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caoutchouc augmentaient rapidement. Elles atteindront très certainement 3.000 tonnes en 1909', soit une augmentation de 1.000 tonnes environ sur 1906. Lesquelles 1.000 tonnes, à elles seules, nous procureront une augmentation annuelle de droits de 600.000 francs. Une pénétration plus avancée permettra d'exiger la capitation d'un nombre plus élevé d'indigènes.L'augmentation peut être estimée à 100.000 francs. A cette époque encore, les sociétés concessionnaires mieux outillées connaîtrontune fortune meilleure. Les parts de bénéfices qu'elles verseront à la colonie seront plus considérables. L'augmentation de ce chef peut encore être estimée à 100.000 francs, surtout si l'on songe qu'en 1910 les redevances de ces mêmes sociétés augmentent d'un tiers, soit 200.000 en chiffres ronds. Elles sont de plus de 500.000 fr., actuellement.

La colonie pourra donc aisément garantir l'annuité de 800.000 francs nécessaire pour gager la deuxième tranche de 17 millions.

Dans ces conditions, la garantie de l'emprunt est largement assurée.

Mais s'il a paru impossible de procurer des fonds à l'Afrique Occidentale et à Madagascar sans une intervention analogue de l'Etat, encore bien plus le serait-il de procurer, sans elle, de l'argent au Congo.

L'Afrique Occidentale, avec son commerce de 156 millions par an, avec le bon renom qu'elle possède en France, après une émission déjà heureuse de 65 millions de titres, a besoin de la garantie de l'Etat pour le nouvel emprunt de 100 millions qu'elle va contracter. Le Congo, vaste domaine dans l'enfance, peu exploité encore, parfois mal connu, n'inspirerait aux capitaux qu'une confiance timorée. Pourquoi, seul de toutes les possessions françaises, subirait-il ce sort injuste d'être négligé de la métropole? Acquis à peu de frais, il est loin d'avoir coûté ce qu'ont exigé de nous les guerres d'Algérie, l'expédition de Tunisie, l'occupation du Sénégal et du Soudan, la conquête du Tonkin, du Dahomey et de Madagascar. Aujourd'hui même, le Congo ne grève nos finances que d'une somme moindre que nos autres grandes colonies. Si la métropole y paie les dépenses militaires (2.562.136 francs) et lui accorde une subvention annuelle de 700.000 francs, le total de ces dépenses n'atteint pas celles que nous valent l'Afrique occidentale ou l'Indo-Chine. Le Congo n'absorbe que 3.260.000 francs,

1 Pour la période de 1902 à 1905, alors que les concessionnaires étaient moins actifs, cette augmentation a été de 1.100 tonnes pour le haut pays seul.

alors que le seul entretien des troupes pour l'Afrique Occidentale revient à plus de 6 millions, pour Madagascar à plus de 8 et pour l'Indo-Chine (en tenant compte du contingent fourni par la possession) à 6 millions.

Le Congo peut donc compter sur la garantie de l'Etat pour contracter un emprunt.

Trop de richesses sont enfouies dans son sol et trop de facilités seront offertes à leur exploitation par l'acquisition de l'outillage nécessaire, pour que dans quelques années la mise en valeur de la colonie ne présente pas seulement le gage voulu, mais de larges disponibilités. Oublions-nous que plusieurs des territoires de l'Afrique Occidentale présentaient des garanties certes moins sérieuses quand on y a créé les premières voies ferrées ? Le Congo attend donc avec confiance du concours du Parlement et de l'opinion les moyens de réaliser le programme que son commissaire général a tracé à son avenir. Il y va pour lui d'un intérêt immense : sans crédit, le Congo, après l'effort qu'il vient de fournir, est assuré de ne pouvoir plus d'ici longtemps progresser dans son essor économique; avec des crédits, il s'offre à une mise en valeur plus étendue et mieux comprise, il s'achemine vers la fortune brillante à laquelle il est destiné.

Lucien CAMBIER.

LES

ARMÉES DE LA PÉNINSULE DES BALKANS

LA ROUMANIE. — SA LOI DE RECRUTEMENT.

SON ORGANISATION MILITAIRE. — LA DÉFENSE DU TERRITOIRE.

Il peut être intéressant, au point de vue de la politique générale de l'Europe, de connaître par des faits et des chiffres précis l'organisation militaire des Etats indépendants de la presqu'île des Balkans, l'avenir pouvant les appeler à jouer, dans les conflits militaires des puissances européennes, un rôle des plus importants. Voici donc quelques renseignements détaillés sur le régime militaire de la Roumanie.

La Roumanie forme une agglomération de six millions d'habitants, remarquablement individualisée, servie par l'unité de langue et par l'unité de religion. Son armée est homogène; officiers et soldats y ont la notion de la discipline militaire et le sentiment patriotique fort développé. A la mobilisation, la Roumanie peut mettre en ligne, en tant que troupes susceptibles d'opérer en dehors du territoire national, quatre corps d'armée, la division de la Dobrudja et une division de cavalerie indépendante. Tous ces éléments sont convenablement outillés en armes, matériel d'artillerie, voitures et convois. Ils donnent une impression de l'effort fait par la Roumanie pour affirmer sa puissance militaire. Avec une population sensiblement égale à celle de la Bavière ou aux populations réunies de la Saxe et du Wurtemberg, la Roumanie fournit quatre corps d'armée au lieu de trois. L'appoint de puissance apporté à l'armée active de l'Empire allemand par la Bavière se traduit par 74 bataillons, 50 escadrons, 72 batteries. La Roumanie entretient 110 ba. taillons, 87 escadrons, 75 batteries. L'effort qu'elle produit est donc plus grand que celui de la Bavière. On en juge mieux quand on compare les effectifs budgétaires allemands aux effectifs budgétaires roumains. L'Allemagne entretient 635.000 hommes et 125.000 chevaux, chiffres arrondis. L'effectif budgétaire roumain comporte actuellement 3.700 officiers et fonctionnaires militaires, 500 employés, 60.000 hommes permanents, 72.000 hommes semi-permanents, 20.000 chevaux, dont 7.000 semipermanents, chiffres également arrondis.

Le service militaire, en Roumanie, est obligatoire et personnel. Les Roumains, qui ont atteint l'âge de 21 ans dans l'année précédente, doivent le service militaire armé ou auxiliaire, à moins qu'ils ne soient exemptés pour cause d'inaptitude physique, ou dispensés ou ajournés. La Roumanie, imitant en cela l'exemple de l'Allemagne, classe chaque année un grand nombre de jeunes gens dans la catégorie des ajournés. Les ajournés et les dispensés à titre conditionnel paient une taxe qui, versée dans la caisse de la dotation de l'armée, sert à donner des pensions pour ancienneté de services aux sous-officiers et aux soldats, des secours aux anciens militaires et à leurs familles. Les étrangers domiciliés en Roumanie, les individus nés en Roumanie d'un père étranger, sont astreints au service militaire, lorsqu'ils se trouvent dans l'impossibilité de justifier de l'accomplissement de leurs obligations militaires dans un autre pays. Cette mesure vise particulièrement les israélites, fort nombreux en Roumanie, surtout dans la Moldavie. La ville de lassy en compte 50.000 sur 90.000 habitants. Ce sont des juifs de Russie et de Galicie, attirés en Roumanie par le développement qu'ont pris le commerce et l'industrie depuis que la société roumaine s'est organisée et a adopté les habitudes européennes.

Le nombre des jeunes gens roumains inscrits sur les listes de recensement annuelles s'élève à environ 60.000. 8 % échappent aux opérations du recrutement, 20 % sont ajournés, 15 % bénéficient d'une dispense, 6 % n'ont pas l'aptitude physique voulue pour le service militaire, enfin 5 % sont affectés au service auxiliaire. Le reste, 27.600 jeunes gens, est réparti, par voie de tirage au sort et sensiblement par moitié, dans l'armée permanente et dans l'armée semi-permanente, les numéros les plus bas étant désignés pour l'armée permanente. Les chiffres qui précèdent n'ont rien d'absolu ; ils représentent le rendement moyen de cinq classes roumaines. On en peut tirer celte conclusion que 46 % des jeunes gens recensés en Roumanie sont incorporés, chaque année, dans l'armée active. Des raisons d'ordre budgétaire s'opposent à ce que la totalité des jeunes gens roumains aptes au service militaire soient incorporés dans l'armée pour y accomplir trois années de service intégralement. De là est venue la nécessité de diviser l'armée active en armée permanente et en armée semi-permanente. L'armée permanente reçoit une partie des jeunes gens affectés à l'infanterie et à la cavalerie et tous les jeunes gens affectés aux autres armes. L'armée semi-permanente ne comprend que des fantassins et des cavaliers. Dans l'armée permanente, les jeunes gens

accomplissent trois années de service effectif. Ceux d'entre eux dont l'instruction générale atteint un certain niveau sont renvoyés dans leurs foyers au bout de deux ans et même d'un an de service. Après leur service effectif, les soldats de l'armée permanente passent successivement 5 ans en congé et 2 ans dans la réserve. Qu'ils soient en congé ou dans la réserve, ils sont obligés de répondre, tous les ans, à une période d'instruction de 20 jours, à l'époque des manœuvres. Les hommes en congé correspondent aux réservistes en France; ils servent à la mobilisation, à compléter les effectifs de l'armée active. Les hommes de la réserve sont exclusivement affectés aux bataillons de dépôt.

Dans l'armée semi-permanente, le service est réglé de la manière suivante. Au moment de leur incorporation, les jeunes gens servent pendant 2 ou 3 mois, suivant qu'ils appartiennent à l'arme de la cavalerie ou à celle de l'infanterie. Renvoyés dans leurs foyers, ils s'y occupent à leur gré, mais ils sont astreints, par séries, à un appel de 8 jours tous les mois, à un exercice de tir au chef-lieu de la commune, chaque dimanche, à une période de maneuvres de 3 ou 3 mois, après la saison des récoltes. Pendant les cinq années actives, les hommes de l'armée semi-permanente fournissent un nombre de journées de présence qui varie suivant les ressources budgétaires, sans jamais descendre au-dessous de 600. Ils sont versés ensuite dans la catégorie des hommes en congé, où ils restent 2 ans, puis dans la réserve, où ils comptent également pendant 2 ans, dans les mêmes obligations que les hommes de l'armée permanente.

On trouve, dans l'organisation de l'armée active roumaine et dans les obligations d'activité imposées pendant 9 ans aux Roumains, la préoccupation d'instruire le plus grand nombre de jeunes gens avec le minimum de dépenses, de ne les garder sous les drapeaux que le temps strictement nécessaire, mais de les y rappeler le plus souvent possible. Les rappels répétés contribuent au développement de l'esprit militaire dans un pays, tout en assurant l'amalgame des hommes en activité de service avec ceux des réserves et la cohésion des unités de l'armée. C'est avec le service à court terme et au moyen du contact périodique des réservistes avec les hommes de l'armée active, que les Prussiens sont arrivés, après les désastres de 1806, à organiser une armée puissante par le nombre et par l'homogénéité de ses éléments. Napoléon Ier leur avait imposé des effectifs du temps de paix dérisoires. Ils éludèrent une obligation qui leur enlevait tout espoir de relèvement par les armes, en

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