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sans qu'aucun d'eux y ait réussi pleinement, sans qu'aucun d'eux ait pu mettre un terme aux abus régnants et dont on connaissait plus ou moins l'existence, bien qu'on ne soupçonnåt pas à vrai dire l'étendue du mal. .

On avait fondé naguère de grandes espérances sur l'énergie du directeur actuel, le prince héritier de Hohenlohe-Langenburg, mais on reconnaît maintenant qu'il n'a pas répondu à l'attente de ses partisans. Il n'a pas pu ou n'a pas voulu sévir avec la rigueur nécessaire. Etait-il d'ailleurs désigné pour remplir ces fonctions de haut justicier ? Certains doutes se manifestent aujourd'hui à cet égard. Nous ne voudrions pas accorder à des dénonciations peut-être téméraires plus d'importance qu'elles n'en méritent : il faut bien mentionner pourtant l'accusation formulée par la Dortmunder Zeitung contre le prince de Hohenlohe. La Dortmunder Zeitun: donc accuse formellement le prince de Hohenlohe de s'être fait attribuer, en plus de ses 20.000 marks de traitement annuel, un supplément de 24.000 marks prélevé sur un fonds spécial destiné à secourir les veuves d'officiers. Le prince de Hohenlohe recevrait en outre une indemnité de logement aussi considérable que peu réglementaire. Encore une fois, nous n'acceptons pas ces dénonciations comme paroles d'évangile; on ne peut toutefois s'empêcher de croire qu'elles reposent sur une base vraisemblable. La justice allemande sévit durement contre la presse calomniatrice. M. Erzberger et ses acolytes ne se seraient point avancés s'ils n'avaient en main de quoi faire la preuve, au moins partielle, de leurs dires.

Mais il y a pis encore que tous les abus précités. Les dons volontaires destinés au corps expéditionnaire allemand dans le Sud-Ouest africain ont provoqué le plus scandaleux de tous les récents scandales : ces fonds n'auraient jamais été distribués. Qu'en serait-il advenu? Là-dessus on est encore imparfaitement renseigné. Mais on affirme qu'ils auraient servi en partie à payer des voyages d'agrémentaux officiers des bureaux coloniaux de Berlin!... La condition du corps expéditionnaire chargé, de réduire les Herreros sérait des plus précaires. Les soldats protesteraient contre les mauvais traitements subis en donnant l'exemple d'une indiscipline inouïe. Soldats et sous-officiers auraient vendu leurs uniformes, leurs armes, leurs sacs à des prix dérisoires. Il s'en ferait dans l'Afrique du Sud un commerce actif. Des marchands de liqueurs, des prostituées suivraient la troupe dans ses marches guerrières. Les Hottentots voleraient les vivres destinés aux soldats allemands et les vendraient aux Anglais. Des marchands du Cap se seraient prodigieusement enrichis depuis quelques mois avec l'argent germanique. Je passe sous silence un scandale relatif à une fourniture de conserves avariées aux troupes coloniales allemandes, une autre dénonciation formelle d'après laquelle toute une cargaison d'objets d'équipement destinés au même corps expéditionnaire sud-africain aurait été frauduleusement et clandestinement vendue à bas prix dans la République Argentine. L'administration coloniale allemande, répétons-le, n'est encore qu'une prévenue. Elle réussira peut-être à se laver d'une partie des accusations qui pèsent sur elle; mais, à vrai dire, sa défense a été jusqu'à présent fort mollement conduite. En tout état de cause, et pour conclure, les attaques auxquelles les hauts fonctionnaires coloniaux sont en butte depuis quelque temps en Allemagne apparaissent parfaitement justifiées.

Sur quelles bases, maintenant, serait-il avantageux, au dire des principaux intéressés, de recruter à l'avenir le personnel colonial allemand ? A quelle catégorie d'individus emprunter les hauts fonctionnaires de la plus grande Allemagne régénérée? Là-dessus,les opinions et les prévisions sont fort vagues encore, puisque l'on ne sait même pas, à l'heure qu'il est, quel résultat positif obtiendra la campagne actuellement déchaînée. Mais les donneurs de conseils ne se laissent pas arrêter pour si peu. Tous y vont de leur panacée. A titre d'indication, voici sur cette question du recrutement des fonctionnaires coloniaux supérieurs quelques « idées » particulièrement judicieuses, semble-t-il, émises par un publiciste assurément fort documenté sur les errements de l'administration actuelle. L'Allemagne, d'après lui, n'aurait qu'à gagner à prendre désormais ses gouverneurs coloniaux en dehors de l'administration coloniale : « Quand on étudie, écrit cet auteur', l'histoire coloniale « anglaise et française contemporaine, on est frappé de ce « phénomène que les gouverneurs le plus justement admirés a en dehors même des frontières de leur pays ne sortaient « point d'une administration. De Brazza fut marin et explora« teur, le Dr Bayol qui devint gouverneur des Rivières-du-Sud a était médecin. Médecin aussi l'Anglais Macgregor, l'excellent « gouverneur de la Nouvelle-Guinée anglaise et de la Côte « d'Or. H.-H. Johnston, l'écrivain anglais bien connu, qui devint « haut commissaire de l'Ouganda, collectionnait encore à « quatre-vingts ans sur les flancs de Kilimandjaro des plantes « et des scarabées; Gallieni, ex-gouverneur de Madagascar, un « homme dont les Français sont justement fiers, était un sol« dat d’Afrique. Soldat aussi Binger, l'ex-gouverneur de la » Côte d'Ivoire française. Tous ces hommes offrent ce trait « commun, qu'ils vécurent longtemps en Afrique ou du moins « dans les colonies et qu'ils avaient appris à connaître parfaite« ment les indigènes lorsqu'ils accédèrent à des postes supé« rieurs. » Empruntons encore à cet article de la Gazette de Francfort qu'il conviendrait de citer in extenso quelques lignes consacrées à l'état défectueux des choses dans les bureaux coloniaux de Berlin : «On a dénoncé souvent la lutte que les gou<< verneurs doivent mener contre l'incompréhension des con« seillers de la kolonialabteilung. La raison de l'incompétence « de ces derniers réside en ce fait que le département colonial « est composé de gens parfaitement étrangers pour la plupart « aux choses coloniales : tout au plus certains d'entre eux ont-ils « séjourné quelque temps dans une ville de la côte comme juges « ou comme secrétaires. Ici encore une infusion de sang nou( veau est nécessaire. Ce sang nouveau, les officiers des troupes « coloniales, les directeurs de stations, les négociants pourraient « le fournir. » L'écrivain de la Gazette de Francfort met en relief le rôle capital que les négociants devraient jouer, d'après lui, dans les colonies allemandes : « On s'est bien gardé, cependant, de. « faire une place dans le service colonial à ces négociants alle« mands ayant la longue pratique des colonies. N'est-ce pas, « en effet, un trait caractéristique de nos cercles dirigeants de « la métropole que leur méfiance à l'égard de cette classe « sociale réputée inférieure ? Le même préjugé règne dans les « colonies. Sous le régime de Puttkamer, on était allé jusqu'à « préparer un décret d'expulsion contre le chef de certaine « grande expédition commerciale pour le cas où il se serait « laissé voir une fois encore à Cameroun. Ce personnage avait « vivement indisposé contre lui les potentats de la colonie en « agissant « avec trop d'indépendance » sur divers points du « pays, situés d'ailleurs en dehors de la sphère d'action du gou« vernement. Aussi bien aucun négociant n'a-t-il osé briguer « jusqu'à ce jour une fonction coloniale : avec quelle certitude « une tentative de ce genre n'aurait-elle pas été repoussée ? »

| Gazette de Francfort, 19 mars 1906.

C'est donc, comme on voit, une réforme radicale que préconisent, que réclament les adversaires de l'ordre colonial actuel. De fait et quoi qu'ils en disent, ils exigent quelque chose de plus qu'un simple changement de personnes : ils visent à la transformation d'un système, à une révolution véritable dans les mœurs de la bureaucratie prussienne. C'est à ce prix-là seulement que l'Allemagne, d'après eux, guérira de sa méningite coloniale. Sommé de présider à cette cure laborieuse, le chancelier de Bülow manifeste, paraît-il, sa volonté d'agir. II aurait donné là-dessus des assurances formelles à un des membres les plus en vue du centre allemand, le prince d'Arenberg. Mais une question, dès maintenant, se pose. Le chancelier s'engagera-t-il dans la voie des rénovations bureaucratiques aussi hardiment que le voudraient les auteurs des dénonciations cidessus résumées ? A vrai dire, rien n'est moins certain. M. Erzberger et ses amis témoignent d'une voracité extrême. Ils réclament à cor et à cri une hécatombe de victimes. M. de Bülow, tout en se décidant aux sanctions nécessaires, refusera peu t-être de faire la « table rase » réclamée. Un nouveau conflit ne tarderait pas à s'engager alors entre le chancelier et une fraction de sa majoriié ordinaire. La question coloniale réserverait donc de graves ennuis encore au gouvernement. Et ainsi serait prouvé une fois de plus ce fait capital : « que l'Empire « allemand, tardivement converti à l'expansionnisme, éprouve a plus de difficultés que toute autre grande puissance coloniale « à faire son apprentissage spécial. »

MAURICE MURET.

LES EMPRUNTS DES COLONIES FRANÇAISES

DE 1904 A 1906

Nous avons étudié précédemment les emprunts des colonies françaises autres que l'Algérie et la Tunisic, pendant les vingt années, qui se sont achevées le 31 décembre 1904. Nous nous proposons de passer ici en revue les nouveaux emprunts contractés au cours de 1905 et du premier semestre 1906.

Ainsi que nous l'avions annoncé, la troisième émission de l'emprunt de 200 millions de francs du gouvernement général de l'Indo-Chine, autorisé, sans la garantie de l'Etat, par la loi du 25 décembre 1898, s'est produite dans le courant de l'année 1905. Rappelons qu'à la suite des décrets des 29 décembre 1898 et 25 juillet 1902, contresignés par les ministres des Finances et des Colonies, deux premières sommes de 50 et 70 millions de francs, à valoir sur le total de 200 millions, ont été successivement réalisées. Un nouveau décret du 7 octobre 1903 a autorisé la réalisation des derniers 80 millions de francs, et un arrêté du gouverneur général de l'Indo-Chine du 9 octobre a créé à cet effet 172.413 obligations de 500 francs, 3 1/2 %, au porteur, remboursables au pair en 75 ans, par tirages semestriels effectués le 1er avril et le 1er octobre de chaque année, à compter du 1er avril 1906. Ces obligations ont été acquises 464 francs l'une, soit 92,8 % par les mêmes établissements financiers que pour la réalisation des 120 premiers millions (Banque de l'Indo-Chine, Banque de Paris et des Pays-Bas, Comptoir national d'Escompte de Paris, Crédit lyonnais, Société générale pour le développement du commerce et de l'industrie en France, Société générale de crédit industriel et commercial); elles ont été émises par eux dans le public 480 francs l'une, soit 96 %, ce qui donne, pour frais d'émission et bénéfice, un montant nominal de 3,2 %, ou une somme effective de 3,44 %, c'est-à-dire que les sociétés ont reçu 103 fr.44 pour chaque somme de 100 francs qu'elles ont payées à la colonie. L'emprunt, émis le 21 octobre 1905, a été couvert plus de trente fois. La Banque de l'Indo-Chine est chargée, moyennant une commission de 5/16 % des sommes payées, de centraliser le service de l'emprunt, c'est-à-dire le remboursement des obligations sor

i Quest, Dipl, el Col., 1er et 16 février 1905.

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