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Le gouvernement des Etats-Unis a depuis longtemps pour politique de ne pas se servir de sa force armée pour recouvrer les dettes contractées envers ses nationaux par d'autres gouvernements. Nous n'avons pas considéré l'emploi de la force dans un pareil but comme compatible avec le respect de la souveraineté indépendante des autres membres de la famille des nations, respect qui est le plus important principe du droit des gens et la principale protection des nations faibles contre l'oppression des nations fortes.

Il nous semble que le procédé en question est nuisible aux relations des peuples et au bien-être des États faibles et instables, dont le dévelop. pement doit être encouragé dans l'intérêt de la civilisation. Nous pensons aussi qu'il fait souvent naitre la tentation de se livrer à des actes d'oppres. sion et d'entreprendre des guerres inutiles et injustifiables. Nous regrettons que d'autres puissances, dont nous estimons hautement les opinions et l'esprit de justice, aient été parfois d'un avis opposé et se soient permis, å contre-ceur, nous le croyons, de recouvrer par la force les dettes dont il s'agit.

Il est certainement vrai que le non-payement d'une dette publique peut être accompagné de fraudes, de méfaits ou de violations de traités qui justifient l'emploi de la force. Le gouvernement des Etats-Unis serait beu. reux que l'on se livrât à ce sujet à une discussion internationale en vue d'établir une distinction entre les cas de ce genre et le simple défaut d'exécution d'un contrat conclu avec un particulier, et que l'on adoptât uge résolution en faveur de l'emploi de moyens pacifiques dans les cas de cette dernière catégorie.

On ne pense pas que ce fut à la conférence de Rio de faire cette distinction ou de prendre une résolution concernant cette règle de conduite. La plupart des pays américains sont encore débiteurs, tandis que les pays européens sont créanciers. Si la conférence de Rio avait pris la décision dont il s'agit, elle aurait donné l'impression d'une réunion de débiteurs décidant de quelle façon leurs créanciers doivent agir, et cela n'inspirerait pas le respect. Le procédé que l'on doit adopter est indiqué par les termes du programme qui propose de soumettre la question à l'examen de la deuxième conférence de la Haye, où les créanciers et les débiteurs seront les uns et les autres réunis.

La flotte américaine.

Le président demande que, sans augmenter la flotte, on la maintienne dans son état actuel en remplaçant les navires surannés et usés par de nouveaux navires de bonne qualité, valant ceux de n'importe quelle autre marine.

Si nous suspendions pendant une année la construction des navires, notre flotte reculerait pendant cette année-là au lieu d'avancer.

Les anciens monitors à double tourelle ne sont plus d'aucune utilite, et on a dépensé de l'argent en pure perte en construisant les monitors modernes à une seule tourelle. Tous ces navires devraient être remplacés par d'autres, et nous devrions construire chaque année au moins un cuirassé d'escadre de première classe ayant les mêmes dimensions et la même vitesse que ceux que les autres nations construisent en même temps que nous et ayant un puissant armemont.

Dans l'armée comme dans la flotte, il faudra établir un principe de sélection en vertu duquel les hommes seront éliminés après un certain âge, s'ils ne sont pas capables de monter à un grade plus élevé. De cette façon, moins d'hommes arriveront aux grades supérieurs, mais ils y arriveront à un âge moins avancé.

Questions diverses.

Le président parle alors de diverses autres questions intéressant plus spécialement la politique intérieure des États-Unis et notamment les questions sociales, la réforme monétaire, le divorce, le lynchage. Il traite aussi du développement de la navigation commerciale, en insistant particulièrement sur la créalion de lignes de vapeurs vers l'Amérique du Sud, où les relations commerciales des États-Unis sont en état d'infériorité par rapport à l'Europe. Il annonce qu'il communiquera plus tard au Congrès les idées qu'il a rapportées de son voyage dans l'isthme de Panama. Il rappelle l'intervention pacificatrice des États-Unis dans le récent conflit de l'Amérique centrale. Il se préoccupe de la préservation des phoques à fourrure, et rappelant l'incident des iles Saint-Paul, où plusieurs navires japonais ont été surpris chassant le phoque dans ces îles, il dit que des représentations ont été faites à ce sujet au gouvernement du Japon et exprime la conviction que cet Etat prendra toutes les mesures possibles pour empêcher le renouvellement de ce qui s'est passé. Il déclare espérer que le projet de loi tendant à établir un tarif plus bas ou le libre-échange des produits des Philippines sera adopté. It constate que les Américains ont augmenté dans ces iles la liberté et l'ordre et y ont assuré la justice. Il dit ensuite que la nationalité américaine devrait êlre conférée aux citoyens de Porto-Rico.

Enfin le président recommande l'adoption du projet de loi tendant à interdire aux associations de recueillir des fonds pour contribuer aux dépenses d'une campagne politique.

I. – EUROPE.

France. — La Chambre des députés a consacré au budget des Affaires étrangères une partie de l'après-midi du mardi 11 décembre et le début de la matinée du mercredi 12. M. Deschanel a ouvert la discussion en exposant les grandes lignes de son rapport, que nous avons déjà analysé dans notre dernière livraison. Après avoir insisté sur les réformes que réclame l'organisation actuelle de la carrière diplomatique et consulaire, l'éminent rapporteur a fait en ces termes un rapide examen de la situation politique actuelle :

M. DESCHANEL. - Je voudrais maintenant dire quelques mots de certaines questions politiques qui préoccupent l'opinion, Crète, Macédoine,

Un certain nombre de nos collègues eussent souhaité dès longtemps que la France intervint activement pour faciliter l'union de la Crète à la Grèce.

Tous les hommes qui vivent de la vie de la pensée n'ont pas cessé de chérir la Grèce d'une tendresse filiale; elle est restée pour eux le miracle unique. Ses imprudences, ses témérités mêmes n'ont pu affaiblir dans leur âme le culte d'un passé dont nous vivons encore.

Cependant la diplomatie républicaine n'a pas cru pouvoir donner libre cours aux ambitions helléniques, de peur d'en allumer d'autres. Elle a eu le souci, et nous ne saurions l'en blâmer, de maintenir cet équilibre balkanique dont la rupture aurait pu troubler la paix, et d'entretenir de bons rapports avec ces jeunes nationalités des Balkans qui ont toujours rempli scrupuleusement leurs engagements envers nous. Enfin, elle n'est pas seule juge de la solution à intervenir, et elle doit tenir compte du sentiment des autres puissances,

Aussi s'est-elle attachée à maintenir l'accord entre les quatre puissances auxquelles a été confié le sort de la Crète et à faire aboutir, grâce à cet accord, les réformes sapr lesquelles les aspirations du peuple crétois ne sauraient se réaliser.

Le roi de Grèce, en nommant haut commissaire, après le départ du prince Georges, M. Zaimis, a fait le meilleur des choix. Vous connaissez les services, l'autorité, l'esprit judicieux et pondéré de cet homme d'Etat. Nous devons espérer que, sous sa direction, l'ile, si longtemps agitée, entrera dans la voie de l'ordre et du progrès pacifique (Très bien! très bien!). et nous devons tendre à réaliser avec lui et par lui les réformes visées dans la note collective du mois de juillet.

En Macédoine, vous vous rappelez comment la commission financière instituée après la démonstration de Lemnos a été amenée à demander des ressources extraordinaires et comment la Porte a proposé de porter ses droits de douane de 8 à 11 % ad valorem.

La France, comme l'Autriche et la Russie, a exigé des garanties sérieuses pour l'affectation réelle du produit de la surtaxe douanière aux besoins de la Macédoine; l'accord vous sera soumis.

Lorsque la réforme militaire et la réforme financière seront réglées, il y aura lieu d'aborder les autres questions inscrites au programme de Vürzsteg et notamment la réforme judiciaire. Nous ne devons cesser de fortifier le régime international, le contrôle européen, afin de mettre un peu d'ordre dans cette mêlée confuse de races et d'empêcher une confla. gration qui pourrait s'étendre de proche en proche.

Nous ne devons à aucun prix retomber dans les horreurs et les hontes de l'Arménie. (Très bien ! très bien !)

Au Maroc, après comme avant la Conférence d'Algésiras, notre politique est déterminée par la nature même des choses, par notre situation de puissance voisine, par la prédominance de nos intérêts économiques dans l'Empire chérifien, par les conventions particulières que la Francea signées avec le Makhzen pour le règlement des affaires communes aux deux pays.

L'Acte d’Algésiras y a ajouté les attributions et les droits qu'il nous a donnés dans l'organisation de la police et de la banque ; nous pouvons donc collaborer sincèrement à l'euvre des réformes, tout en poursuivant le développement de nos intérêts propres. La conclusion du débat de jeudi me parait être que, si la France est résolue à exercer tous les droits que lui confère l'Acte d'Algésiras, elle est bien résolue aussi à ne se point laisser entrainer au delà des limites que pous nous sommes fixées (Applaudissements), car le souci de notre politique générale doit dominer toutes les considérations particulières.

Messieurs, la Conférence d'Algésiras a fait apparaître nettement la situation respective des puissances.

La Russie nous a y fidèlement soutenus. Nous avons été heureux d'entendre M. le ministre des Affaires étrangères affirmer la continuité de la politique française, la permanence de notre alliance et de nos amitiés. Souhaitons que le traité d'alliance, après la longue déviation asiatique qui en avait modifié la nature et qui en avait éloigné nos alliés du théâtre de nos intérêts, reprenne la forme discrète et sobre que lui avaient donné ses auteurs : instrument européen de préservation et de paix, offrant aux deux nations des avantages égaux. (Très bien ! très bien !)

L'Angleterre, en se rapprochant de la France – et il n'a pas dépendu d'elle que le rapprochement se fit beaucoup plus tôt et à de bien meil

l'Angleterre, en venant à nous, n'a fait qu'obéir aux principes invariables de sa politique traditionnelle, politique de raison et de prévoyance, puisqu'elle a pour effet de garantir, par la balance des forces, la liberté de l'Europe.

Nous avions perdu beaucoup de temps de ce côté, et l'on peut dire que la longue rivalité d'un quart de siècle entre la France et l'Angleterre, après les événements de 1870, a été un des grands contresens de l'histoire. Mais, dans la politique comme dans la nature, il est des forces qui agissent d'une façon en quelque sorte mécanique, plus puissantes que la volonté des hommes et que les passions populaires. Il n'était pas de combinaison politique plus impérieusement commandée par l'intérêt des deux peuples et par celui de la civilisation générale, que ce concert entre les deux grandes nations, qui ont le plus contribué à l'affranchissement de la pensée et de la personne humaines. (Applaudissements au centre et à gauche.)

Désormais, l'entente cordiale est, comme l'alliance russe, un des pivots inébranlables de notre politique extérieure. Et il n'est pas de tâche plus urgente pour notre diplomatie que de s'appliquer à faire disparaître les points de désaccord, les occasions de conflit, et à multiplier les points de contact et les occasions d'entente entre notre alliée, la Russie, et notre amie, l'Angleterre. (Très bien! très bien!)

L'Italie, liée à l'Angleterre par ses accords méditerranéens, liée à la France par ses conventions relatives à la Tripolitaine et au Maroc, l'Italie, si elle fait encore partie de la Triple Alliance, n'en fait plus partie de la même manière. Là aussi, la logique des choses, aidée par la sagesse des gouvernements, a mis fin à une rivalité qui n'était qu'un désastreux paradoxe historique ; et la nouvelle politique italienne a trouvé son expression à Algésiras dans l'attitude du marquis Visconti Venosta, dont la profonde expérience diplomatique a si puissamment et si babilement servi la cause du rapprochement. (Très bien ! très bien !)

L'Autriche liée à la Russie par l'accord de 1897 dans les Balkans, a toujours joué dans la Triple Alliance un rôle modérateur. Elle a exercé une action analogue à Algésiras. L'empereur François-Joseph et le comte Goluchowsky, en servant spontanément de médiateurs entre la France et l'Allemagne, en contenant leur allié et en lui rappelant les propos de M. de Bülow sur nos « légitimes désirs », en suggérant des solutions et en faci. litant l'entente, ont fait preuve de dispositions amicales en vers la France et noblement servi la cause de l'ordre européen. (Très bien! très bien!)

Nous en pouvons dire autant des Etats-Unis, auxquels nous lient de si chers et de si glorieux souvenirs, et de leur illustre président, M. Roosevelt, toujours empressé à défendre les grandes causes pacifiques. (Applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

Il n'y a rien à ajouter aux paroles émouvantes que prononçait l'autre jour M. le ministre des Affaires étrangères à l'adresse de l'Espagne et que la Chambre entière a applaudies.

Enfin, en Allemagne, M. de Bülow, en rappelant, dans son dernier discours au Reichstag, ses entretiens avec Gambetta, a rendu au patriotisme français l'hommage qu'il mérite. Mais, en ajoutant que le patriotisme allemand gagnerait à s'inspirer du notre, il s'est montré trop modeste pour son pays. C'est l'honneur, c'est la grandeur de l'Allemagne, d'être toujours restée fidèle aux grands souvenirs de son histoire, aux souvenirs de ses revers comme à ceux de ses triomphes. Si nous oublions les nôtres, elle aurait le droit de nous mépriser. Oui, il est des questions réservées entre l'Allemagne et nous. Si elles ne l'étaient pas, nous serions indignes de l'hommage que le chancelier de l'Empire vient de nous rendre. (Applaudissements. Interruptions à l'extrême gauche.)

Mais avons-nous attendu ce jour pour déclarer qu'une politique de silence affecté et de bouderie serait à la fois puérile et funeste? Et la diplomatie française avait-elle attendu les événements de ces dernières années, avaitelle attendu même la disparition de M.de Bismarck pour traiter loyalement avec Berlin les affaires qui surgissent dans le monde et qui peuvent intéresser les deux peuples ?

S'il est vrai, comme l'a déclaré M. de Bülow, que l'Allemagne ne cherche plus aujourd'hui comme au temps de Frédéric et de Bismarck, à séparer la France de l'Angleterre, nous ne cherchons pas, nous, à isoler l'Allemagne; mais nous savons ce que coûte l'isolement, nous l'avons appris à nos dépens il y a trente-six ans et il est assez naturel que nous nous trouvions bien d'une situation qui assure une alliance, des amitiés, des sympathies et que nous nous efforcions de la maintenir et de la consolider.(Applaudissements.)

La France ne menace personne. Sa politique est tournée tout entière vers les æuvres de paix. Nous sommes sortis enfin de la période de tâton

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