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i expose ses vues à un auditoire de choix, dans un coin de « salon, et pour qui la propriété est un vol, et le linge propre, « un signe d'infamie. Le degré où l'Hearstisme a pénétré « dans la société est la preuve du trouble général qui carac« térise l'Amérique d'aujourd'hui; c'est le signe qu'elle recon« naît que les conditions actuelles sont mauvaises; c'est la « preuve qu'elle désire ardemment les corriger, mais ignore « les moyens à employer. »

Le parti républicain eut conscience du danger qui le menaçait. Il crut même la partie perdue. Et dans l'Etat de NewYork, comme dans celui du Maine, il eut recours à l'argument suprême, à l'intervention présidentielle. M. Elihu Root, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, vint, «« sur l'ordre de M. Roo. sevelt », prononcer de violents discours contre M. R. Hearst. Il l'accusa d’être le complice de l'assassinat du président MacKinley. Dans les deux cas, le résultat fut identique. Le candidat républicain sortit victorieux de la lutte ; mais sa majorité fut réduite considérablement.

Quelque vagues que soient les dépêches d'outre-mer, reçues par les journaux de France et d'Angleterre, les résultats n'en ont pas moins confirmé les leçons qui se dégagent du vote de l'Etat du Maine et de celui de New-York. Seules, les campagnes sont restées inébranlablement attachées au parti républicain. Dans toutes les villes, la même poussée radicale apparaît, nette et menaçante. Ici, en Pennsylvanie, l'United Mine Workers' Association, une solide et ancienne Trade-Union, envoie au Congrès deux de ses représentants. Pour la première fois des syndicalistes viennent s'asseoir sur les bancs du Parlement fédéral. Un peu partout, les voix républicaines baissent. Çà et là, des victoires démocratiques se dessinent. Elles réduisent la majorité du parti, au pouvoir depuis dix ans, de 112 à 67 voix. Le flux radical l'emporte quelquefois ; partout il se dessine. Les succès partiels s'expliquent par la même cause : « Les électeurs en ont assez d'être volés par les corporations « municipales, écrit le New-York World, un journal démocra« tique hostile, pour des raisons personnelles, à la candidature « de M. R. Hearst. Ils en ont assez d'être pillés par les services « publics municipaux, qui sont la création de l'Etat, et de voir « que ces vols ont pour complices ceux-là mêmes qu'on croit « ètre les serviteurs du peuple. Ils en ont assez d'être volés par « les Trusts du lait, de la glace, du charbon, du gaz, des trans« ports. Ils en ont assez de l'entente entre les municipalités « et les organisations politiques; et ils ont traduit leurs colères « dans leurs votes. La victoire, si faible, de M. Hughes contre « M. Hears signifie nettement à Wall Street et aux politiciens a républicains que le peuple veut un nouveau jeu et complet. « Il veut une lessive parlementaire, et complète. »

Cette poussée de colères, sans l'intervention de M. Th. Roosevelt, eût tout balayé devant elle. Et l'autorité de la parole présidentielle, loin de diminuer, accroît au contraire la portée radicale de cette consultation populaire. Si l'élu républicain a conservé tout son prestige, c'est qu'il a imposé au Congrès des mesures législatives contre les scandales des abattoirs, les désordres des Compagnies de chemins de fer. Il est entré en lutte avec le Sénat, serviteur trop docile des intérêts ploutocratiques. Il a prononcé d'ardentes paroles contre les Trusts. Il s'est déclaré, en faveur d'une limitation des fortunes privées. Il est devenu radical. M. Th. Roosevelt n'a maintenu son autorité, sa popularité, qu'en se faisant l'interprète des revendications démocratiques des consciences indignées. Cette conversion rend possible, dans deux ans, sa réélection; elle accroît, dès aujourd'hui, l'importance politique de cette crise de remords social.

JACQUES BARDOUX,

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LA POLITIQUE DU CANTON DE BERNE

Le 23 septembre 1906 a été percé le tunnel du Weissenstein, sur la ligne Moutiers-Soleure dans le Jura septentrional, destinée à relier directement Soleure au Jura bernois, territoire de l'ancien évêché de Bale, sans faire le détour au Nord par Olten, au Sud par Bienne. Par sa longueur, 3.656 mètres, ce tunnel vient le second parmi ceux du Jura, après celui du Credo (3.900 mètres), avant ceux du Hauenstein (2.708 mètres) et du Bötzberg (2.466 mètres). Comme tous les tunnels du Jura, sa construction, qui a duré deux ans, a donné lieu à des difficultés sérieuses, à cause des couches tendres et des éruptions d'eau (une source a donné un débit de 300 litres) : les travaux, sous la direction de l'ingénieur Egloff, ont nécessité jusqu'à 1.300 ouvriers. Le tunnel, en pente unique (18 millimètres par mètre) vers Soleure, est à l'altitude 646-726 mètres, un peu plus bas par conséquent que le tunnel de Pierre-Perthuis (780 mètres) sur la ligne actuelle Delle-Berne, par Bienne.

Quelle est la signification de cette ligne ? S'il s'était agi seulement de relier Moutiers à Soleure, on n'eût pas construit un tunnel de 4 kilomètres.

La ligne a une portée politique et économique. Elle établit un lien plus direct entre Soleure et Båle, qui sont la porte d'entrée et de sortie du Jura vers le Nord, comme Besançon et Neuchâtel, – ou Genève, – le sont plus au Sud, et par là constitue un raccourci sur la ligne actuelle Paris-Berne par Belfort et Delle; à titre de voie d'accès de la prolongation commencée de celle-ci vers l'Italie par le Lötschberg, elle prend un caractère international. La distance Paris-Milan par le Lötschberg, qui s'établit actuellement à 866 kilomètres réels et 1.028 virtuels, ne sera plus que de 851 et de 1.001 kilomètres. Ainsi se poursuit, avec un admirable esprit de suite et une entente des affaires qui a su intéresser à la percée des Alpes Bernoises même et surtout des capitaux français, la politique du canton et de la ville de Berne : placée par la géographie à l'écart des voies internationales, Gothard et Simplon, celle-ci a fait partiellement les frais de tout un réseau de chemins de fer pour se relier directement à Bâle, à Delle, à Pon

tarlier, points de contact de l'étranger avec la Suisse, et voici que par le Lötschberg elle s'apprête à dériver à son profit le trafic du Simplon, comme un tuyau d'aspiration qu'on branche sur une conduite.

Berne ne s'arrêtera pas là. Un nouveau tunnel de 7 kilomètres sous le Graitery, à quelques kilomètres plus au Sud, est à l'étude. Ce raccourci Moutiers-Granges-Büren réduirait de 22 kilomètres, soit à 844 kilomètres réels, le trajet ParisMilan, et abaisserait de 200 mètres le point culminant de la ligne, qui atteint actuellement 780 mètres au tunnel de Pierre-Perthuis, soit une grande réduction en distance virtuelle. « Le Moutiers-Granges, disait récemment M. Kuntz, membre « du gouvernement de Berne, est le complément nécessaire du « percement des Alpes Bernoises. Il assurera au Lötschberg le « trafic Calais-Milan, et ce serait une trahison à l'égard du « Lötschberg que de ne pas l'exécuter. Le canton de Berne ne « peut pas s'intéresser à cette tâche; la loi ne l'y autorise pas. « Mais nous serons très heureux si d'autres réussissent à assu« rer l'exécution de cette ligne, grâce au concours de la haute « finance et de la Compagnie de l'Est. » Nous avons montré dans un précédent article que seule la construction du FrasneVallorbe, qui mettra Paris à 819 kilomètres seulement de Milan en évitant l'ascension supplémentaire des Alpes Bernoises à 1.243 mètres d'altitude avec 27,5 pour 1.000 de pente, permettra à la Suisse française de conserver le trafic du Simplon, et de garder le bénéfice d'un tunnel dont elle a fait les frais, bénéfice qui passerait à la Suisse allemande -.

Au point de vue économique, cette ligne, construite par les cantons intéressés et qui n'appartient pas aux Chemins de fer français, achèvera la fortune de Soleure, dont le développement rapide intéresse tant la France de l'Est, et qui est maintenant le point de croisement de six voies ferrées. La ligne nouvelle servira de débouché vers Bâle et vers la France aux productions d'un canton qui, exclusivement agricole au début du xixe siècle, est aujourd'hui un des plus industriels de la Suisse, depuis que l'horlogerie a émigré du Jura vers Granges, dans la plaine de l'Aar, en 1860. A Soleure même, les carrières de pierre de taille, aux « Steingruben », occupent trois cents ouvriers et sont aussi réputées que celles de a pierre jaune » de Neuchâtel; la fabrique de ciment de Portland de Luterbach exporte 1.400 wagons par an ; la plaine de l'Aar, depuis que la

1 Nous renvoyons à dos précédents articles : L'ouverture du Simplon et les intéréts français (Quest. Dipl. et Col., 8. année, 1er octobre 1904), et : Les projets suisses. Voies nouvelles et raccourcis (Ibid., 10° année, 16 avril 1906, avec 2 cartes).

-do-en projec

Paris

Belfort

Delle

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Zürich

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