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14 juillet. Il ira passer deux jours à Nancy où se trouve une mission spéciale d'études composée de mandarins cambodgiens envoyés en France par M. Beau, gouverneur général de l'Indo-Chine.

- Le Comité de l'Asie Française. - Le Comité de l'Asie Française s'est réuni, le vendredi 22 juin, à son siège social, 21, rue Cassette, en assemblée extraordinaire à l'effet d'élire un nouveau président, M. Eug. Etienne, trop absorbé par les hautes fonctions qu'il remplit dans le gouvernement, ayant demandé son remplacement. M. Emile Senart, membre de l'Institut, vice-président du Comité, a élé élu président à l'unanimité. Voicil'allocution prononcée par M. E. Senart pour remercier ses collègues :

Mon premier mouvement, Messieurs, comme mon premier devoir, est de vous remercier de l'honneur, de la marque de sympathie si précieuse que vous venez de m'accorder.

Si vous vous étiez proposé de choisir un nom considérable, consacré par des services publics, par de hautes charges brillamment remplies, vous n'auriez eu ici que l'embarras du choix. Si vous m'avez déféré le titre de président et s'il m'est permis de l'accepter sans retours trop embarrassants sur mon indignité, c'est en raison des préoccupations qui, avec la bienveillance indulgente de mes collègues du Bureau, vous ont visiblement inspirés. Vous avez voulu vous souvenir de ma bonne volonté, du zèle chaleureux dont vous me savez animé pour notre @uvre. En choisissant un président étranger à la politique active, habitué par profession à l'objectivité scientifique, vous avez vou!u témoigner que cette @uvre entend s'élever au-dessus de toutes les divisions, qu'elle s'honore de faire, sans distinction de nuances, un appel également confiant à tous les hommes politiques dont le concours lui est nécessaire.

Le président éminent auquel vous m'appelez à succéder, sans pouvoir me donner l'illusion de le remplacer, a, par un dévouement passionné qui date de la première heure, par une action infatigable, contribué plus que personne à susciter, à organiser dans notre pays le mouvement colonial. C'est son grand honneur d'avoir, dans ce rôle élevé, laissé oublier le chef politique pour le patriote supérieur aux préoccupations de parti.

Des scrupules, excessifs à notre gré, de régularité, de correction l'ont décidé à exiger de nous le remaniement du Bureau. Ils ne sauraient nous faire renoncer à un patronage qui nous est si précieux non pas seulement au regard de nos intérêts, mais au regard de notre gratitude. M. Etienne nous a promis de demeurer fidèlement et activement des nôtres, nous n'aurons garde de laisser tomber cette promesse. Plus que personne je suis intéressé à en assurer l'effet.

Je sais par expérience ce que notre Comité peut attendre du talent, des lumières et du zèle que met à son service l'état-major d'élite qu'il a eu la bonne fortune de grouper. Mais il n'est aucun de nous qui ne sente combien il perdrait à s'appuyer moins étroitement sur l'autorité et le concours affectueux de son fondateur. Je suis heureux que ma nouvelle charge m'assure le premier privilège d'affirmer hautement notre reconnaissance pour le passé et la solidité de nos liens dans l'avenir, en vous proposant de déférer à M. Etienne, comme je sais que c'est votre veu unanime, le titre de président d'honneur du Comité de l'Asie Francaise.

NÉCROLOGIE. - Mort de M. Albert Sorel. – Après une longue agonie, M. Albert Sorel est mort le vendredi 29 juin, entouré des siens.

M. Albert Sorel était né à Honfleur (Calvados), le 13 août 1842. Il suivit d'abord la carrière diplomatique, fut attaché, en 1866, au ministère des Affaires étrangères, puis nommé secrétaire d'ambassade. En 1872, il fut chargé d'enseigner l'histoire diplomatique à l'Ecole libre des sciences politiques, et sans quitter sa chaire, fut nommé, en 1876, secrétaire général de la présidence du Sénat. Membre du comité des travaux historiques en 1881, il fut élu membre de l'Académie des Sciences morales et politiques en remplacement de Fustel de Coulanges le 28 décembre 1889 et membre de l'Académie française en 1893 ; il occupait le fauteuil de Taine. Il avait été fait officier de la Légion d'honneur le 9 janvier 1885.

M. Albert Sorel laisse un grand nombre d'ouvrages sur l'histoire diplomatique et politique. Nous citerons dans l'ordre chronologique des publications: Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande (1875), la Question d'Orient au XVIIIe siècle, le Partage de la Pologne (1877), Essais d'histoire et de critique (1883), l'Europe et la Révolution française (188; et suivants), traduit en plusieurs langues et notamment en russe, qui valut à son auteur le grand prix Gobert deux années de suite, en 1887 et 1888. On lui doit aussi un Précis du droit des gens, écrit en collaboration avec M. Funck-Brentano; deux esquisses biographiques : Montesquieu et Mme de Staël; deux romans : la Grande Falaise et le Docteur Egra.

Au mois d'avril dernier, l'Institut lui avait décerné, pour l'ensem ble de ses travaux, la plus haute récompense dont il dispose, le prix, Osiris, de la valeur de 100.000 francs. Il y a moins d'un mois, il présidait, avec toute son ardeur et encore en pleine santé, aux fêtes du tri-centenaire de Corneille à Rouen.

Allemagne.-La question polonaise dans la Haute-Silésie.—Le Journal des Débats a reçu de son correspondant de Berlin les intéressants renseignements suivants au sujet de la question polonaise en Allemagne:

Berlin, le 15 juin. – La question polonaise est sans doute l'une des plus grandes difficultés de la politique allemande. Parmi les gens les mieux au courant de la question, beaucoup estiment que la soi-disant OstmarkenPolitik du gouvernement, tendant à remplacer les grands propriétaires polonais par des allemands, profite plutôt à la cause polonaise, au lieu d'appuyer la germanisation des provinces limitrophes de la Russie. En effet, les propriétaires polonais disposant, après la vente de leurs terres, de ressources d'argent assez larges, sont en mesure d'appuyer les classes moyennes polonaises.

En parcourant les rues de la ville de Posen et d'autres villes prussiennes, on trouve aujourd'hui beaucoup plus de boutiques aux enseignes polonaises qu'autrefois. Il y a donc, dans ces classes moyennes, une aisance qui n'existait pas et qui met les Polonais en mesure de fomenter d'une manière plus efficace l'agitation contre les Allemands.

Mais ce qui est beaucoup plus important, c'est que la question polonaise, qui n'existait que dans les provinces de Pomeranie et des Prusses orientales – Ost ei West Preussen — vient de conquérir en partie la HauteSilésie. Il suffit de lire les organes du Centre pour y trouver des plaintes au sujet de la victoire récente du candidat polonais Napieralski à l'élection complémentaire la plus récente du Reichstag. S'il s'agissait d'un cas

didats, y compris le candidat socialiste, il n'y aurait pas lieu d'attacher à ce fait autrement d'importance. Mais ce qui est énormément suggestif, c'est que le candidat polonais a obtenu au premier scrutin la majorité absolue, 20.000 voix, tandis que les candidats du Centre, des partis alliés bourgeois et du parti socialiste n'ont pu réunir que la minorité. Au reste, une première élection polonaise avait déjà précédé dans la Haute-Silésie la victoire récente.

On peut donc prévoir que les Polonais feront là-bas, dès maintenant, cause commune, en sorte qu'il y aurait un groupe radical du parti polonais au Reichstag, si les vastes districts industriels de la Haute-Silésie étaient conquis vraiment par la nouvelle agitation. Ce qui est surtout caractéristique, c'est que le président du Reichstag, comte Ballestrem, est justement le représentant d'une circonscription de la Haute-Silésie. En tout cas, il sera assez difficile d'endiguer la nouvelle agitation, qui doit être regardée comme la plus grande surprise, non seulement pour le Centre et les autres partis de l'ordre moral, mais encore pour les socialistes, qui ont perdu également beaucoup de voix à cette première élection complémentaire.

La Haute-Silésie serait ainsi une nouvelle province conquise par le polonisme. Tous les efforts du gouvernement, tendant à la germanisation des provinces orientales de l'empire, qui ont déjà coûté bien des millions de marks et couteront encore beaucoup d'autres millions, n'ont donc pas réussi. Au grand étonnement de tous, le polonisme vient de surgir triomphant en Silésie même, sur l'ancien territoire autrichien, conquis par Frédéric le Grand, enlevé à l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche. – SH.

Angleterre. — Le voyage des journalistes allemands à Londres. — Une députation de journalistes allemands, comptant une cinquantaine de directeurs ou principaux rédacteurs de journaux, vient de passer quelques jours à Londres, où ils s'étaient rendus sur l'invitation du groupement d'hommes politiques formé pour favoriser l'amélioration des relations anglo-allemandes. Les fêtes qui ont eu lieu à Londres à cette occasion ont été très commentée par la presse allemande, et plusieurs journaux de l'Empire, notamment la Gazette de Cologne, ont voulu voir dans cette réception une manifestation dirigée directement contre l'Entente Cordiale. La presse anglaise a, naturellement, protesté vivement contre cette déformation des faits, et le Times a publié, le 25 juin, un intéressant article de fond dont voici la traduction :

Nous sommes heureux d'apprendre de notre correspondant de Berlin que les journalistes allemands, actuellement à Londres, apprécient « la grande amabilité et la parfaite cordialité o de la réception qui leur est faite is. Mais il faut espérer sincèrement qu'ils ne donnent pas tous à cette

hilisé et à cette cordialité la signification que le représentant londonnien de la Gazette de Cologne - nous le constatons avec regret – semble si désireux d'attribuer à notre bienvenue. La Gazette de Cologne est, comme l'on sait, l'organe semi-officiel reconnu du gouvernement allemand et son correspondant de Londres écrit sûrement avec un certain sentiment de sa responsabilité propre. Or, dans les démonstrations amicales auxquelles il assista et dans les discours qu'il entendit du Lord Chancelier et de M. Bryce, ledit correspondant trouve l'assurance que ces agréables relations personnelles auraient pour résultat d'aplanir nombre de différends entre les deux nations. C'est là une opinion qui n'a rien que de très naturel ; mais le sentiment qui l'inspire n'est pas moins facile à comprendre, d'autant que le correspondant de la Gazette de Cologne ajoute qu'on n'a qu'à jeter les yeux de l'autre côté du Canal pour voir combien les Français sont nerveux à ce propos.

Nous n'avons, pour notre part, remarqué aucune nervosité en France et nous estimons trop le bon sens des Français pour supposer qu'ils puissent attacher la moindre importance à un échange de courtoisies privées. Ce n'est donc pas du côté de la France que nous craignons aucun malentendu en cette occasion : les relations d'étroite amitié qui unissent le Royaume-Uni et la France reposent sur une base trop solide et int déjà été trop sérieusement éprouvées, et en des circonstances trop graves, pour qu'elles puissent être affectées par quelques acclamations saus portée. Mais ce serait un réel danger pour l'avenir de nos relations avec l'Allemagne elle-même, si nos visiteurs rentraient chez eux avec cette impression - dont on trouve la trace dans d'autres journaux allemands que la Gazette de Cologne -- qu'ils ont réussi là où leur gouvernement a échoué, c'est-à-dire qu'ils ont pu ébranler l'Entente Cordiale franco-anglaise. Rien, nous en sommes assurés, ne serait plus opposé aux intentions des organisateurs anglais de la visite allemande qui, comme lord Avebury, sont seulement animés par le désir très louable, bien que parfois difficile à réaliser, de développer des relations amicales tout autour de nous, surtout dans le domaine économique. Aussi, pour éviter de se laisser entrainer à de si trompeuses espérances, nous engageons les collaborateurs et les lecteurs de la Gazette de Cologne à se rappeler les sages paroles prononcées cet hiver, à un banquet de la Chambre de commerce de Berlin, par notre ambassadeur en Allemagne, sir Frank Lascelles. S'expliquant sur la question des relations anglo-allemandes, sir Frank Lascelles, avec l'autorité de sa haute situation, s'exprima ainsi : « Gardez-vous que la suggestion d'une amitié entre nos deux pays ne puisse impliquer de l'hostilité contre quelque autre pays. J'estime qu'il est très important que cela soit clairement compris. Les amitiés que nous avons déjà réciproquement contractées ne nous empêchent pas de devenir amis nous-mêmes ; mais l'amitié que je désire sincèrement voir s'établir entre nous ne doit et ne peut en aucune façon intervenir dans les amitiés que nous avons contractées avec d'autres, ni les diminuer en aucune façon. » Ces paroles étaient admirablement dites et nous croyons qu'elles sont aussi vraies aujourd'hui qu'alors et qu'elles représentent toujours la politique du gouvernement britannique et le sentiment du peuple anglais.

La visite de l'escadre anglaise aux ports russes. — Le 22 juin, à la Chambre des communes, M. Trevelyan, député libéral, a demandé à quelle date environ l'escadre anglaise irait rendre visite aux ports russes. Sir E. Grey a répondu :

D'après les arrangements présents, l'escadre visitera pendant sa croi

sière les ports suédois, allemands et russes. Elle s'arcètera dans quatre ports russes. La date exacte n'a pas encore été fixée, mais ces visites auront lieu à la fin de juillet ou au commencement d'août.

M. Trevelyan a demandé alors si l'altention de l'honorable ministre s'était portée sur les appels faits à l'Angleterre, en Russie, de ne pas envoyer une escadre pour une visite de cérémonie, car ce fait serait interprété en Russie comme une démonstration hostile au mouvement constitutionnel : s'il voulait faire une enquête sur l’importance de ce sentiment dans le parti constitutionnel russe, et si, en attendant, le gouvernement anglais voulait retarder la fixation d'une date pour la visite de l'escadre.

Sir E. Grey a répondu :

Je n'ai rien à ajouter aux réponses que j'ai déjà faites sur la visite de l'escadre en Russie. Il me semble qu'une visite qui a été concertée depuis quelque temps ne devrait pas être considérée comme une intervention dans les affaires intérieures de la Russie. De telles visites, pendant les voyages d'été, ont toujours été considérées comme des actes de politesse envers le pays dans les eaux duquel l'escadre évolue et envers ses habitants. Mais, si l'on désire que d'autres déclarations soient faites, je propose qu'elles soient retardées jusqu'au vote du budget du ministère des Affaires étrangères, qui aura lieu le 6 juillet.

Les relations anglo-italiennes. Déclarations ile M. Tittoni. - Le 23 juin, à Londres, a eu lieu le banquet annuel de la « Dante Society », société qui se voue au culte du grand poète italien. A cette occasion, et répondant au toast en l'honneur des invités, M.Tittoni, ministre des Affaires étrangères d'Italie, a dit :

Je suis très sensible à l'honneur d'avoir été de nouveau nommé à un poste dont j'avais déjà rempli les fonctions pendant plus de deux ans. Cependant ce n'est pas sans éprouver de profonds sentiments de regret que je vais quitter l'Angleterre. Ce pays me rappelle, en effet, les meilleures années de ma jeunesse, et je n'ai jamais cessé de suivre avec un vif intérêt ses progrès politiques, parlementaires, économiques et sociaux.

La politique extérieure de l'Italie a eu, depuis deux ans, dans ses grandes lignes, un caractère si net et si stable que deux courtes crises parlementaires tendent simplement à démontrer que le changement d'hommes ne saurait changer les moyens et la façon d'agir que la grande majorité de la nation et du Parlement italiens accepte et approuve. Il est donc inutile de chercher à tirer d'événements peu importants cette conclusion que la politique extérieure italienne soit exposée à l'incertitude qu'entraineraient des changements continuels.

Je tiens surtout à déclarer que l'amitié traditionnelle de l'Italie envers l'Angleterre, amitié qui remonte à l'époque de la renaissance de l'Italie. est encore et demeurera toujours une des principales caractéristiques de la politique italienne.

Autriche-Hongrie. — Le budget des Affaires étrangères à la Délégation hongroise. — La Délégation hongroise a voté le budget des Affaires étrangères après une longue discussion au cours de laquelle d'inté

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