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1.500 sabres ou lances, 108 canons légers ou lourds de 75 et de 87 millimètres.

Pour la constitution de son matériel d'artillerie de campagne, la Roumanie est tributaire de l'Allemagne. Les puissances européennes qui ne possèdent pas des usines nationales productrices de canons de campagne à tir rapide ont, en effet, recours aux grandes usines allemandes ou françaises, dont, en fait, les produits se valent à peu de chose près. Le canon de 75 millimètres à tir rapide, type Krupp, a un poids un peu moindre – 1.700 kilogrammes au lieu de 1.750, la pièce sur l'avant-train — que le canon de 75 millimètres type Schneider-Canet, une vitesse initiale et une portée plus grandes — 508 et 6.400 mètres, au lieu de 500 et 5.900 mètres. Le caisson allemand pèse 150 kilogrammes de plus que le caisson français, Le shrapnell français contient 234 balles, c'est-à-dire 36 de moins que le shrapnell allemand. Ces différences, pour cette raison qu'elles sont tantôt à l'avantage de l'un, tantôt à l'avantage de l'autre des deux types, n'empêchent pas que canons, projectiles et caissons ont une valeur ou, si on préfère, une réputation sensiblement égale, la réclame et le faire-savoir de la maison Krupp compensant la supériorité que d'aucuus attribuent aux produits du Creusot. Mais quand on veut com parer des artilleries à tir rapide, c'est moins le type et le nombre de canons mis en ligne (si l'écart n'est pas trop considérable) que l'instruction technique du personnel, les méthodes de tir mises en pratique, la mobilité du matériel et surtout l'importance des approvisionnements en munitions qu'il faut considérer. In canon qui tire vingt coups à la minute a vite consommé les munitions des coffres mis à sa disposition, pour peu que son tir soit continu. De là viennent l'importance de la rapidité du réglage du tir et la nécessité du tir par rafales. Il faut que les objectifs vivants soient instantanément anéantis ou, tout au moins, mis momentanément hors d'action. Il ne suffit donc pas qu'une puissance possède un matériel perfectionné pour que son artillerie soit en situation de se mesurer avec une artillerie moins nombreuse, mais dont l'approvisionnement immédiat en munitions est plus considérable et le personnel depuis plus longtemps rompu à des méthodes de tir rationnelnelles, en harmonie avec le service du canon à tir rapide.

Ces réflexions ne visent pas l'armée roumaine d'une manière particulière; elles sont simplement faites pour mettre en garde les esprits et les empêcher d'attribuer au nombre des canons d'une puissance une supériorité écrasante. Au reste, les Roumains, avec leurs 108 canons par corps d'armée, tiennent une

place intermédiaire entre les 96 canons du corps d'armée français et les 144 canons du corps d'armée allemand.

Les événements de 1877 ont appris aux Roumains que des voisins puissants sont des voisins dangereux, avec lesquels il y a plus à perdre qu'à gagner, même quand on use à leur égard de la plus grande condescendance.

En fait, depuis la guerre turco-russe, les sentiments des Roumains à l'égard des Russes sont loin d'être bienveillants. Leur nature se manifeste dans l'organisation défensive du pays, caractérisée par ce fait qu'une seule frontière est fortifiée : c'est celle qui sépare la Roumanie de la Russie.

Un peu en aval de Czernowitz, le Pruth sert, jusqu'à son confluent avec le Danube, de limite entre la Bessarabie et la Moldavie, sur un parcours de 450 kilomètres. Parallèlement à lui coule, sur le territoire roumain, le Sereth, un autre affluent de gauche du Danube. Entre les deux confluents du Pruth et du Sereth s'étale la ville, aujourd'hui place forte, de Galatz. Le Sereth reçoit, à droite, la Putna, descendue des Karpathes, et dans le bassin de laquelle se trouve Focsani, en bordure de la voie ferrée Czernowitz-Buckarest.

Les lignes du Pruth et du Sereth sont trop étendues pour que les Roumains aient songé à les organiser définitivement. Ils ont établi leur barrage plus en arrière, sur la ligne Focsani-Galatz, solidement appuyée, d'un côté, au Danube, de l'autre, à la pointe orientale des Karpathes, et dont le développement est cinq fois moindre que celui de la ligne frontière du Pruth. Le choix des Roumains n'est certes pas sans présenter des inconvénients. La ligne Focsani-Galatz ne s'oppose en rien à la pénétration des Russes dans la Moldavie ou dans la Dobrudja. En ce qui concerne la Dobrudja, l'inconvénient est atténué par cette particularité que les Russes ne peuvent passer de la Dobrudja dans la Valachie qu'en franchissant le Danube, ce qui constitue une grosse opération pleine de difficultés et d'aléas. Mais une considération, primant toutes les autres, imposait à la Roumanie l'obligation de barrer le territoire aux Russes, non pas sur la frontière, mais dans l'intérieur du pays, à cet endroit où les Karpathes forment avec le Danube un étranglement, un défilé d'une centaine de kilomètres, dans lequel la Putna et le Sereth remplissent l'office de fossé. L'organisation défensive d'un pays doit, en effet, être en harmonie avec ses forces militaires. Le sort d'une nation ne se joue pas derrière les coupoles et les casemates bétonnées, mais en rase campagne. Il faut donc que

ses forces actives ne soient pas absorbées par la défense des forts et des camps retranchés, qu'elles restent intactes et entièrement disponibles pour la bataille dont dépend le sort d'une campagne.

La ligne Focsani-Galatz comporte des coupoles bétonnées à Galatz et au confluent de la Putna, et un grand nombre de batteries — de 150 à 160 – armées de canons à tir rapide de 37 millimètres, de 53 millimètres, d'obusiers de 12 centimètres. Les batteries de Galatz balaient le terrain compris entre le lac Bratis et le confluent du Sereth. En arrière de la ligne GalatzFocsani, le camp retranché de Buckarest, constitué par douze forts détachés et des batteries intermédiaires, forme le réduit de la défense. Les forts sont à une distance moyenne de 12 kilomètres du centre de la place. Une voie ferrée les relie en même temps qu'elle dessert les batteries établies dans les intervalles. Le périmètre des forts atteint 70 kilomètres. Le blocus du camp retranché de Buckarest exigerait, par suite, une armée tout entière.

Les frontières roumaines, à l'Ouest et au Sud, tirent leur protection des obstacles naturels qui les forment, les Karpathes et le Danube. Tout barrage par la fortification a paru aux Roumains impossible ou superflu. Impossible vis-à-vis de l'Autriche, à cause du développement et du tracé de la frontière, qui affecte la forme d'une circonférence, la convexité tournée du côté de la Roumanie. Superflu, à l'égard de la Serbie et de la Bulgarie, qui n'ont rien à convoiter sur la rive gauche du Danube, leurs aspirations étant du côté de la Macédoine. D'ailleurs, la forme du territoire roumain écarte toute velléité de résistance à outrance sur la périphérie et incite à la concentration des forces défensives en un point central. L'organisation de la ligne Focsani-Galatz et l'établissement du camp retranché de Buckarest, répondent à cette conception. Il semble donc logique que, au cas d'une crise où elle se sentirait menacée sur toutes les frontières, la Roumanie fasse converger ses corps d'armée de lassy et de Graïova sur Buckarest, le IVe corps d'armée se concentrant au Sud et à l'abri de la ligne Focsani-Galatz, le ser corps d'armée se liant étroitement au Ilo.

La concentration préalable des forces roumaines s'effectuerait également autour de Buckarest, dans l'éventualité d'une action combinée entreprise avec la Serbie et la Bulgarie contre la Turquie.

Lieutenant-colonel E. LAFARGUE,

Breveté d'état-major.

LE BUDGET DES COLONIES POUR 1907

Les crédits primitivement demandés par legouvernement pour le budget de 1907 s'élevaient à 113.281.000 francs. La commission du budget ramena ce chiffre à 109.307.239 francs, réalisant une économie de 3.974.600 francs. Le ministre actuel des Colonies revisa, de son propre mouvement, le projet de son prédécesseur et le ramena à 110.291.000 francs, réalisant ainsi environ 3 millions d'économies. La différence entre les propositions ministérielles et celles de la commission du budget ne se chiffrait plus que par un million. Dans ces conditions, il était facile de s'entendre et on comprend que la discussion du budget des colonies ait pu être menée à bien en quelques instants au cours d'une de ces séances du matin dans lesquelles la Chambre a expédié le budget de 1907.

La Chambre est revenue sur quelques-unes des réductions que le rapporteur du budget des colonies, M. Gervais, proposait de faire subir aux subventions accordées aux colonies. Il faut espérer cependant que la façon vigoureuse dont le rapporteur a appelé l'attention du gouvernement et du Parlement sur ce point ne sera pas sans avoir quelque influence. On ne peut en effet remettre à un avenir trop éloigné la réalisation complète du principe posé par la loi de finances du 13 avril 1900, principe qui tend à remettre aux colonies la charge de toutes leurs dépenses civiles et de gendarmerie. Ce principe ne fut pas inscrit à la légère dans la loi de finances et on se souvient que c'est après un rapport très étudié de M. l'inspecteur des colonies Picquié que cette résolution fut prise. Malheureusement on a cru que son inscription dans la loi suffirait et qu'il suffirait également, pour arriver à bonne fin, de s'en souvenir au moment de l'établissement du budget et de réduire mécaniquement chaque année le chiffre afférent à ces services. Ce n'est pas ainsi qu'il faut procéder, il faut prévoir, bien avant l'époque de l'établissement du budget, l'effort qu'il faudra demander aux colonies intéressées en vue de comprimer leurs dépenses ou de développer leurs ressources, sinon on ne peut songer à obtenir quelque bon résultat.

Le gouvernement métropolitain ne doit pas se borner à forcer les colonies à réduire leurs dépenses, il doit lui-même réaliser certaines réformes.

Il y a une de ces réformes qu'il devrait exécuter : ce serait de réunir la Guadeloupe et la Martinique sous une administration commune. Les frais généraux qui sont aujourd'hui répétés dans chacune des îles se trouveraient réduits considérablement. Il n'y aurait plus qu'un gouverneur, une seule cour d'appel, une seule direction des douanes, etc. L'économie atteindrait peutêtre un million de francs et l'administration de ces colonies serait de ce fait très améliorée. Tout récemment encore, M. Pichevin, qui s'est fait l'apôtre de cette réforme, donnait en sa faveur des arguments excellents. M. Gervais insiste sur l'urgence qu'il y a à organiser un gouvernement général des Antilles et il a raison.

On a déjà, à Saint-Pierre et Miquelon, réalisé une économie d'une quinzaine de mille francs en remplaçant le gouverneur de cette colonie par un fonctionnaire moins élevé en grade. On a supprimé à Tahiti les fonctions de secrétaire général, et un fonctionnaire du cadre des secrétariats généraux, ayant le titre de chef du service de l'Intérieur, l'a remplacé. Ces suppressions sont d'excellentes choses, mais il ne faut pas s'arrêter en chemin et les administrations locales des colonies, tout comme l'administration centrale, peuvent permettre de nombreuses économies.

Quoi qu'il en soit, depuis 1901, le total des subventions accordées par la métropole a diminué de 53 %. C'est un résultat, mais il a été obtenu par saccades. Une année on a réduit de 22 % les subventions, une autre année de 2 % ; cela indique qu'on a agi sans méthode et sans préparation ; il faut procéder différemment pour l'autre moitié qui reste à supprimer. Il importerait surtout, comme l'a fait remarquer M. Guieysse, que les conseils généraux connussent en temps utile les subventions qui seront mises à leur disposition afin de ne pas être obligés de remuer de fond en comble des budgets déjà établis, les budgets locaux n'étant pas dressés avec autant de retard que le budget métropolitain.

Le budget du ministère des Colonies est surtout un budget militaire. Sur un total en chiffres ronds de 110 millions, 90 millions sont absorbés par des dépenses militaires. Aussi, quelque économie qu'on réalise sur les dépenses civiles, le budget de ce qu'on peut appeler encore le Pavillon de Flore avant d'adopter une autre dénomination, le transfert rue Oudinot étant enfin décidé, est et restera très imposant. Dans ses propositions d'économies, M. Gervais n'a pas oublié les dépenses militaires et c'est même sur elles qu'il a fait porter son plus grand effort puisque sur les 3.974.600 francs qu'il

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