Sud et le Fouta-Diallon renseignera, en effet, les prochains voyageurs sur les travaux multiples de leurs prédécesseurs, au lieu de leur laisser découvrir le pays chacun pour son compte, comme cela s'est trop souvent fait jusqu'à l'heure actuelle; il constituera vraiment pour eux un guide précieux et appellera leur attention sur ce qu'il leur conviendra d'observer.

1 P. 68-69. 2 P. 318-319. 3 P. 320. * P. 324-322. - Cf. (à la p. 199) le passage ou l'auteur montre combien il serait

des zones continues dans lesquelles sont fréquents les pachydermes, les antilopes, les félins : étude intéressante au premier cher pour l'anthropologie, et qui, si elle était un jour faite pour l'ensemble du Soudan, fournirait bien des indications sur les déplacements, les rapports actuels, le degré de civilisation des tribus indigènes ».

HENRI FROIDEVAUX.

i P. 323. - Sans parler de la question de savoir si les tornades humides existent au Fouta-Diallon (p. 133), etc.

2 Déjà, déclare M. Machat (à la note 1 de la p. 317), un jeune géologue attaché au laboratoire de la Faculté des Sciences, M. Jean Chautard, en accomplissant une reconnaissance du Fouta.Diallon, a recueilli des informations qui continueront à compléter et peut-être à modifier sur quelques points les résultats exposés dans Les Rivières du Sud et le Foula-Diallon.

3 Après les avoir énumérés d'ensemble dans son introduction, M. Machat a soin de signaler, dans les bibliographies particulières qui précèdent les différents chapitres de son ouvrage, les études les plus importantes pour chacun des points dont il aborde successivement l'examen.

LES TARTARES CONSTITUTIONNELS

Le Congrès islamique qui vient de réunir à Makaria plusieurs centaines de musulmans russes a donné des indications curieuses sur le mouvement des esprits provoqué parmi les populations tartares de l'Empire moscovite par les réformes politiques du gouvernement du tsar. Ce mouvement des esprits tartares avait d'ail. leurs été déjà mis en lumière par les très intéressants articles que l'éminent voyageur et ethnographe Vambéry a publiés récemment, dans la National Review, et que, pour cette raison, il nous paraît utile de faire connaître au moyen des extraits suivants :

A la lecture des explications et commentaires publiés dans les journaux tartares au sujet de la Douma impériale, on inclinerait à supposer que les braves Tartares, regardés autrefois comme le prototype de la passivité asiatique, ont été, depuis longtemps, familiarisés avec la forme constitutionnelle de gouvernement et introduits dans les intrigues et les minuties de la vie parlementaire.

Le manifeste impérial était à peine publié qu'ils décidaient d'organiser une assemblée générale, en vue de délibérer sur les mesures prochaines à prendre, en présence des conjonctures nouvelles.

Les gouverneurs de Nijni-Novgorod et Kazan ayant refusé l'autorisation nécessaire, les délégués des divers comités de l'empire se sort enfin réunis le 6 janvier à Pétersbourg, où, avant toutes choses, les questions de politique des partis ont été soumises à une discussion d'ensemble avec tous les arguments se rapportant au développement moral, matériel et national.

Ici, comme dans d'autres réunions analogues, la présidence a été oecupée par un prêtre influent (mollah) dont le savoir religieux commandait le respect. Il fut appuyé énergiquement par les jeunes Tartares de civilisa. tion occidentale moderne, qui, n'ont pas toujours les meilleurs rapports avec les interprètes du Coran, et sont même parfois en guerre avec les représentants de l'école conservatrice et orthodoxe.

Mais, en matière politique, tous les partis sont d'accord. La plus stricte union est sans cesse recommandée, tantôt par les journaux, tantôt par les professeurs tartares qui agissent en émissaires dans les parties les plus éloignées du monde musulman.

Il y a peu de temps, je lisais dans un journal tartare les notes d'un mahométan qui s'était rendu jusqu'à Sakhaline pour répandre l'idée d'union parmi les forcats musulmans de l'ile.

L'union est, en fait, le mot de ralliement des sujets mahométans du tsar; en tous lieux et en toutes circonstances, il y est fait allusion, et c'est principalement à l'enthousiasme pour cette idée que doit être attribué l'extraordinaire réveil patriotique que l'on constate depuis quelque temps chez les Tartares.

Tandis qu'en d'autres communautés musulmanes les préoccupations publiques se manifestent particulièrement au sujet des questions religieuses, et que les directeurs spirituels considèrent de leur devoir de faire opposition aux ordonnances des maitres chrétiens susceptibles de heurter l'esprit d'orthodoxie des doctrines du Coran et de la Sunna, nous voyons les Tartares s'appliquer soigneusement à garder intacte leur nationalité, à épurer leur langue des mots russes, arabes et persans qui s'y trouvent, à substituer l'enseignement de la science européenne moderne aux études d'inutile scolastique et aux excentricités religieuses.

Il est très intéressant de noter la résistance opposée à la méthode Ilminski introduite, dans le milieu du siècle dernier, en vue de russifier les Tartares et Ugriam. Le professeur Ilminski, un savant et distingué orientaliste, pensait qu'en substituant aux lettres arabes usitées par les Tartares des caractères russes, il faciliterait l'instruction élémentaire dans les écoles, et qu'en procédant graduellement, il pourrait transformer les mahométans en chrétiens orthodoxes. Etant donné le conservatisme obstiné des Asiatiques, cette méthode eut des résultats insignifiants. Les Tartares se soumirent paisiblement pendant quelque temps aux mesures de coercition; mais tout à fait récemment, c'est-à-dire lors de la promulgation de l'édit constitutionnel, une tempête a emporté la méthode Ilminski et les agents russes qui étaient chargés de la répandre.

Parmi ceux-ci, le professeur Badilovich est attaqué avec véhémence. C'est à propos de lui que les patriotes tartares disent : « Si un Russe est « fier de sa langue, nous autres Tartares, ne savons pas aimer moins la « nôtre. Si nous avons jusqu'ici négligé son développement, nous répare« rons cette lacune à l'avenir, »

Auprès du professeur Badilovich se trouve un fonctionnaire civil russe, M. Chiviranski, membre de la commission religieuse, qui est, de la part des Tartares, l'objet d'attaques violentes et de récriminations pour son zèle excessif à assurer la russification, ou ce qui revient au même la conversion des sujets mahométans de langue turque. M. Chiviranski allait jusqu'à discuter l'Islam des Kirghiz-Kazaks, auxquels il déclarait qu'ils appartenaient en réalité au chamanisme et qu'ils n'avaient rien à faire avec le mahométisme. Les bons nomades du district de Zaisan, exaspérés par ces propos, ont, dans une petition adressée au comte Witte, demandé :

1° Que les affaires musulmanes ne soient pas confiées à M. Chiviranski;

déré comme nul;

30 Qu'un membre musulman soit mis à sa place.

Il est étrange de constater que ces nomades, regardés comme les hommes les plus primitifs de l'Asie, puissent ainsi se mettre en avant par une telle requête. Mais notre surprise augmentera quand nous lirons que les Bashkirs d'Oufa, joints aux Kirghizes de la Petite Horde, ont, par un télégramme adressé au tsar, demandé l'autorisation d'envoyer à la Douma des délégués distincts et formulé le væu de voir la religion mahometane représentée dans le Conseil Impérial par des musulmans et non par des chrétiens, ainsi que cela a existé jusqu'ici.

Une tendance analogue se marque dans une pétition visant à la désignation de prêtres (imams) dans les régiments musulmans. Les pétition

naires déclarent qu'autrefois des imans s'occupaient des affaires religieuses parmi les soldats musulmans du tsar, et que si ces derniers, au nombre de 40.000 dans la période de paix, consentent à sacrifier leur vie pour le tsar, il n'est pas juste de les laisser sans directeurs spirituels,

drovitch. Le souverain aurait dit : « Je vais examiner cette affaire moi. « même et mes soldats musulmans auront leurs imans. »

Accoutumés comme nous l'étions à l'humble condition des Tartares, au caractère timide et docile qu'ils ont toujours montré, nous ne pouvons contenir l'étonnement que nous cause la lecture de leurs journaux et publications dans lesquels s'affirment des tendances fermes prenant parfois la forme de menaces.

Dans le numéro 5 du journal Vakit (le Temps) publié à Orenbourg, un patriote écrit ce qui suit :

« Nous, les 25 millions de musulmans russes, nous avons pendant a quelques centaines d'années éto paisiblement soumis aux décrets du « destin et avons mené une existence tranquille. Il serait impossible que « cette patience, cette douceur, cette obéissance, cette fidélité aient été « observées en vain. Nous sommes fermement convaincus que ces « qualités seront reconnues un jour.

« Constamment soumis à la loi et n'ayant jamais fait obstacle à l'admi« nistration du pays, nous avons toujours tendu le cou aux ordonnances « et prescriptions impériales; à une époque où les révolutions et toutes « les formes du tumulle se déchaînent sur la Russie, où le meurtre, le « pillage, l'incendie, les bombes sont à l'ordre du jour, nous mahometans « gardons notre sang-froid, et sans nous associer à aucun parti, nous « souffrons toutes sortes d'inconvénients, gardant l'espérance de ne pas « avoir été patients et soumis en pure perte.

« Quand nous entendons le gouvernement dire aux Polonais, aux Juifs « et aux Catholiques : « Vous obtiendrez le droit et la liberté, nous allons « procéder à des réformes, mais il est nécessaire que vous demeuriez « tranquilles, car aucune réforme n'est possible en période de troubles », « nous nous disons : « Bien, nous qui sommes calmes et paisibles, qui ne « nous agitons pas, nous serons certainement placés par le gouvernement a sur le même pied que nos concitoyens russes, dont nous partageons « toutes les obligations et les devoirs. »

« Peut-on s'étonner, par suite, que, nourrissant de telles espérances, « nous demeurions fermement dans la voie de l'obéissance ?

« Jamais des pensées révolutionnaires n'ont pénétré dans nos cœurs, « nous n'avons jamais prêté l'oreille aux appels séditieux, et un ministre « d'Etat a pu très exactement dire un jour à l'une de nos députations, à « propos de notre attitude : « Il n'y a nulle perversité dans vos esprits et « il ne saurait jamais y en avoir. »

Un autre mahometan écrit, dans le numéro 1 du journal tartare Vakit, ce qui suit :

« Depuis le manifeste du 17 octobre, les scellements qui maintenaient « nos lèvres closes, les liens qui enserraient nos bras sont tombés, les « entraves ont été enlevées de nos pieds et la tristesse a disparu de notre « caur. Maintenant tout individu peut parler et écrire comme il lui plait « et nous avons été délivrés d'un long état d'esclavage, de tyrannie et de « violence. Nous, mahométans, constituons sans aucun doute auprès des « Russes la plus importante fraction de la population de l'Empire, car « nos frères de race et de religion existent en Sibérie, en Asie et dans le a Sud et le Nord de la Russie.

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