Images de page
PDF
ePub

- Les forces navales anglaises. – L'Amirauté britannique vient de publier un mémorandum où est exposé un nouveau plan de distribution des forces navales anglaises pour 1907. Mais avant d'entrer dans le détail des modifications prévues par ce mémorandum, il est nécessaire de jeter un rapide coup d'ail sur divers remaniements dont les escadres anglaises ont été l'objet au cours de ces derniers mois.

La disparition de la puissance navale russe en Extrême-Orient el la situation politique de l'Europe ont été les causes de ces changements apportés à la composition traditionnelle des forces anglaises; dès le lendemain de Tsoushima, les sept cuirassés formant le corps de bataille de la station de Chine étaient rappelés et incorporés dans les escadres des eaux européennes. Quelques mois plus tard, en novembre 1905, l'Amirauté publiait: A Statement of Admiralty Policy, qui modifiait encore plus profondément la composition des diverses escadres, et en même temps donnait à la flotte de réserve une organisation nouvelle plus adaptée aux soudaines exigences de la guerre moderne.

Le gros des forces navales — défalcation faite des navires employés dans les divisions d'outre-mer ou en service spécial – devait comprendre :

1° L'escadre de la Médilerranée, 8 cuirassés (au lieu de 12);
2° L'escadre de l'Atlantique, 8 cuirassés ;
3° L'escadre de la Manche, 17 cuirassés (au lieu de 8).

En outre, à chacune de ces trois escadres était attachée une divi. sion de croiseurs-cuirassés et le nombre nécessaire d'éclaireurs et de contre-torpilleurs. La flotte de réserve forte de 12 cuirassés était désormais répartie en trois divisions altachées respectivement aux ports de Sheerness, Portsmouth et Devonport. Chaque navire possédait un équipage à effectifs réduits et était tenu prêt à prendre la mer dès la réception de son complément d'équipage.

Les résultats de ces changements étaient : 1° augmentation du nombre des cuirassés (25 au lieu 16) en service dans les eaux métropolitaines; 2o meilleure organisation des forces en réserve.

Le Statement of Admiralty Policy avait été élaboré sous la direction de lord Cawdor, premier lord de l'Amirauté dans le cabinet Balfour, et quand les libéraux arrivèrent au pouvoir, lord Tweedmouth, successeur de lord Cawdor, exécuta point par point le programme de son prédécesseur. Le seul inconvénient de la réforme était de coûter fort cher à cause de l'entretien d'un aussi grand nombre de cuirassés en service actif.

Le ministère de sir H. Campbell-Bannerman, résolu à faire des économies sur les budgets de la guerre et de la marine, commença par supprimer un des quatre cuirassés de la classe Dreadnought, prévus au programme de cette année, puis envisagea la possibilité de réduire les dépenses occasionnées par les escadres actives. La presse unioniste était au courant de ces intentions et tout récemment elle accusait le ministère libéral de porter atteinte à la supré

QUEST. DIPL. ET COL, — T. XXII.

matie maritime de l'Angleterre. Le mémorandum publié il y a quelques jours répond à ces accusations et on va voir de quelle façon l'Amirauté anglaise s'entend à faire des économies tout en augmentant les forces navales immédiatement disponibles en cas de conflit.

L'escadre de la Manche sera réduite de 17 à 14 cuirassés, les escadres de l'Atlantique et de la Méditerranée auront 6 cuirassés chacune au lieu de 8 et les trois divisions de croiseurs-cuirassés comprendront 4 navires chacune au lieu de 6; mais pour parer aux inconvénients de cette diminution des escadres actives, les trois divisions de réserve de Sheerness, Portsmouth et Devonport, et 8 des cuirassés enlevés aux escadres actives formeront une nouvelle escadre dite Home fleet qui aura son quartier général à Sheerness. Celle force navale ne consistera pas en un groupement sans valeur.

10 Manæuvres de combat et autres exercices, rien ne sera épargné pour que cette flotte ait une valeur réelle; on s'appliquera surtout à ce que l'escadre soit toujours prête à prendre la mer, pour cela ses croisières seront aussi fréquentes que possible;

2° Les équipages seront répartis entre les navires suivant une progression descendante. Les navires appelés à prendre la mer les premiers comprendront les plus forts noyaux d'équipage; les navires en réserve spéciale n'auront que les hommes nécessaires pour tenir les machines en bon état. Les navires en réserve spéciale seront peu à peu remplacés par d'autres bateaux de guerre devenus trop vieux à leur tour pour les escadres de première ligne;

3° Pour permettre la constitution de solides noyaux d'équipage, dont parle le précédent article de l'organisation de la Home fleet, la distribution des unités entre les escadres de la Manche, de la Méditerranée, de l'Atlantique et des flottes de réserve, est changée, mais la proportion des marins, officiers et navires maintenant à la mer reste la même;

40 Pour rendre plus efficace la Home fleet, il y aura entre elles, d'une part, et les flottes de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée, d'autre part, échange de navires. Par exemple, tout navire de ces dernières escadres ayant de sérieuses réparations à subir sera placé temporairement dans la Home fleet;

5o Les croiseurs de la Home fleet se combineront de temps en temps avec ceux des autres flottes pour prendre part à des exercices de tactique.

La Home fleet comprendra un corps de bataille de 20 cuirassés d'escadre et sera appuyée par trois escadres de croiseurs fortes de 20 unités.

En cas de conflit, l'Angleterre disposerait immédiatement dans ses eaux territoriales de l'escadre de la Manche, 14 cuirassés ; de l'escadre de l'Atlantique, 6 cuirassés; de la Home fleet, 20 cuirassés, soit au total 40 cuirassés constituant la plus formidable flotte jamais réunie sur les côtes britanniques. — E. DE NOIRMONT.

wski, qui exerçades Affaires étrangereseph, qui l'a

Autriche-Hongrie. La démission du comte Goluchowski. - Le comte Goluchowski, qui exerçait depuis le 15 mai 1895 les fonctions du ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, a offert le 21 octobre sa démission à l'empereur François-Joseph, qui l'a acceptée, et a désigné pour son successeur le baron d'Acrenihal, ancien ambassadeur à Saint-Pétersbourg.

La raison qui délermina la retraite du comte Goluchowski est l'attitude intransigeante des Hongrois qui reprochaient au ministre commun des Affaires étrangères d'entretenir des sentiments hostiles à leur nationalité. Le comte Goluchowski avait été prévenu qu'un vote de méfiance serait demandé contre lui à la délégation hongroise, et le président du conseil hongrois, M. Weckerlé, avait laissé entendre qu'il ne se solidariserait pas avec lui en celte occurrence. C'est dans ces conditions, et pour éviter ce vote de blâme, que le comte Goluchowski a préféré se retirer.

D'autre part, le ministre de la Guerre commun, baron de Pitreich, a également offert sa démission à l'empereur, qui l'a aussitôt acceptée. Le général de Pitreich est, comme le comte Goluchowski, une victime du gouvernement hongrois ; il a dû se retirer parce que le cabinet Weckerlé ne voulait pas consentir à l'accroissement de 20.000 hommes demandé cette année par le ministre de la Guerre. Le général Schønaieh, ministre de la Défense nationale, a été nommé ministre de la Guerre.

Italie. — Le voyage de M. Tschirschky à Rome. — M. de Tschirschky, secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères, après avoir traversé Vienne où il s'était rencontré avec le comte Goluchowski, est arrivé à Rome le 18 octobre, et y a eu de fréquents entretiens avec M. Tittoni, ministre italien des Affaires étrangères. L'arrivée de M. de Tschirschky en Italie a provoqué dans la presse allemande, aussi bien que dans la presse italienne et la presse autrichienne, de très nombreux commentaires, et l'empressement avec lequel on a pris soin, à Rome et à Berlin, de proclamer officieusement que ce voyage n'avait aucune portée politique est la meilleure preuve au contraire de son importance.

M. de Tschirschky a été reçu, le 26 octobre, par le pape Pie X en audience particulière.

II. – ASIE. Indo-Chine française. - La folie de l'empereur d' Annam. - L'empereur d'Annam, Thon-Thaï, atteint de folie homicide, a dû être interné dans son propre palais sur les ordres du résident supérieur de Hué. Il y avait déjà quelque temps qu'il avait des crises violentes de démence sadique très caractérisée, et le comat, c'est-à-dire le conseil des ministres indigènes, avait proposé, dès l'an dernier, de le déposer et de faire monter sur le trône un de ses frères. C'est à cette solution que le gouvernement s'arrêtera sans doule si l'empereur ne revient pas prochainement à la raison.

Perse. - Accord anglo-russe en Perse. - Une note officieuse, publiée par les journaux anglais, a annoncé ces jours-ci que l'Angleterre et la Russie s'étaient engagées à faire, de compte à demi, à la

Perse, une avance de 400.000 livres sterling, dont la moitié devra être versée immédiatement. Cet accord anglo-russe en vue d'un appui financier commun à donner à la Perse apparaît très important pour qui songe à la rivalité constante des deux puissances dans l'Asie centrale, et marque un changement capital dans leur politique persane, changement qui pourrait bien avoir sa cause réelle dans l'inquiétude justement provoquée par les progrès des ambitions allemandes en ces mêmes régions.

Arabie. – L'insurrection des Ouahabbites dans le Yémen. — Le Journal des Débats a publié, le 22 octobre, la lettre suivante qui apporte de très intéressantes précisions sur l'insurrection ouahabbite au Yémen:

Djibouti, septembre 1906. – L'insurrection des Ouahabbites qui, depuis trois ans, s'efforce de soustraire le Yémen à la domination ottomane, est sans doute la plus sérieuse des tentatives faites jusqu'à présent par les populations de cette partie de l'Arabie pour recouvrer leur indépendance.

Après ces trois années de guerre incessante qui viennent de s'écouler, on ne saurait dire ce qu'il convient d'admirer le plus de la constance des Arabes à repousser le joug ottoman ou des efforts opiniâtres des Turcs à maintenir sous leur indépendance les tribus insurgées.

Il serait aussi injuste de ne pas reconnaître l'énergie déployée par les Arabes pour reconquérir leur liberté que de contester aux Turcs l'esprit de suite dont ils n'ont cessé de donner des preuves dans les circonstances particulièrement difficiles qu'ils traversent.

On a dit et répété que, pour peu que les rebelles du Yémen obtiennent encore quelques succès sur les troupes impériales, ils parviendront à libérer leur pays de la domination turque. Il semble que ces prévisions ne soient pas appelées à se réaliser.

En effet, si les troupes ottomanes n'ont réussi qu'avec peine à se maintenir sur les positions qu'elles occupent, il faut également reconnaitre que les insurgés n'ont pas fait, de leur côté, de très grands progrès. Or, chaque jour qui s'écoule augmente maintenant les chances de succès des Ottomans, tandis qu'il diminue celles des rebelles, car les travaux du chemin de fer du Hedjaz avancent assez rapidement pour permettre d'entrevoir que cette voie sera achevée dans le courant de l'année prochaine. D'autre part, la Porte songe sérieusement à établir un chemin de fer de Hodeidah à Sanââ. On assure que des pourparlers ont été engagés à ce sujet à Constantinople entre le ministère des Travaux publics et des établissements financiers. S'il faut en croire des informations qui paraissent fondées, le tracé de cette nouvelle voie ferrée aurait été fait en avril dernier par M. Zoloroski. Cet ingénieur a dû constater, au cours de son voyage d'étude, que, de Hodeïdah à Abal, point situé à mi-chemin de Sanââ, la construction de la voie n'offrira aucune difficulté.

Par contre, dans la vallée de Sanfour, il sera indispensable de construire de nombreux ouvrages d'art. En tout cas, la distance à franchir de Sanââ à Hodeidah sera de 250 kilomètres à peine, malgré les nombreux lacets que fera la route à travers un massif montagneux qui atteint parfois des altitudes de 1.800 à 2.000 mètres. Entre Hodeïdah et Sapââ les principales stations seront: Badjel, Abal, Souk-el-Roub et Sanfour. Les dépenses ont été évaluées à 75 millions de francs, le prix de revient du kilomètre ayant été estimé à 300.000 francs.

Actuellement, les frais de transport des troupes et du matériel de guerre

[ocr errors]

coûtent au gouvernement ottoman près du tiers des revenus du Yémen. Cette somme, qui deviendra disponible dès que le chemin de fer entrera en exploitation, sera attribuée à l'amortissement du capital avancé et au payement des intérêts calculés à 5 %. Elle suffira amplement à garantir aux établissements financiers les avances qu'ils auront faites. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à la construction du chemin de fer de Hodeidah à Sanââ. Et lorsque les provinces du Yémen, de l'Assyr et du Hedjaz seront enserrées comme dans un étau, d'un côté, par le chemin de fer de Damas à la Mecque et, de l'autre, par celui de Hodeïdah à Sanââ, il ne sera plus permis aux insurgés arabes de résister longtemps aux Turcs qui les attaqueront à la fois par le Nord et par le Sud

Le mouvement insurrectionnel arabe au Yémen ne pourrait avoir des chances de réussite que si les travaux des deux voies ferrées en cours d'exécution venaient à être suspendus. Or, cette éventualité ne parait pas devoir se produire. Il y a donc lieu de penser que la Turquie ne tardera pas à avoir raison des partisans de Cheikh Mahmoud Yahia ei à rétablir .son autorité dans le Yémen.

III. – AFRIQUE.

Maroc. Les troubles d'Arzila et l'intervention française. — Le 27 octobre, M. Thomson, ministre de la Marine, a informé le Conseil des ministres que, d'accord avec M. Clemenceau, président du Conseil, et M. Stephen Pichon, ministre des Affaires étrangères, il avait, le malin même, télégraphié l'ordre de faire partir le croiseur-cuirassé Jeanne-d'Arc pour Tanger, cette mesure étant motivée par la capture à Arzila, petit port entre Larache et Tanger, par des brigands marocains, de deux Européens, un Anglais et un Espagnol. M. Thomson ajouta que, de son côté, le gouvernement de Madrid, en raison de ces mêmes faits, expédiait un navire de guerre sur la côte marocaine, et il déclara que, « en prenant cette mesure, les deux gouvernements « français et espagnol agissaient en vertu du droit de police qui leur « a été attribué par la conférence d’Algésiras ».

D'autre part, le surlendemain, 29 octobre, à l'issue du Conseil des ministres, la nole officieuse suivante a été communiquée à la presse :

Le ministre des Affaires étrangères a rendu compte au Conseil de cabinet de l'état des affaires du Maroc. Elles semblent en voie d'arrangement à Arzila, où l'Espagne a envoyé un bateau qui sera bientôt rejoint par le Galilée, la Jeanne-d'Arc restant à Tanger.

M. Pichon a soumis également à l'approbation du Conseil les instructions à envoyer au général Lyautey par l'intermédiaire de M. Jonnart, en vue des mesures à prendre pour assurer la tranquillité de nos postes et celle des tribus algériennes dans le Sud. Ces instructions ont été approuvées à l'unanimité et communiquées par le télégraphe au gouverneur général de l'Algérie.

Algérie. — La frontière algéro-marocaine. Déclaration de M. Jonnart au banquet du Conseil général d'Alger. – Nous disions, dans notre dernière livraison, qu'une certaine agitation signalée dans le Tafilalet

« PrécédentContinuer »