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rait une prise de possession du trône de Brunswick par le duc de Cumberland, incompatible avec les traités fédéraux et la constitution de l'Empire.

Le prince a déclaré faire cette réponse en sa double qualité de chancelier et de ministre des Acaires étrangères de Prusse. Comme chancelier, il a exposé que, lié par la décision en vigueur du Conseil fédéral, il a le regret de ne pouvoir rien faire pour en provoquer la suppression. Comme président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de Prusse, il a fait remarquer qu'aucune modification n'est survenue dans l'attitude du duc de Cumberland envers la Prusse, qui explique la déclaration d'incompatibilité du Conseil fédéral. La Prusse devrait donc refuser son approbation à toute décision différente et elle ne pourrait non plus demander au Conseil fédéral de faciliter dans un Elat voisin l'établissement d'un gouyernement guelfe qui serait une menace pour ses possessions territoriales garanties par la Constitution de l'Empire.

La Prusse se déclare aussi hors d'état de prendre l'initiative d'aucune démarche qui aurait pour but de modifier les rapports du duc et de la Prusse qui sont caractérisés par la décision du Conseil fédéral.

Italie. — Les rapports austro-italiens et le voyage de M. Tschirschky. - Une note officieuse, communiquée aux journaux italiens, annonce que « le ministre des Affaires étrangères de la monarchie austrohongroise a exprimé à l'ambassadeur italien de Vienne les regrets du gouvernement royal de Hongrie et aussi ses propres regrets pour les dommages soufferts par des sujets italiens à Sussak, et l'a assuré que l'autorité judiciaire est en train de procéder à la punition des coupables selon les lois de l'Etat ». Ainsi se trouve terminé, à la satisfaction du point de vue italien, cet incident regreltable qui avait si vivement surexcité l'opinion publique en Italie, et auquel certains journaux avaient même donné une importance qui dépassail évidemment la réalité des faits. Nous avons déjà dit, il y a quelques jours, qu'il ne fallait pas s'émouvoir outre mesure de ces crises périodiques de fièvre austro-italienne qui se traduisent toujours en fin de compte par un plus étroit resserrement des liens de la Triple Alliance. La prochaine visite du ministre allemand des Affaires étrangères à Vienne, puis à Rome, montre que cette fois encore l'Allemagne va s'efforcer de tirer les meilleurs fruits d'une réconciliation, à laquelle elle n'est certes pas restée étrangère. La coïncidence de l'annonce du voyage de M. de Tschirschky avec la publication de la note officieuse italienne suffirait pour prouver l'intervention du gouvernement de Berlin en cette affaire.

Il est évident, en effet, que M. de Tschirschky ne se rencontrera pas à Vienne avec le comte Goluchowski et à Rome avec M. Tittoni, sans qu'il soit question, entre eux, de l'orientation actuelle de la politique internationale et de la situation respective des trois alliés, en présence des complications européennes éventuelles, et la conclusion de cet échange de réflexions sera certainement que l'Autriche et l'Italie ont besoin de la paix, et que seule la Triplice peut leur assurer celte sécurité pacifique. · La Triple-Alliance n'est pas encore prêle à se rompre.

Crète. L'investiture de M. Zuïmis. – La cérémonie d'investiture de M. Zaïmis a eu lieu le 29 septembre à Athènes, en présence du prince héritier de Grèce régent pendant l'absence du roi Georges, de M. Théolokis, président du Conseil des ministres hellène, et des représentants des quatre puissances protectrices de la Crète.

Le ministre de la Grande-Bretagne a lu la dernière note des puissances concernant le gouverneur de la Crète. Le prince héritier, au nom du roi de Grèce, a déclaré nommer M. Zaïmis haut commissaire de la Crète. Les représentants des puissances ont accepté et confirmé la nomination. Ils ont ensuite félicité M. Zaïmis, qui est parti le lendemain à bord d'un cuirassé grec pour Milo. Là, il s'est embarqué sur un navire de guerre anglais qui l'a conduit à la Canée.

A Constantinople, les représentants des quatre puissances prolectrices se sont réunis à l'ambassade de Russie et ont rédigé une note qui a été présentée à la Porle. Ils notifient dans cette note la nomination de M. Zaïmis au poste de haut commissaire en Crèle.

Portugal. – L'ouverture des Corlès. — Le roi Carlos a ouvert le 29 septembre les nouvelles Cortès. Le message de la couronne constate les excellents rapports du Portugal avec les autres puissances. Il annonce de nombreux projets de caractère intérieur qui seront présentés par tous les ministères.

Russie. — Le rapport financier de M. Kokovtzof. – Le journal le T'emps a publié, le 4 octobre, le texte d'un rapport confidentiel adressé le 18 septembre par M. Kokovizof, ministre des Finances, à M. Stolypine, président du Conseil, sur l'état présent des finances russes. Dans ce document, M. Kokovtzof constatait que, malgré les dispositions exceptionnelles prises cette année en vue d'assurer l'équilibre budgétaire, on se trouve actuellement en présence d'un déficit de 153 millions de roubles motivé, surtout par les dépenses de la Guerre et de la Marine. Cette publication a naturellement produit en France, et généralement en Europe, une vive émotion. Aussi, dès le lendemain, diverses notes officieuses ont été communiquées à la presse pour rassurer l'opinion et remettre les choses au point.

- Le Congrès des Constitutionnels - Démocrates. - Le parli constitutionnel-démocrate s'est réuni en Congrès le 7 octobre à Helsingfors, sous la présidence du prince Dolgoroukof.

Après une importante discussion, l'assemblée désavouant en partie le Manifeste révolutionnaire de Viborg, auquel la majorité de ses membres avaient adhéré sous le coup de l'émotion violente produite par la dissolution de la Douma, s'est prononcée pour une politique modérée, libérale et constitutionnelle.

Quest. Dipl. et Col. – T. XXII.

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II. – AFRIQUE.

Maroc. L'insécurité marocaine. — Le 27 septembre, un Français, M. Lassallas, agent de la Compagnie Marocaine à Marakech, a été l'objet d'un attentat à la campagne, sur le territoire de la tribu de Tekna, situé dans les environs de la ville, M. Lassallas a élé sérieusement blessé d'un coup de fusil tiré par des soldats du caïd de Tekna, sans aucune provocation, près du marabout de Ben-Haoul. Le gardien de ce marabout, nommé El Mahjoub, accompagnait notre compatriote pendant son excursion. Il est avéré que cet attentat avait été commis avec préméditation et avait été suivi d'agissements des plus répréhensibles de la part du caïd de Tekna. Ce dernier, en effet, ne consentit à laisser partir M. Lassallas pour Marakech, où il avait hâte de se rendre pour s'y faire soigner, qu'après l'avoir contraint à déclarer devant les notables indigènes que les coups de fusil étaient partis de l'endroit où logeait notre compatriote avec sa suite, et non du territoire du caïd. Il obligea ensuite M. Lassallas à confirmer cette déclaration par écrit de sa main, mais le blessé, écrivant en français, fit naturellement une déclaration contraire à ce que désirait le caïd. Des indigènes de l'entourage du caïd ont dit que cet attentat était dirigé contre M. Nier, agent consulaire allemand à Marakech, avec lequel le caïd aurait un différend; mais cette explication est inadmissible, car le signalement de M. Lassallas diffère complètement de celui de M. Nier. Toutefois les autorités marocaines ont jusqu'ici refusé de prendre aucune mesure contre les agresseurs de M. Lassallas.

D'autre part, deux jours après cet incident, M. Holtze, directeur de la poste allemande à Marakech, était également l'objet d'un attentat analogue de la part de musulmans qui se trouvaient près de la petite mosquée où est enterré le fils du fameux sorcier Ma-el-Aïnin. Au moment où M. Holtze, accompagné d'un employé également allemand, passait devant la mosquée, les sectaires du marabout se jetèrent sur lui et l'un d'eux sortit son poignard pour le frapper. Aucun des passants ne songea à intervenir, et il ne put s'échapper que grâce à l'arrivée d’un musulman de Fez qui s'interposa entre eux. M. Holtze ne put poursuivre sa route qu'à la condition de se déchausser pour passer devant le sanctuaire. Plainte a été portée auprès de la légation d'Allemagne. Deux des agresseurs ont été arrêtés sur l'ordre de Moulaï Hafid.

Enfin, le 6 octobre, le Dr Mauchamp, médecin du dispensaire français, passant dans la rue qui sépare Médina de la Kasbah, à Marakech, a été attaqué par un groupe de six hommes. L'un d'eux le mit en joue. Notre compatriote parvint à se dégager en menaçant les fanatiques de son revolver. Ils s'éloignèrent alors, en disant que ce n'était qu'un jeu de leur part. Des observations furent présentées au gouverneur, qui répondit avoir reçu de Fez l'ordre de laisser faire aux hôtes du Makhzen tout ce qui leur plairait.

Tous ces incidents, et d'autres aussi qui, bien que de moindre importance, sont cependant également regrettables, accusent encore davantage le lamentable état d'insécurité du Maroc que nous déplorions déjà il y a quinze jours. A ce sujet, le Temps a publié le 3 octobre, dans ses Propos diplomatiques, la note suivante :

Il s'est manifesté dans l'opinion publique, en France, en Angleterre, en Allemagne, quelque surprise de voir que l'on ne parlait guère des résultats pratiques de la conférence d’Algésiras. Nous avons, quant à nous, montré combien l'insécurité persistante, croissante même, qui règne dans les ports marocains, rendait nécessaire l'organisation de la police dont l'instruction a été confiée à la France et à l'Espagne.

Un fait, resté jusqu'ici, par suite de sa nature, absolument secret, vient fort à propos compléter ces explications.

Le corps diplomatique accrédité à Tanger n'a pas méconnu l'intérêt qu'il y avait à ce que l'acte d’Algésiras déjà signé par le sultan du Maroc ne restât pas lettre morte, bien que jusqu'ici trois puissances seulement aient été à même de le ratifier.

Il a donc, récemment, au cours d'une des séances qu'il tient, comme on sait, plusieurs fois par mois, adopté à l'unanimité la résolution suivante :

Bien que la ratification de l'Acte final d'Algésiras ne soit pas encore intervenue de la part de l'ensemble des puissances, le corps diplomatique est d'accord pour déclarer que tous ses membres, dans leurs rapports avec le Makhzen, devront se conformer aux principes posés par la conférence.

Notamment en matière de travaux publics et de concessions, il ne sera fait aucune dérogation à la règle de l'adjudication destinée à maintenir l'égalité de tous sur le terrain économique.

On ne peut qu'approuver cette décision qui confirme la bonne harmonie établie à Algésiras et rassurera ceux qu'inquiétait la mission à Fez des ministres d'Allemagne et des Etats-Unis.

- Ce qu'on dit à Fez. – Sous ce titre, le Temps a publié, le 4 octobre, les très intéressants renseignements suivants :

Au lendemain de la conférence d’Algésiras, la satisfaction d'en avoir fini sinon avec la question marocaine, du moins avec les négociations internationales, a été telle qu'on a détourné les yeux du Maroc. On s'était trop occupé de ce pays pendant de longs mois; il semble qu'on ait voulu ne plus s'en occuper après. Les Marocains ont eu une façon éclatante de ramener l'attention. Les troubles de Tanger, de Mogador montraient assez que l'anarchie marocaine reprenait de plus belle.

Nous avons eu des nouvelles précises de Fez. Quelqu'un qui avait qualité pour nous renseigner nous disait ces jours derniers quelle était l'attitude du sultan et du Makhzen et ce qu'il fallait penser des récents désordres.

« Sitôt après la conférence et avant même d'avoir reçu notification du « Protocole, le sultan ne cachait pas son mécontentement. Il se prétendait « humilié. D'ailleurs El Mokhri, qui se méfiait de l'accueil qu'on lui réser« vait, s'attardait à Tanger quand une lettre flatteuse le rappela. A peine « arrivé, les compliments se changèrent en paroles amères; il fut sévère« ment critiqué. Quant aux vizirs, ils ne se montraient pas moins déçus « et irrités. Ils n'avaient qu'une pensée : il eût fallu, déclaraient-ils, se « servir de M. de Tattenbach pour obtenir des modifications et des atté« nuations dans le programme français et finalement s'entendre avec la « France. De fait, les prédictions de M. Saint-René Taillandier se véri« fiaient, ce qui lui valait auprès du Makhzen une popularité rétrospec« tive. Mais bientôt un revirement s'est produit dans l'entourage du sultan. « Les incidents de la frontière algérienne, la remise en liberté de Bou« Amama avaient indisposé contre nous les vizirs. Ils soutenaient au sul« tan que la France s'intéressait à la cause du Prétendant, puisqu'elle a délivrait un lieutenant du Prétendant. Par contre, les réclamations dans « l'affaire Charbonnier ont été jugées, à Fez, naturelles.

« Ce qu'il est nécessaire de bien mettre en lumière, c'est l'attitude difa férente du Makhzen vis-à-vis de la France, suivant qu'il s'agit de la « frontière Nord ou de la frontière Sud de l'Algérie. La première seule le a préoccupe, tandis que la seconde le laisse indifférent. L'occupation de « Malaska, par exemple, ne l'a pas autrement ému. Mais la curiosité du « Maghreb était vive de savoir comment la France allait organiser, selon « le droit qui lui a été reconnu, sa frontière algérienne septentrionale. « Peut-être même ne nous sommes-nous pas assez pressés de nous établir « solidement dans les régions sur lesquelles s'exercent, seules, notre a influence et notre action,

« Les désordres ne sont pas près de cesser au Maroc. La conférence a « sans doute réformé les bords de l'Empire chéritien; elle assainit et con« solide la périphérie. Mais il faudrait surtout fortifier le Makhzen. Celui« ci se trouve désarmé à l'intérieur. Il existera un foyer d'anarchie — a entouré d'un cordon de police. Ajoutez que le trésor du Makhzen « – qu'Allah le remplisse - est complètement à sec.

« Une autre cause essentielle des troubles, c'est que la population maro« caine aime l'anarchie et recherche les coups de main, les attaques. L'aua torité la pousse à la révolte. Sitôt au contraire qu'un caid est tué, l'ordre, « un ordre relatif, renaît. Les affaires vont mieux.

« A peine une tribu se sait-elle riche, elle achète aussitôt des cartou« ches, des armes, des chevaux. Elle met son blé dans les silos et forme « des bandes pour aller piller. Aussi, lorsque le Makhzen apprend qu'une « tribu achète des chevaux, il se méfie et s'arme à son tour.

« Les troubles de Mogador s'expliquent facilement. Anflous est un chef « berbère plein de vanité. Bien avant la conférence d'Algésiras, il avait « établi sur certains points des péages (n'zala) que réclamaient des troupes « armées. Cet impôt sur les marchandises était régulièrement payé. Les K caravanes se soumettaient. De là la force grandissante d'Anflous.

« En s'en prenant aux juifs, il n'a fait qu'obéir à une tradition maroa caine. Au moindre incident, on les force à se conformer à l'ancienne « législation du pays : ils doivent êter leurs babouches et se revêtir du « costume juif. Le sultan, il est vrai, protège les juifs, qui sont tenus de « se conformer à certaines règles de police : demeurer dans un quartier « spécial, porter des vêtements de certaine couleur et ne pas monter des « chevaux de selle. On leur permet les mules et les chevaux de bât. En « échange de leur soumission, les juifs jouissent de certains privilèges, « par exemple ils payent moins d'impôt que les musulmans. Le pacte qui « lie les juifs au sultan s'appelle dima; c'est pourquoi on nomme au Maroc « le juif demmi.

« Le mellah (ghetto), le quartier réservé aux israélites, étant protégé par « le sultan, devient ainsi un asile.

« A Fez, un juif ne voudrait pas habiter ailleurs. Mais dans les villes « de la côte, toutes les prescriptions anciennes sont regardées comme des « mesures vexatoires, et les juifs ne s'y conforment pas. Ils ont pris des

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