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ressantes déclarations ont été faites, notamment à propos de l'attitude de l'Autriche dans la question marocaine.

Le comte Zichy avait en effet déposé une motion déclarant que « la Délégation n'approuve pas la politique étrangère du comte Goluchowski et désire qu'elle soit modifiée ». Divers orateurs prirent la parole pour ou contre cette motion, et parmi eux le comte Frédéric Schønborn, chef du parti de la droite à la Chambre des Seigneurs, qui traita surtout du rôle joué par l'Autriche à la Conférence d'Algésiras.

Pour obtenir un résultat dont tout le monde s'est félicité, dit le comte Schenborn, la médiation impartiale d'un tiers était indispensable. Aucune des deux parties dont les vues, sinon les intérêts étaient en désaccord, n'aurait accepté une intervention officieuse qui eût paru dictée par le désir de soutenir l'autre. Ces deux considérations de fait établissent, l’une, l'importance du rôle de notre diplomatie; l'autre, que ce rôle n'a peut-être pas été parfaitement apprécié, surtout par ceux qui en ont profité. Nous ne nous plaignons certes pas que le comte Goluchowski ait obtenu un applaudissement parti de très haut, que lui a transmis un célèbre télégramme, car il y a là un aveu, une reconnaissance de l'importance du service rendu à notre voisin allié. Seulement on ne doit pas oublier que ce résultat n'a été possible que parce que nous avons contribué à contenter la partie adverse ? D'ailleurs, cette satisfaction donnée aux deux plaideurs me parait un résultat secondaire accessoire (eine Nebenwirkung). L'important, c'est que la tranquillité de l'Europe soit rétablie et qu'en cherchant à obtenir ce résultat, nous ayons assumé une tâche digne de notre passé.

Entre nos deux voisins — a continué M. de Schønborn - la situation était fort tendue. Ce n'est pas d'aujourd'hui que datent leurs méfiances et leurs susceptibilités. Sans nul doute des erreurs ont été commises des deux côtés. En France, on a trop parlé d'une guerre de revanche qu'on ne déclarait pas. N'oublions pas qu'en Allemagne les discours du Parlement, les articles des journaux semblaient calculés pour irriter les rancunes françaises. Dans les années qui ont suivi immédiatement 1870, l'Allemagne se posait en précepteur sévère menaçant du fouet un élève indiscipliné. D'autres fois, elle semblait laisser tomber ses menaces du haut de sa grandeur. Ce n'est pas ainsi que l'on traite un grand et noble peuple. épris et conscient de son honneur.

Très heureusement, c'est aux prédécesseurs du prince de Bülow que cette constatation peut s'adresser...

En tout cas, voilà l'Europe libérée d'un grand péril. Je m'en réjouis,

réjouis pour l'Allemagne, pour la France, car, si je ne suis pas suspect d'un excès de tendresse pour ses gouvernants d'aujourd'hui, mes sympathies pour elle ne sauraient varier ni diminuer.

Après que tous les orateurs eurent développé leur opinion, M. Weckerlé, ministre-président hongrois, fit à son tour un exposé

faisante, ajoutant que cette politique extérieure doit surtout avoir un caractère de communauté austro-hongroise et non pas être spécialement hongroise.

Enfin, le comte Goluchowski, prenant le dernier la parole, s'est

défendu d'être l'ennemi des Hongrois et d'avoir joué le rôle qu'on lui a prêté au cours de la crise ; il a fourni de longues explications au sujet du traité austro-serbe ; au sujet des affaires marocaines, il a dit que les intérêts économiques de l'Autriche-Hongrie au Maroc justifient pleinement l'appui qu'elle a donné à l'Allemagne pour le maintien du principe de la porte ouverte et qu'en aidant à éviler un grand conflit, la diplomatie austro-hongroise a rendu un grand service à la paix européenne.

Après avoir expliqué le rôle de l'Autriche-Hongrie dans les Bal. kans, il a réfulé l'assertion que la Triplice n'impose que des charges.

Si nos charges militaires ne s'accroissent pas autant qu'ailleurs, nous le devons en première ligne à la Triplice. Si nous n'avions pas des forces militaires suffisantes, personne ne rechercherait notre alliance. Nous ne pouvons être un élément capable d'alliance que si nous possédons des forces militaires et aucun Etat ne peut exister sans alliance.

Il est inexact que nous nous sommes mis à la remorque de l'Allemagne. Il va sans dire que nous nous sommes mis, à Algésiras, aux côtés de l'Allemagne, de même que la Russie se plaçait à côté de la France.

Après cette déclaration du comte Goluchowski, la motion du blâme du comte Zichy a été repoussée à une grande majorité et le budget des Affaires étrangères a été voté.

- La visite du général Saletta à Vienne. — Le général Salelta, chef de l'état-major général italien, est venu à Vienne, le 24 juin, officiellement pour saluer et féliciter son collègue autrichien, le comte de Beck, à l'occasion de son jubilé de vingt-cinq ans. Le général Saletta a été considéré et traité comme l'hôte de l'empereur. Il a élé reçu en audience particulière par François-Joseph, et a assisté à un grand diner officiel donné en son honneur par le comte de Beck. Aucun toast politique n'a élé prononcé ni par le général Saletta ni par le comte de Beck, el le général Saletta a toujours protesté contre l'idée que sa mission ait eu une portée politique quelconque. Cependant tout le monde est resté convaincu que cette visite devait être regardée comme un témoignage de la volonté du gouvernement italien de resserrer l'intimité des rapports entre l'Autriche et l'Italie.

Espagne. La mort du duc d'Almodovar. M. Perez Caballero, ministre des Affaires étrangères. — Le duc d'Almodovar, ministre des Affaires étrangères d'Espagne, est mort le 22 juin, après une maladie de deux mois. Les événements récents d'Algésiras avaient rendu son nom populaire à tous, et chacun rendait hommage à la loyauté, à la haute courtoisie, au tact et à la délicatesse avec lesquels il présida ces graves débats. Pour nous principalement, cette loyauté digne, assurée et complète du duc d'Almodovar pendant la Conférence, dans laquelle il représentait fidèlement l'esprit de son gouvernement, a beaucoup contribué à fortifier des liens auxquels notre pays est profondément attaché. Aussi le duc d'Almodovar, au moment où il disparait prématurément de la scène, a-t-il été salué par l'opinion fran

QUEST. DIPL. ET Col. — T. XXII.

çaise comme l'un des meilleurs et plus sympathiques auteurs de l'entente fondée sur la confiance absolue que nous inspire le caractère espagnol.

C'est M. Perez Caballero, second plénipotentiaire de l'Espagne à Algésiras, quia succédé au ducd'Almodovar, comme ministre des Affaires étrangères. M. Perez Caballero est né le 8 novembre 1861; il a quarante-cinq ans. De 1882 à 1885, il a été altaché à l'ambassade d'Espagne à Paris; il a rempli plusieurs missions diplomatiques ; il a été sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères à Madrid pendant quelques années, et il était ministre d'Espagne en Belgique lorsqu'il fut désigné pour représenter l'Espagne à la Conférence d'Algésiras.

Italie. – Les chemins de fer de l'Etat. — Il y a eu un an le 1er juillet que la plus grande partie des chemins de fer italiens a passé aux mains de l'Etat. Après un an écoulé, on peut se faire une opinion sur le résultat de ce changement. Ce résultat, il faut bien l'avouer, est peu favorable au nouveau système. On constate cette année encore une augmentation sensible dans le chiffre des recettes des chemins de fer italiens. Cette augmentation s'est élevée pour ce premier exercice à 10 % , mais les antiques abus et les anciennes erreurs qui fleurissaient dans l'exploitation des Chemins de fer italiens par des Compagnies privées se rencontrent dans l'exploitation nouvelle par l'Etat. Sans doute, on ne pouvait remédier d'un jour à l'autre à une situation embarrassée et difficile, résultant d'une longue suite d'erreurs, mais il faut bien constater que l'Etat n'a rien fait ou presque rien pour améliorer sérieusement le service dans la partie septentrionale de la péninsule. On raconte à ce sujet des histoires vraiment fantastiques : il est arrivé maintes fois au cours de cette année que des trains de chemins de fer se sont positivement égarés. On les retrouvait après des jours et des jours de vaines recherches dans des gares où ils n'avaient rien à faire. Nombre de bons esprits en Italie ne voyaient pas sans crainte l'Etat assurer un service si important. L'Etat italien, en effet, ne s'est pas toujours montré un admi. nistrateur modèle. On craignait aussi les mauvais effets de l'instabilité ministérielle sur l'exploilation des voies ferrées. Ces appréhensions, semble-t-il, n'étaient que trop justifiées.

Un autre élément peu réjouissant du problème des chemins de fer italiens, c'est la question encore pendante du rachat des chemins de fer méridionaux. La commission parlementaire chargée de l'étudier doit déposer son rapport incessamment. De sorte que la Chambre en pourrait commencer immédiatement la discussion. Il y a lieu de prévoir à ce sujet un débat long et peut-être orageux. Il ne sera pas facile de concilier les intérêts du pays et ceux de la Compagnie. D'autre part, le rachat se fera, on n'en saurait plus guère douter aujourd'hui. La Gazette de Francfort annonce que Victor-Emmanuel III lui-même est partisan décidé de cette mesure. Il lui semble hautement désirable, pour des raisons stratégiques, que l'ensemble des chemins de fer italiens dépende d'une seule et même direction.

M. M.

Norvège. — Le couronnement du roi Haakon VII. - Le couronnement du roi de Norvège, Haakon VII, a eu lieu le 22 juin, dans la cathédrale de Trondhjem suivant tous les rites solennels d'une antique tradition.

Russie. - La Douma et le ministère. – La lutte s'est ouverte directement entre la Douma et le ministère, et dès les premiers engagements il est apparu évident que le ministère n'élait pas de force contre son redoutable adversaire. Deux séances surtout ont été particulièremeni violentes et caractéristiques : celles du 21 et du 25 juin, au cours desquelles le ministre de l'Intérieur, M. Stolypine, s'est efforcé de défendre le gouvernement contre les attaques des inter-' pellateurs à propos des massacres provinciaux, des pogroms, et de la misère effrayante causée par la famine. M. Stolypine a montré avec beaucoup de sincérité et d'habileté les efforts tentés par le ministère pour réprimer des abus administratifs déplorables et en empêcher le retour; il a dit aussi les mesures prises pour venir en aide aux victimes de la famine, pour lesquelles 80 millions de roubles ont été dépensés déjà. Mais les déclarations du ministre n'ont pu désarmer l'hostilité de la Douma. Sur le premier point, le prince Ouroussof a répondu à M. Stolypine par un véritable réquisitoire dirigé contre l'administration, « seule responsable des pogroms, qu'elle organise elle-même»; et sur la seconde question, M. Aladyne a été plus violent encore, accusant formellement le gouvernement d'affamer sciemmentle peuple en fermant les yeux sur les exactions et les dilapidations des fonctionnaires. Et à deux reprises la séance a été levée au milieu d'un tumulte épouvantable; et le ministre a dû quitter la salle, poursuivi par les cris forcenés de la majorité, réclamant la démission du gouvernement.

Les réformes agraires. - Le gouvernement a publié, le 27 juin, le texte de son projet de réformes agraires. Ce projet se divise en deux parties : 1° Une certaine quantité, non spécifiée, de terres appartenant à l'Etat doit être vendue aux paysans ou à d'autres agriculteurs. Un maximum sera fixé pour chaque localité. Ces terres pourront être louées également pour une période n'excédant pas douze années, à des conditions moins onéreuses qu'actuellement; 2. Des facilités seront données aux paysans pour réunir leurs terres en un groupe. Toutes ces opérations seront faites par des commissions foncières locales, comprenant les représentants du gouvernement, des zemstvos, des propriétaires et des paysans.

Le projet est évidemment très restreint, et la Douma les renverra sans doute à la commission chargée d'examiner le projet de loi agraire, où l'on jugera de son utilité pour aider à l'organisation de l'expropriation partielle des terres privées. La reconstitution des terres des paysans, suivant le projet ministériel, semble devoir entrainer, en effet, l'expropriation, quoique sur une échelle très ré

duite.

Serbie. - Les élections serbes. - Le premier acte du ministère Pachitch, en prenant le pouvoir, il y a deux mois, avait été de dissoudre la Skoupchtina et de fixer la date des élections législatives au 24 juin pour le premier tour et au 1er juillet pour les scrutins de ballottage. Les résultats de cette consultation électorale assurent la victoire complète du parti des Vieux-Radicaux, qui obtiennent 90 sièges sur un total de 160; les Jeunes-Radicaux n'ont que 49 députés élus; les autres partis d'opposition — progressistes, nalionalistes et socialistes — se partagent les 21 autres mandats. Les VieuxRadicaux disposent maintenant d'une majorité effective de 18 voix contre l'opposition réunie. Cela seul suffirait déjà pour gouverner en toutes circonstances; mais il convient de remarquer que les VieuxRadicaux ont de plus l'énorme avantage de constituer un parti unique, bien discipliné, étroitement groupé sur un seul programme, alors que les divers partis d'opposition sont profondément divisés par la nature même de leurs aspirations et de leurs revendications. Enfin, il ne faut pas oublier non plus que l'ancienne Chambre comptait 83 Jeunes-Radicaux contre 55 Vieux-Radicaux et 22 progressistes et nationalistes. On voit par là l'importance du mouvement d'opinion qui s'est fait dans le pays en faveur des Vieux-Radicaux, puisque ceux-ci gagnent en réalité une trentaine de sièges sur leurs adversaires directs, les Jeunes-Radicaux.

En somme, la Serbie vient de témoigner d'une façon éclatante sa confiance dans le parti des modérés, et fort de cette confiance et de cet appui, M. Pachitch va pouvoir se mettre résolument à l'ouvre.

II. – ASIE.

Chine. Le règlement de l'affaire Nan-tchang. — M. Bapst, ministre de France en Chine, qui avait continué les négociations engagées par son prédécesseur, M. Dubail, au sujet de l'affaire de Nan-tchang, vient de signer un accord avec le gouvernement chinois.

Une enquête locale a établi que le sous-préfet chinois qui est mort dans la mission lazariste s'est suicidé, et le texte de l'accord reconnaît explicitement l'innocence des missionnaires français que les journaux chinois accusaient d'un meurtre.

Voici quelles sont les satisfactions données par le gouvernement chinois en compensation du meurtre des missionnaires lazaristes et des frères maristes, et de la destruction des écoles et des édifices du culte: un million sera versé à la mission ; 200.000 taëls seront remis aux familles des frères maristes massacrés par la population de Nan-tchang ; les principaux coupables seront punis ; les Chinois qui ont tenté d'empêcher l'émeute recevront des récompenses ; un hôpital sera érigé aux frais du gouvernement chinois comme monument expiatoire ; le sous-préfet qui s'est suicidé ne recevra pas d'honneurs posthumes.

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