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I. – EUROPE.

France. — La déclaration ministérielle ; la politique extérieure du gouvernement. - Le ministère Clemenceau s'est présenté devant le Parlement, le 5 novembre ; voici le début de la déclaration ministérielle, lue ce même jour à la Chambre et au Sénat, et qui traite plus particulièrement de la politique étrangère du gouvernement :

Messieurs, le gouvernement qui se présente devant vous n'est point issu d'une crise parlementaire. L'état de santé de notre éminent collègue M. Sarrien l'ayant mis, au grand regret de tous, dans l'obligation de prendre un repos prolongé, M. le président de la République nous a confié la charge de former un nouveau cabinet.

En l'absence de tout dissentiment entre la majorité et le ministère qui vient de résigner ses pouvoirs, une seule indication s'offrait à nos esprits : c'est que le pays, récemment consulté, avait fait connaître sa volonté d'accentuer, d'activer l'æuvre de réformation. Nous nous sommes donc efforcés de modeler au plus près le gouvernement sur la représentation nationale, afin d'assurer la prompte exécution du mandat reçu des électeurs.

Par cela même qu'elle est conforme à ce mandat, notre politique extérieure vous est connue d'avance, car le pays n'a pas plus varié dans sa volonté de maintenir la paix — une paix de dignité — que dans sa persistante revendication du droit républicain. Nous le constatons avec orgueil, depuis trente-cinq ans que la République est fondée, il n'est pas un moment de son histoire où l'on ait pu l'accuser sincèrement de menacer la paix européenne. Nous saurons faire que nos intentions à cet égard ne puissent être méconnues, et déjà nous en offrons pour gages, avec les idées mêmes qui sont au gouvernement notre raison d'étre, les conditions de tranquillité générales requises pour les mettre en voie de réalisation.

En même temps nous faut-il accepter les conditions d'équilibre international que l'état actuel de l'Europe impose à tous les peuples. Quand la paix du monde civilisé se fonde sur la force des armes, comment pourrions-nous désarmer, c'est-à-dire détruire de nos propres mains la suprême garantie de notre indépendance ? (Applaudissements.) Jusqu'au jour, heureux mais incertain, où le régime de l'ordre entre les nations pourra être changé, notre premier devoir envers la patrie est de ne laisser affaiblir dans aucun de ses éléments sa puissance défensive. (Applaudissements.)

De cette puissance défensive, nos ententes internationales sont une importante partie. Et nous appliquant à cultiver, à améliorer nos bons rapports avec tous les gouvernements, nous aurons soin de maintenir, de développer, une alliance contractée des deux parts dans l'intérêt de la paix, ainsi que des amitiés dont il nous fut donné de faire l'épreuve. (Très bien ! très bien !) D'ailleurs, notre diplomatie — que nous voulons républicaine — se souviendra qu'aux heures difficiles l'autorité morale d'une politique de droiture ouvertement pratiquée peut être d'un poids déterminant dans les balances de l'opinion européenne avec laquelle aucun gouvernement, désormais, ne peut se dispenser de compter. (Appl.)

Aussitôt après la lecture de cetle déclaration, la Chambre des députés a voté, sans discussion, sur 376 voix contre 96, un ordre de jour de confiance au gouvernement.

- Dîner du Comité de l'Asie Française en l'honneur de M. Gérard, ambassadeur de France à Tokyo. — Le 8 novembre, a eu lieu, à l'hôtel Continental, le dîner offert par le Comité de l'Asie Française à M. Gérard, ambassadeur de France au Japon, et à M. Beau, gouverneur général de l'Indo-Chine. M. Emile Senart, de l'Institut, président du Comité, présidait assisté de M. Guillain, député, viceprésident du Comité, et de MM. Berlin et Henri Cordier. Parmi les assistants très nombreux, nous citerons Mme Isabelle Massieu, M. M. Harmand, ambassadeur honoraire, ancien ministre de France à Tokyo, le prince d'Arenberg et E. Chavannes, de l'Institut, les généraux Dodds, Coronnat, de Beylié, et MM. Develle, ancien ministre, Defrance et Soulange-Bodin, ministres plénipotentiaires, Robert de Billy, secrétaire d'ambassade, A. Bergeron, Kammerer, Bons d'Anty, Gout, Hardouin et Clavery, consuls de France, J.-H. Franklin, rédacteur en chef des Questions Diplomatiques et Coloniales, André Chaumeix, rédacteur en chef du Journal des Débals, marquis de Frondeville et Lucien Villars, administrateurs de la Banque de l'Union parisienne, Finot, ancien directeur de l'Ecole française de l'Extrême-Orient, Robert Lebaudy, comte de Labry, Paul Labbé, Cl. Madrolle, colonel Monlezun, les capitaines d'Ollone, de Piépape et Pruneau, les lieutenants de vaisseau de Caqueray et de MandatGrancey, Spronck, député, Vissière, professeur à l'Ecole des Langues orientales, Frédéric Mallet, A. Deguy, etc. Au dessert, M. Emile Senart, président, a prononcé les paroles suivantes :

Messieurs, Les hôtes éminents dont je suis entouré expriment excellemment les deux aspects de l'action française en Asie : dans ses rapports avec les nations étrangères, avec lesquelles nous souhaitons entretenir ces relations économiques et intellectuelles qui sont un gage d'amitié et d'entente ; dans ses rapports avec les régions où, ayant directement ou indirectement assis son pouvoir, la France aspire à créer par les bienfaits mêmes de son gouvernement des forces grandissantes d'expansion et de culture. C'est aussi la double préoccupation qui sollicite et anime les efforts du Comité de l'Asie Française.

L'honneur que nous ont fait nos éminents voisins en acceptant notre modeste invitation de ce jour témoigne qu'ils apprécient les intentions dont nous nous inspirons et marque une bienveillance qui nous est infiniment précieuse. Je tiens à leur dire toute notre gratitude. A l'ambassadeur de France au Japon, au gouverneur général de l'Indo-Chine a

bien voulu se joindre M. Harmand, notre ancien représentant à Tokyo. · Nous aimons à honorer les services passés du moment où nous faisons

fête aux talents et aux dévouements éprouvés qui se préparent à assumer les responsabilités de demain.

A ces remerciements il me faut malheureusement ajouter un regret : c'est celui que nous laisse l'absence de notre président d'honneur que la préparation un peu hâtive de cette réunion n'a pas trouvé libre de venir ce soir parmi nous. Mais M. Etienne est du moins présent dans notre pensée à tous, il ne saurait manquer au randez-vous du Comité de l'Asie Française qui ne se fera jamais le tort d'oublier tout ce qu'il lui doit. (Applaudissements.)

Jamais, je pense, les hommes qui réfléchissent et qui prévoient n'ont mieux senti la nécessité de fortifier parmi nous, pour la grandeur et l'avenir du pays, des œuvres comme celle-ci, des centres d'informations, d'action extérieure, suivie, persévérante dans ces pays lointains qui échappent trop aisément aux prises de la plupart des esprits. Ils savent que notre état démocratique, avec les conséquences qu'il implique, que ce qu'il peut y avoir de fondé dans les reproches assurément très excessifs d'infaluation et de légèreté que l'on adresse volontiers à notre caractère, rendent cette tâche particulièrement nécessaire et urgente,

Plus nous sentons la difficulté de lui assurer toute l'ampleur qui serait dans nos ambitions, plus nous devons d'obligations aux amis qui nous aident. Il est des sympathies si généreuses, que je m'estimerais heureux de les signaler ici publiquement; je m'arrête devant des scrupules de réserve trop honorables. Nous ne pouvons mieux acquitter notre dette que par un dévouement absolu à l'æuvre commune. J'aime pourtant à affirmer que tous nous poursuivons une cuvre vraiment française et humaine, libre de toute arrière-pensée, supérieure à toutes considérations autres que l'honneur et l'intérêt français.

Je vous remercie tous, Messieurs, d'être venus apporter à ces sentiments le prestige de votre concours si empressé et si autorisé. Et puisque aussi bien cette réunion est en quelque sorte une séance de rentrée, je me reprocherais de ne pas envoyer notre commun et fidèle souvenir aux voyageurs qui, à cette heure même, dans le Turkestan chinois, et par delà les Pamir, portent brillamment, pardonnez-moi l'expression un peu ambilieuse, les couleurs du Comité : à M. Pelliot et à ses compagnons; au commandant de Lacoste

C'est aussi en votre nom à tous que je veux lever mon verre en l'honneur de nos invités, que je veux les assurer combien cordialement nous appelons les plus heureux augures sur les missions diverses mais également considérables qui les appellent. Nous en suivrons le développement avec une attention constante; ils en ont pour garant non seulement notre patriotisme, mais les sentiments de haute sympathie dont ils me permettront, je l'espère, de leur renouveler l'hommage.

Ils me permettront aussi, j'en suis sûr, de nommer, après eux, d'autres pai tants, de ces voyageurs vaillants et expérimentés que je suis heureux de voir ici, M. Bons d'Anty et M. le capitaine d'Ollone qui se préparent avec le concours moins large qu'il ne souhaiterait, mais bien chaleureux de notre Comité, à aborder de nouveau des régions mal connues et peu accessibles du grand Empire chinois.

A des degrés hiérarchiques inégaux et par des moyens variés, mais dans un commun esprit de dévouement au pays, les uns et les autres s'apprêtent à servir de tout leur pouvoir la France en Asie : nos pensées les associent naturellement dans des veux communs d'heureux voyage et J'heureux succès. (Vifs applaudissements.)

Quest. DIPL. ET Co. – T. XXII.

M. Gérard, ambassadeur de France, et M. Beau, gouverneur général de l'Indo-Chine, ont ensuite remercié le Comité de l'Asie Française et son président, en quelques mots très applaudis.

L4 Fédération des industriels et des commerçants français. – Le déjeuner mensuel de la Fédération des industriels et des commerçants français a eu lieu, le 10 novembre, à l'hôtel Continental, sous la présidence de M. André Lebon. Au dessert, M. Martin Saint-Léon, conservateur de la bibliothèque du Musée social et auteur d'une étude approfondie sur les Cartels et les Trusts', a fait une causerieconférence sur : la campagne d'opinion et les récentes mesures législatives contre les abus des trusts américains. Après avoir rappelé brièvement quels avantages économiques procèdent des trusis et quels inconvénients sont la contre-partie de ces avantages, le conférencier a traité plus spécialement des abus reprochés aux trusts du pétrole et de la viande. En terminant, le conférencier, tout en spécifiant clairement que la nalion et même l'industrie américaines dans sa généralité ne peuvent être responsables de ces abus qu'elles ont hautement réprouvés, a opposé au trust notre conceplion française de l'association et il a félicité nos industriels de demeurer fidèles à des traditions et à des scrupules qui font leur honneur.

M. André Lebon, prenant ensuite la parole, a dégagé de cette causerie que l'idée de trust est en elle-même respectable, parce qu'elle témoigne de l'esprit de solidarité des industriels, qui se concertent entre eux pour assurer de vastes débouchés à leurs produits, mais que malheureusement les abus cominis par ces associations sont des plus blåmables.

Allemagne. La retraite de M. de Po lbielski. – L'empereur Guillaume II vient enfin d'accepter la démission que le ministre de l'Agriculture de Prusse, M. de Podbielski, avait envoyée au chancelier de l'Empire dès le 13 août dernier. Nous avons, à l'époque, parlé de celle affaire. On sait que les hésitations de l'empereur à se séparer de M. de Podbielski avaient accrédité dans le public allemand l'opinion qu'il s'agissait d'une sorte de conflit d'influence entre le chancelier de l'empire et le ministre de l'Agriculture. On avait même parlé à ce propos de la retraite possible de M. de Bülow. Le départ de M. de Podbielski a élé, dans ces con litions généralement envisagé comme un succès de la politique de M. de Bülow.

Angleterre.La convention franco-anglaise sur les Nouvelles-Hébrides. - Le gouvernement brilannique vient de publier un Livre bleu con

i Ci, sur cette question des cartels et des trusts les articles précédemment parus dans les Questions Diplomatiques et Coloniales : FRANCONIE, Les Trusts américains, t. XIV, p. 1-25 et p. 201-212; Moreux, La crise industrielle allemande, syndicats de coalition ou cartels, t. XIII, p. 717-732.

tenant le texte de la convention déterminant le régime applicable aux Nouvelles-Hébrides. Voici les principales dispositions de cette convention :

ARTICLE PREMIER. - Régime commun.

jo L'archipel des Nouvelles-Hébrides, y compris les iles de Banks et de Torrès, formera un territoire d'influence commune sur lequel les sujets et citoyens des deux puissances signataires jouiront des droits égaux de résidence, de protection personnelle et de commerce, chacune des deux puissances demeurant souveraine à l'égard de ses nationaux et ni l'une ni l'autre n'exerçant une autorité séparée sur l'archipel.

2° Les ressortissants des tierces puissances jouiront des mêmes droits et seront soumis aux mêmes obligations que les citoyens français et les sujets britanniques. Ils auront à opter, dans un délai de six mois, pour le régime applicable aux ressortissants de l’une ou de l'autre puissance. A défaut d'option de leur part, les hauts commissaires dont il est parlé à l'article 2 ci-après, ou leurs délégués, détermineront d'office le régime sous lequel ils devront être placés.

3° Pour tout ce qui ne sera pas contraire aux dispositions de la présente convention ou aux règlements qui seront pris pour en assurer l'exécution, les ressortissants des deux puissances signataires, ainsi que les ressortissants des tierces puissances, conserveront dans toute sa plénitude leur statut personnel et réel dans l'archipel des Nouvelles-Hébrides.

4° Les deux puissances signataires s'engagent mutuellement à ne pas élever de fortifications dans l'archipel, et à ne pas y installer d'établissements de déportation ou de transportation.

ART. 2. -1° Deux hauts commissaires nommés, l'un par le gouvernement de la République française, l'autre par le gouvernement de Sa Majesté britannique, représenteront dans l'archipel les puissances signataires ;

2. Chacun des hauts commissaires sera assisté d'un commissaire résident, auquel il déléguera, dans la mesure qu'il jugera utile, son autorité et qui le représentera dans l'archipel lorsqu'il n'y résidera pas.

ART. 3. - 1° Le siège, dans l'archipel, de l'un et de l'autre gouvernement et du tribunal mixte prévu à l'article 10 de la présente convention sera établi à Port-Vila, dans l'ile de Vaté.

ART. 5. – Chacune des deux puissances signataires pourvoira aux dépenses de son administration propre dans l'archipel.

ART. 6. — 1° La commission navale mixte prévue par l'article 2 de la convention du 16 novembre 1887 sera chargée de coopérer au maintien de l'ordre dans l'archipel.

20 Dans les cas d'urgence, son action s'exercera sur réquisition concertée des deux hauts commissaires ou de leurs délégués.

ART. 7. – Les hauts commissaires auront le pouvoir d'édicter conjointement, pour le maintien de l'ordre et la bonne administration, ainsi que pour les mesures d'exécution nécessitées par la présente convention, les règlements locaux applicables à tous les habitants de l'archipel, et de sanctionner ces règlements par des pénalités n'excédant pas un mois de privation de liberté et 500 francs d'amende.

ART. 8. – 1° Par le mot indigène, on entend, dans la présente convention, toute personne de race océanique ne ressortissant pas, d'après son statut personnel, soit comme citoyen, soit comme sujet ou protégé, à l'une des deux puissances signataires;

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