Images de page
PDF
ePub

RENSEIGNEMENTS POLITIQUES

I. – EUROPE.

France. — La crise ministérielle. Le ministère Clemenceau. - Le 19 octobre, M. Sarrien, présideat du Conseil, ayant cru devoir « pour raison de santé » remettre sa démission au président de la République et ses collègues s'étant joints à cette démarche par la remise simultanée de leur démission collective, M. Fallières a chargé M. Clemenceau de la mission de former le nouveau cabinet. Le 23 octobre, M. Clemenceau annonçait au président de la République qu'il avait réussi à constituer son ministère de la façon suivante :

MM. Présidence du conseil et intérieur.......... G. CLEMENCEAU, sénateur. Justice ...........................

GUYOT-DESSAIGNE, député. Affaires étrangères....

PICHON, sénateur. Instruction publique et beaux-arts..

BRIAND, député. Finances.............

CAILLAUX, député. Guerre.

Général PICQUART. Marine.........

G. THOMSON, député. Travaur publics,

BARTHOU, député. Commerce ....

DOUMERGUE, député. Agriculture..

RUAU, député. Colonies...............

MILLIÈS-LACROIX, sénateur. Travail et hygiène ....

VIVIANI, député. Sous-secrétaires d'Etat : pour la Guerre, M. CHÉRON ; pour l'Intérieur,

M. SARRAUT ; pour les Beaux-Arts, M. DUJARDIN-BEAUMETZ ; pour les Postes et Télégraphes, M. SIMYAN.

Fidèles à notre règle absolue de nous tenir à l'écart de toute préoccupation de politique intérieure, nous nous abstiendrons naturellement de tout commentaire sur cette crise ministérielle et sur son dénouement. Nous tenons cependant, au moment où M. Eugène Etienne quitte le pouvoir, après dix-huit mois d'exercice, à nous joindre à la presque unanimité de la presse française par l'expression des regrets très sincères que nous cause son départ de la rue SaintDominique, où son ouvre a été si profitable aux intérêts supérieurs de notre pays. Nous saluons aussi M. Léon Bourgeois, dont la déclaration du 12 avril dernier a si heureusement maintenu, et avec une précision si ferme, nos droits au Maroc. Enfin nous sommes également sensibles au départ de M. Georges Leygues, dont l'activité éclairée et le dévouement patriotique ont été justement appréciés durant son passage au pavillon de Flore: nous ne saurions d'ailleurs

oublier la part décisive que M. G. Leygues a prise autrefois, dans un ministère antérieur, à la politique saharienne qui prépara l'occupation du Touat; nous nous souviendrons de même que c'est à son énergique initiative, si heureusement secondée par l'habileté de M. Roume, que nous devons l'occupation de l'aoudéni, celles de l'Aïr, du Kaouar et de Bilma, et la préparation de l'occupation du Tibesti, qui, nous l'espérons, mettra fin au véritable danger que nous courons du côté de nos possessions du Ouadaï. Celle politique, aussi avisée que prudente, aura fait de l'euvre de M. G. Leygues une de celles qui auront le plus contribué à l'unité définitive de notre domaine africain.

- Le voyage du lord-maire à Paris. — Le lord-maire, sir Walter Vaughan Morgan, accompagné des aldermen, shériffs, inembres de la cour, du conseil et hauls fonctionnaires de la corporation de la cité de Londres, est arrivé à Paris, le 13 octobre au soir, pour répondre à l'invitation de la municipalité parisienne, et y est resté jusqu'au 18 octobre au matin.

Durant ce court séjour, de nombreuses réceptions officielles ont eu lieu au cours desquelles l'entente cordiale a élé célébrée avec grand enthousiasme. Parmi ces manifestations de sympathies, nous signalerons notamment les toasts suivants échangés par l'ambassadeur d'Angleterre et M. Léon Bourgeois, ministre des Affaires étrangères, au lunch offert par ce dernier en l'honneur des hôtes de la Ville de Paris et auquel le lord-maire, légèrement indisposé, n'avait pu assister :

Toast de M. Léon Bourgeois. Monsieur l'ambassadeur, Messieurs, Le ministre des Affaires étrangères a tenu à vous recevoir ici, au nom du gouvernement de la République et à vous donner l'assurance que les sentiments de sympathie qui vous ont été témoignés par la population parisienne et par ses représentants sont partagés par la France tout entière.

La cordiale entente que Paris fète en ce moment n'est pas seulement le résultat d'un accord entre deux gouvernements, elle est le rapprochement conscient de deux opinions publiques. le concours réfléchi des volontés de deux grandes nations également dévouées à la cause de la civilisation et du progrès humain.

C'est là ce qui donne à l'entente cordiale de l'Angleterre et de la France sa signification profonde ; c'est par là qu'elle constitue une garantie puissante pour la paix du monde.

C'est dans cette pensée que je lève mon verre en l'honneur de Sa Majesté Edouard VII, de Sa Majesté la Reine et de la famille royale.

Je bois à la grandeur du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande et à la prospérité de la Cité de Londres, et j'exprime le souhait que l'indisposition du lord-maire soit de courte durée.

Toast de sir Francis Bertie. Monsieur le Ministre, Je vous remercie, au nom de Sa Majesté le Roi, de Sa Majesté la Reine et de la famille royale, du toast que vous venez de porter.

Je vous remercie également, au nom du gouvernement anglais, des paroles que vous avez prononcées au sujet de l'entente cordiale.

Je vous invite, Messieurs, à boire à la santé du président de la République française et à la prospérité de la France !

- M. Isvolski à Paris. — M. Isvolski, ministre russe des Affaires étrangères, est arrivé à Paris le 18 oclobre, suivant en cela la tradition établie au lendemain de l'alliance et d'après laquelle les ministres des Affaires étrangères de France et de Russie se rendent périodiquement visite pour échanger directement leurs vues personnelles sur l'orientation générale de la politique extérieure et plus spécialement sur les différentes questions d'intérêts communs à la France et à la Russie.

M. Isvolski n'aurait eu garde de manquer à cette heureuse tradition; de fait, les seules complications de la politique intérieure russe avaient jusqu'ici retardé son voyage en France. El il se trouve précisément que les circonstances du moment ont donné à ce même voyage une importance toute spéciale : il était très opportun en effet qu'au moment de la reconstitution du ministère, le ministre de l'Empire allié puisse se rencontrer avec son nouveau collègue français et arrêter avec lui les directions générales de leur politique commune.

Pendant les quelques jours qu'il a passés parmi nous, M. Isvolski a vu longuement M. Léon Bourgeois et M. Stephen Pichon.

En quittant Paris pour rentrer en Russie, M. Isvolski s'est arrêté à Berlin. On a raconté, le Times en particulier, que le gouvernement allemand avait beaucoup insisté pour que le ministre russe séjournât quelques heures au moins à Berlin; et qu'il aurait même désiré que ce séjour se fît à l'aller. Mais M. Isvolski, dans un esprit de délicate courtoisie et d'amicale prévenance, a tenu à se rendre tout d'abord directement à Paris.

- La convention relative aux Nouvelles-Hébrides. - M. Cambon, ambassadeur de France en Angleterre, et sir Edward Grey, ministre des Affaires étrangères, ont signé définitivement, le 21 octobre, une convention approuvant l'arrangement conclu le 27 février 1906, au sujet des Nouvelles-Hébrides, par les délégués des deux gouvernements, sir Eldon Gorse et M. Hughes Bertran Cox pour le gouvernement anglais, et MM. Saint-Germain, sénateur, Picanon, gouverneur de la Guyane française, Jean Weber, chef de bureau au ministère des Colonies, pour le gouvernement français.

Cette longue convention comprend 68 articles. Elle a pour but la réorganisation de l'administration des Nouvelles-Hébrides. Elle garantit les intérêts respectifs des Français, des Anglais et des indigènes, et fixe le régime de la propriété foncière dans l'archipel.

- Les câbles télégraphiques coloniaux. — Deux nouveaux câbles télégraphiques français viennent d'être posés et ouverts au service entre l'ile de la Réunion, d'une part, et Madagascar et l'île Maurice, d'autre part. Ces cables, tout en reliant par les voies « Mozambique » et a Maurice » l'île de la Réunion au réseau général dont elle était jusqu'à présent isolée, permettront également d'assurer les relations avec Madagascar par une nouvelle voie : celle de « Maurice ». La ligne « Maurice-la Réunion-Tamatave » servira non seulement en cas d'interruption de l'ancien cable de Mozambique à Majunga, posé au moment de la conquête, mais aussi à donner des communications plus rapides et plus sûres avec la capitale et la côte orientale de la grande ile.

Avec la mise en service de ces deux nouvelles communications sous-marines et la pose antérieure des câbles de Brest à Dakar et de Saïgon à Pontianak se trouve complètement réalisé le programme prévu par la loi du 23 novembre 1903 en vue de l'amélioration des communications télégraphiques entre la métropole et ses colonies.

NÉCROLOGIE. – La mort du baron de Mohrenheim. — Le baron de Mohrenheim, ancien ambassadeur de Russie en France, et dont le nom reste intimement lié à la conclusion de l'alliance franco-russe, est mort, le 18 octobre, à Pau. En reconnaissance des services rendus, en considération de son grand âge et de sa santé précaire, il avait obtenu du gouvernement russe, lorsqu'il prit sa retraite, l'autorisation de se fixer en France, dans ce pays qu'il considérait presque comme une seconde patrie. Il avait élu pour résidence la ville de Pau. C'est là qu'il est mort, entouré de sa femme, née baronne Korf, de son gendre et de sa fille aînée et de leurs quatre enfants. La fille aînée de M. de Mohrenheim avait épousé un officier français, le vicomte de Sèze.

C'est le baron de Mohrenheim qui, en août 1891, signa avec M. Ribot, alors ministre français des Affaires étrangères, le traité d'alliance entre la France et la Russie.

Allemagne. — Les Mémoires du prince de Hohenlohe. -- Le 12 octobre ont paru en librairie les Mémoires du prince Clovis de HohenloheSchillingsfurst, ancien ambassadeur d'Allemagne à Paris, ancien statthalter d'Alsace-Lorraine, ancien chancelier de l'Empire germanique. Cette publication, qui avait été préparée par la communication à la presse des chapitres les plus sensationnels, produisit une profonde émotion en Allemagne et l'empereur Guillaume II, dans un télégramme conçu en termes très vifs, en exprima aussitôt son violent mécontentement au prince Philippe de Hohenlohe, qui de son côté rejeta toute responsabilité sur son frère, le prince Alexandre,préfet de la Haute-Alsace. Ce dernier, en présence du courroux de Guillaume II, dut donner sa démission el fut mis en disponibilité. Il nous est impossible de reproduire ici une analyse de ces Mémoires dont de nombreux passages ont d'ailleurs été cités par les principaux journaux d'Allemagne, de France et d'Angleterre. Il nous suffira de constater leur singulière indiscrétion qui justifie certainement l'émotion soulevée par leur apparition.

L'augmentation de la flotte allemande. — Le nouveau programme naval voté en 1905 par le Conseil fédéral et ratifié depuis par le Reichstag va bientôt recevoir son application. Les cuirassés de 19.000 tonnes Ersatz-Sachsen, Ersatz- Bayern, et un croiseur-cuirassé de 15.000 tonnes, prévus au budget de 1906-1907, seront mis en chantier cet automne.

Les travaux préparatoires nécessités par l'élargissement des cales de construction sont terminés. Ce travail a demandé quatre mois. La construction de nouveaux navires nécessitera forcément un supplément d'ouvriers, car ils devront être terminés dans le même temps que les anciens cuirassés de 13.000 tonnes. On s'attend au lancement du premier vaisseau pour la fin de 1907. Les vaisseaux du nouveau lype en construction doivent faire leurs essais dans l'automne de 1909, et même, au cas où ces essais seraient plus longs que pour les vaisseaux précédents, leur entrée en service définitif sera assurée pour 1910.

- L'agitation polonaise en Prusse. — La grève scolaire s'étend chaque jour davantage en Pologne. Les parents prennent résolument parti pour leurs enfants qui refusent de prier en allemand. A Posen même, l'autorité n'a évité le conflit qu'en suspendant provisoirement les cours de religion dans les écoles. D'autre part, l'archevêque de Posen Mør Slablewsky vient de publier une lettre pastorale dans laquelle il déclare que la loi prussienne ordonnant l'instruction religieuse en allemand dans les provinces polonaises est en cintradiction avec la règle proclamée par le Concile de Trente qui veut que la religion soit enseignée dans la langue maternelle. Mer Stablewsky a, de plus, promis aux délégués des parents polonais, qui étaient venus solliciter son intervention, qu'il soutiendrait, fût-ce au péril de sa vie, les principes fondamentaux de l'Eglise catholique et le droit formel des familles d'enseigner la religion à leurs enfants en polonais.

En présence de cette situation, le gouvernement prussien semble très embarrassé et il est difficile de prévoir encore comment s'arrangeront les choses.

- La succession de Brunswick. – Le 20 octobre, la Diète de Brunswick a tenu une séance à huis clos pour examiner la proposition du conseil de régence tendant à l'élection d'un nouveau régent. La majorité a accepté ce projet en principe, mais avec la réserve de différer cette élection encore de quelque temps. Il semble que la Diète veut par là accorder un nouveau délai à la famille guelfe pour s'entendre avec la Prusse et prendre neltement position.

Angleterre. La réouverture du Parlement. - Le Parlement britannique a repris ses travaux, le 23 octobre, par la discussion à la Chambre des Lords de la loi sur l'enseignement et à la Chambre des Communes des lois sur la marine marchande et sur les conflits industriels. Ces discussions absorberont sans aucun doute toute la session parlementaire d'automne.

« PrécédentContinuer »