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répondre et le Sénat prononcera entre nous en pleine connaissance de cause.

Sur la politique intérieure, que puis-je vous répondre ?

M. GAUDIN DE VILLAINE. — Monsieur le président du Conseil, voulezvous me permettre de vous interrompre et de dire un seul mot ?

LE PRÉSIDENT DU CONSEIL, — Je le veux bien.

M. GAUDIN DE VILLAINE. — Oui ou non, y a-t-il une convention militaire entre la France et l'Angleterre à l'heure actuelle?

LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je le demande au Sénat, est-il logiquement admissible qu'on puisse poser une telle question au gouvernement sans prendre même la peine de dire à quelles éventualités un tel accord aurait pour but de pourvoir ?

Comment pourrai-je répondre par oui ou par non, si vous négligez de me dire quels faits ont suscité votre interrogation et dans quel ordre d'idées aurait pu se produire l'accord que vous redoutez ?

Il n'y a que trois semaines que je suis à la présidence du Conseil, et bien que mon collègue des Affaires étrangères m'ait communiqué, ainsi qu'au conseil des ministres tout entier, un certain nombre de dépêches concernant nos ententes particulières dans l'affaire marocaine, par exemple, il ne m'a jamais été parlé d'aucune pièce constatant ce que vous appelez une convention militaire franco-anglaise. Mais vraiment, y avez-vous réfléchi, est-ce de cette tribune que doit partir une parole capable de décourager des amitiés, de rompre des accords? Je ne connais pas de convention militaire franco-anglaise. Il y a des questions posées de telle facon qu'un gouvernement soucieux de sa responsabilité a pour premier devoir de n'y pas répondre.

Si vous avez eu les confidences de ministres des Affaires étrangères, apportez à la tribune les documents dont vous parlez. Mais en ce qui me concerne, je vous déclare que je n'ai connaissance d'aucune pièce ayant le caractère que votre patriotisme parait redouter.

M. GAUDIN DE VILLAINE. — C'est énorme!

LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. - Qu'est-ce qui est énorme? Ce que vous dites ? Je suis tout à fait de votre avis.

M. GAUDIN DE VILLAINE. — C'est votre aveu qui est énorme.

LE PRÉSIDENT DU CONSEIL, — Parlerai-je de la politiqne intérieure? Mon embarras n'est pas moins grand. On m'a dit que j'aspirais à la dictature. M. Gaudin de Villaine a même dit : « à la revanche ». C'est un mot que vous n'auriez pas dû prononcer.

M. GAUDIN DE VILLAINE. - Je n'ai pas dit : « la revanche » ; j'ai dit : « les revanches ».

LE PRÉSIDENT DU CONSEIL, — Je vous demande pardon, je ne vous al pas interrompu pour mieux entendre et c'est bien le mot dont vous vous étes servi.

Eh bien, je le répète, voilà mi mot que vous n'aviez pas le droit de prononcer à la tribune. Vous voulez que je vienne ici vous apporter la renonciation des espérances qui sont dans le cau: d'un grand nombre de nos compatriotes, le renoncement de la France. Voilà ce que vous osez me demander.

Ou bien voulez-vous que je vienne déclarer ici qu'en effet, je mérite de lancer mon pays dans les pires aventures ? Vous tendez un piège au gouvernement, à la France elle-même, et quel piège! Ce n'est pas digne de vous, ce n'est pas digne de cette Assemblée, ce n'est pas digne d'un Français!

NÉCROLOGIE. M. de Mahy. -- Nous avons le regret d'apprendre la mort de M. François de Mahy, député de la Réunion. M. de Mahy, né à Saint-Pierre en 1830, avait représenté la Réunion à l'Assemblée nationale, en 1871, et depuis avait toujours été réélu par ses concitoyens, sans interruption de mandat. Il fut au 16 mai 1877 un des 363. Ministre de l'Agriculture dans les cabinets Freycinet (1882), Duclerc et Fallières (1885), ministre de la Marine dans le cabinet Tirard (1887), il fut vice-président de la Chambre, de 1889 à 1895.

M. de Mahy, dont l'affabilité et la courtoisie étaient renommées au Palais-Bourbon, était honoré de l'estime et de la sympathie de tous ses collègues, qui rendaient tous hommage à la haule dignité de sa vie. Depuis ces dernières années, attristé par de cruels deuils de famille, il se tenait dans une retraite presque complèle.

· Angleterre. - L'Entente Cordiale; un discours de M. Paul Cambon. - Notre ambassadeur à Londres, M. Paul Cambon, prenant la parole au banquet d'inauguration des travaux de l'Exposition francoanglaise de 1908, le 26 novembre, a prononcé, à propos de l'Entente Cordiale, le discours suivant que nous reproduisons intégralement, car il nous semble tout à fait remarquable par sa sagesse, sa modération, son tact et son à-propos. En voici le texte :

Messieurs, La grande manifestation qui se prépare pour 1908 et qui, s'il faut en juger par la qualité des hommes qui la patronnent des deux côtés du détroit et que je suis heureux de saluer ici, est appelée à un grand succès, affirmera de la façon la plus éclatante l'entente cordiale si bien établie entre nos deux pays. Cette entente a surpris quelques personnes; on en parle souvent sans en saisir le vrai caractère; on y voit tout autre chose que ce qu'elle est en réalité et on y cherche je ne sais quelles combinaisons mystérieuses bien éloignées de la pensée des gouvernements qui l'ont conclue.

Rien de plus simple cependant : la France et l'Angleterre étaient comme deux voisins qui n'ont aucun motif de Jissentiment, qui ont absolument besoin l'un de l'autre, qui sentent confusément l'envie de se mettre d'accord et qui voudraient bien s'expliquer, mais qui n'osent pas se le dire. Le jour où, grâce à Sa Majesté Edouard VII, la glace a été rompue, on s'est abordé, on s'est entretenu avec une égale franchise des deux côtés et on s'est entendu.

Notre entente a été un règlement d'affaires, et, comme nous avons pris confiance les uns dans les autres, nous traitons aujourd'hui, toutes les questions qui naissent entre nous sans défiance, sans aigreur, et nous les arrangeons sans bruit.

Or, je n'ai pas besoin de vous dire que ces questions sont innombrables, car nous ne sommes pas voisins seulement qu'en Europe; nous le sommes sur tous les points du globe, et si nous voulions y mettre de la mauvaise volonté, nous trouverions partout des causes de froissement.

L'entente entre nos deux pays est donc une æuvre de raison ; qu'elle. ait indirectement des causes politiques, qui peut s'en étonner ? Qu'elle soit une garantie de la paix non seulement entre nous, mais dans le monde entier, qui peut s'en plaindre ?

La France et l'Angleterre sont deux grandes puissances libérales, soumises aux directions de l'opinion publique; elles ont des responsabilitas et la garde d'intérêts économiques considérables.

Qui oserait dire que l'opinion en France et en Angleterre n'est pas pacifique? Qui oserait prétendre que les représentants de nos grands intérêts économiques et commerciaux désirent la guerre, alors que le développement de leur æuvre exige la paix ? Notre entente n'est donc pas seulement une cuvre de raison, elle est aussi une euvre de paix, et il faut se féliciter de toutes les manifestations destinées à l'affirmer et à la resserrer.

On a dit beaucoup de bien et quelquefois du mal des expositions. Je crois que celle de 1908 échappera aux critiques qu'on dirige d'ordinaire contre ces assises commerciales. Ce ne sera pas une exposition universelle; ce sera un concours entre deux nations qui n'ont pas les mêmes produits, qui ne se font pas concurrence, qui n'ont pas la prétention de se dérober leurs secrets industriels, mais qui veulent offrir l'une à l'autre le moyen de se compléter et de s'enquérir de ce qui leur manque. Ainsi entendue, une exposition n'offre que des avantages et celle-ci augmentera sûrement le mouvement d'échange entre nos deux pays. Ce mouvement, qui s'élève déjà à près de deux milliards de francs, c'est-à-dire à 90 millions de livres sterling, atteindra, je le souhaite, des chiffres inconnus jusqu'à présent dans les relations commerciales de la France et de l'Angleterre.

Il suffit de mentionner ce mouvement d'affaires pour montrer l'absolue nécessité de notre bonne intelligence. L'entente cordiale est dans la force des choses. Je lève donc mon verre en l'honneur des organisateurs de la future exposition, et je bois au succès de leur entreprise.

Allemagne. — Le roi et la reine de Danemark à Berlin. — Le roi Frédéric et la reine Louise de Danemark sont arrivés à Berlin, le 19 novembre ; ils ont été reçus à la gare par l'empereur et l'impératrice d'Allemagne, et le soir même de leur arrivée un diner de gala a eu lieu au château royal, au cours duquel des toasts très cordialement sympathiques ont été échangés par les souverains. L'empereur, parlant le premier, a remercié le roi de sa visite.

Je vois dans cette visite, a-t-il dit, la continuation des relations étroites entre les deux pays que le vénéré défunt roi Christian se plaisait déjà å favoriser. Je considère comme un devoir de reconnaissance de remercier particulièrement notre hôte de l'accueil chaleureux et cordial qui m'a été fait dans sa famille et dans son pays.

J'ai la ferme conviction que les bonnes et intimes relations, désormais établies et affermies entre les deux maisons régnantes et les deux pays, se maintiendront à l'avenir, pour le plus grand bien des deux peuples, et que la bénédiction de Dieu leur sera accordée.

J'appelle cette même bénédiction, sur la tête du roi, de la reine et de toute leur noble famille.

Le roi de Danemark a répondu en exprimant, en son nom et au nom de la reine, sa gratitude pour la sympathie cordiale dont l'empereur a fait preuve en venant, pendant les jours douloureux que traversa, l'hiver dernier, la maison de Danemark, rendre au roi Christian les derniers honneurs. L'empereur a été salué alors avec

une reconnaissance émue, non seulement par le roi et par la famille royale, mais par loul le peuple danois.

Le roi a formulé ensuite l'espoir que l'empereur voudra bien reporter sur lui une partie de l'amitié qu'il avait pour le roi Christian, et qu'ainsi les relations amicales entre les deux peuples deviendrontde plus en plus cordiales. Le roi a terminé en portant la santé de l'empereur, de l'impératrice et de la famille des Hohenzollern.

Ce voyage à Berlin des souverains danois a été très commenté, comme consacrant en quelque sorte la reprise définitive des relations amicales entre les maisons de Danemark et de Prusse, quarante-deux ans après que ce pays a arraché au Danemark le Schleswig-Holstein, dont la population danoise envoie encore un député protestataire au Reichstag.

- La mort de 16 de Stablewski. --- Met de Stablewski, archevêque de Posen, est mort subitement à l'âge de soixante-cinq ans. On l'a trouvé le 24 novembre, à dix heures du soir, devant son bureau de travail; il semblait dormir. Les causes de la mort sont imparfaitement connues. Ses médecins ont parlé de la rupture d'un anévrisme. Il est permis de supposer que le primat de Pologne a été mortellement ébranlé par les douloureuses émotions de ces temps derniers.

La question de la succession de Me' de Slablewski soulève en Allemagne de vives polémiques; car les intransigeants allemands réclament la nomination d'un prélat qui défende, avant toutes choses, la cause de la germanisation de la Pologne.

Espagne. La crise ministérielle. - Le débat parlementaire ouvert en Espagne au sujet de la loi des associations a provoqué dans les diverses fractions de la majorité des divisions assez profondes pour rendre impossible le maintien au pouvoir du gouvernement actuel. Le maréchal Lopez Dominguez, président du Conseil, en présence de cette situation, a donc cru devoir remettre sa démission, le 28 novembre, au roi Alphonse XIII, qui l'a acceptée et a immédiatement chargé M. Moret de constituer le nouveau cabinet. M. Moret a commencé aussitôt ses démarches et dès le lendemain il remettait au roi la liste des nouveaux ministres.

Tout porte à croire que M. Moret va essayer de réaliser en partie le programme politique qu'il voulait entreprendre en juillet dernier, lorsque les difficultés politiques intérieures l'obligèrent à donner sa démission.

Italie. — Le voyage du roi de Grèce à Vienne et à Rome. — Le roi Georges de Grèce, après avoir fait à Vienne un séjour d'une semaine, au cours duquel il a eu plusieurs entretiens avec l'empereur FrançoisJoseph, et le nouveau ministre commun des Affaires étrangères, le baron d'Ærenthal, s'est rendu à Rome où il est resté quelques jours. Il a eu également, dans cette dernière ville, de fréquents entretiens avec le roi Victor-Emmanuel, et avec le ministre des Affaires étrangères, M. Tittoni. On a dit qu'au cours de ces conversations, à Rome aussi bien qu'à Vienne, il a été fort question de la Crète.

A la fin de son séjour à Rome, le roi Georges a été reçu, au Va. tican, par le Souverain Pontife en audience parliculière.

II. - AFRIQUE.

Maroc. L'action franco-espagnole à Tanger. – En présence de l'état d'anarchie absolue qui règne au Maroc et de l'impuissance éridente du Makhzen à maintenir l'ordre dans ses Etats, le gouvernement français et le gouvernement espagnol sont entrés en pourparlers « en vue de se mettre d'accord sur les mesures éventuelles qui a pourraient s'imposer aux deux puissances chargées de l'établisse« ment de la police à Tanger pour assurer l'ordre dans cette ville Dès que cet accord, qui est dès maintenant acquis en principe, el dont la conclusion définitive a seulement été retardée par la crise ministérielle qui vient d'éclaler à Madrid, aura élé rédigé, il sera communiqué par les ambassadeurs d'Espagne el de France, dans les différentes capitales, aux dix autres puissances signataires de l'Acte final d'Algésiras. On ne prévoit d'objections de la part d'aucune d'elles; plusieurs d'ailleurs parmi les plus importantes, notamment l'Angleterre et l'Allemagne, ont déjà même pris les devants et fail connaitre à l'avance leur approbation.

L'action prévue par le concert franco-espagnol comportera deui formes, appropriées à la gravité des circonstances : 1° la présence de bâtiments de guerre dont les compagnies de débarquement réunies fourniront un effectif d'environ 800 hommes ; 90 si la situation l'exigeait, l'envoi de corps de débarquement s'élevant pour cbacude des deux puissances à 1.000 ou 1.200 hommes, soit en tout, avec les fusiliers marins, une force de 3.000 hommes. Le détachement espagnol serait prélevé sur la garnison de Cadix, le détachement francais sur le 19e corps d'armée (Alger) et très probablement sur la division d'Oran. Dans aucun cas les troupes de débarquement ne feraient acle d'occupation. L'objet de leur mission se bornerait à mettre leur appai au service du pacha de Tanger et à rétablir son autorité ébranlée par Erraïsouli. L'action du contingent mixte serait limitée à Tanger et à sa banlieue et aurait un caractère purement provisoire.

Dès maintenant, les bâtiments de guerre français qui devront se rendre à Tanger ont été désignés et sont prêts à appareiller. Ce sont les croiseurs cuirassés Suffren, Saint-Louis et Charlemagne placés sous le pavillon de l'amiral Touchard. Le transport Nive accompagnera la division et servira à aller chercher au besoin les détachements français que l'on empruntera au 19e corps d'armée. Le Suffrei, le Charlemagne et le Saint-Louis remplaceront à Tanger les trois unités navales qui y sont actuellement, le Jeanne-d'Arc, le Galilée et le Forbin, unités qui sont fatiguées actuellement par un long séjour à

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