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« consentement des Turcs, par la route du désert. » Il est , cependant certain que M. Hans Fischer, qu'une dépêche de Tripoli à l'Agence Havas a d'ailleurs déclaré sujet allemand, conduit une sorte de pèlerinage musulman sous la protection de l'administration turque, ce qui est pour le moins assez inopportun.

Vers le même moment, le correspondant du Daily Mail à Tunis, dans une lettre datée du 10 juillet, assurait qu'un bataillon d'infanterie turque avec deux canons, sous le commandement de Redjeb Pacha, était arrivé jusqu'à Djanet, près de Ghat, à 80 milles de la frontière tripolitaine, et n'aurait rétrogradé que devant l'attitude du poste militaire français de Djanet, dont l'établissement date de l'occupation de ce point par le capitaine Touchard, en janvier 1905, au moment où le capitaine Lefebvre venait d'organiser l'Aïr, et où le lieutenant Ayasse occupait Bilma. Le correspondant anglais ajoutait que l'opinion générale à Tunis et dans toute la région était que la diplomatie allemande avait certainement sa part de responsabilité dans cette affaire.

De même que pour l'information de la Vita, un communiqué officieux de Berlin, publié par la Gazette de l'Allemagne du Nord, vint immédiatement démentir la correspondance du Daily Mail, et le lendemain, le Temps publiait la dépêche suivante destinée à remettre les choses au point :

Constantinople, 24 juillet. Je vous ai déjà indiqué les bruits relatifs à l'occupation de Djanet par les troupes turques en violation des droits reconnus à la France sur cette oasis.

M. Constans a fait une démarche auprès de la Porte pour demander des explications. Il lui a été répondu que les troupes turques ne s'étaient pas rendues à Djanet et n'avaient pas l'intention de s'y rendre.

Cette assurance formelle clôt donc cet incident qui repose sur ce fait que déjà, en janvier 1905, une telle occupation avait eu lieu.

Un officier français avait dû faire enlever le drapeau turc flottant sur l'oasis, et on croyait à une récidive en raison de la destination inconnue d'un détachement turc dans le Sahara.

Enfin, quelques jours auparavant, le 8 juillet, l'Agence Havas, faisant allusion aux craintes exprimées par divers journaux relativement aux troubles récents du Quadaï — que diverses informations tendaient à rapprocher de l'agitation musulmane de l'Afrique du Nord — avait communiqué aux journaux la note suivante d'un optimisme évidemment officieux :

Des informations coloniales, destinées à être rapprochées des nouvelles qui présentent la situation de l'Afrique du Nord comme troublée par des

mouvements d'origine panislamique, ont signalé les incidents récents survenus à Zinder et leur ont donné le caractère d'un complot ourdi contre l'occupation française.

D'après les indications que vient de transmettre M. Roume, ces faits, qui paraissent un peu exagérés, sont d'ordre local et ne se rattachent en rien aux événements qui se seraient passés dans le Ouadai.

Le gouverneur général de l'Afrique occidentale signale, en même temps, d'autres incidents dénués d'importance politique, mais qui ont néanmoins été marqués malheureusement par l'assassinat du lieutenant Fabre, à Nyamé, et le meurtre de deux gardes de cercle à Kokobitanda.

Il semble donc qu'il n'y ait pas lieu pour le moment de s'alarmer des symptômes sporadiques d'une effervescence qui parait due surtout au fanatisme religieux ; l'attention du département des colonies et la vigilance du gouvernement du général de l'Afrique occidentale sont d'ailleurs portées sur ce sujet.

En somme, on voit avec quel soin et quelle précision les diplomaties de Berlin et de Constantinople multiplient les démentis afin de rassurer l'opinion européenne justement émue de tous ces bruits; il n'est pas jusqu'à l'annonce d'une exposition internationale à Berlin où l'on ne puisse retrouver le souci de l'Allemagne de présenter sa politique comme sincèrement pacifique.

Et cependant, tous ces démentis, pour rassurants qu'ils soient, laissent subsister un doute et comme dit le proverbe : qui veut trop prouver ne prouve rien.

Quoi que l'on dise, il est certain que les nationaux allemands déploient en ce moment dans toute l'Afrique du Nord une activité extraordinaire, tant au Maroc que dans les régions où l'action de la Porte peut masquer leur initiative; ou même dans les contrées qui sont actuellement sous l'influence directe des Senoussia, lesquels, depuis quelques années, se sont nettement rattachés à la politique du khalifat de Stamboul. C'est là un fait contre lequel tous les démentis ne sauraient prévaloir.

Ce n'est pas sans raison, par exemple, que l'on a pu appeler l'attention du public sur les menées de M. de Holtzmann qui semble avoir exercé à Marrakech, depuis longtemps déjà, une propagande antifrançaise, dont la répercussion s'est propagée jusqu'au Soudan, et que l'on peut considérer comme respónsable, dans une large mesure, de l'assassinat de M. Coppolani en Mauritanie. Cette même propagande, dans ces derniers temps, parait avoir cherché, mais sans succès, à susciter un nouveau Rogui dans la personne de Moulay Hafid, le frère du sultan, gouverneur de Marrakech, auquel on a attribué l'arrièrepensée de chercher, comme cela s'est vu souvent au Maroc, à ériger son gouvernement en royaume indépendant.

Dans les villes de la côte, l'activité politique des Allemands est aussi à noter. Elle se manifeste à Tanger, où leur influence travaille à faire donner à El Mokhri, persona grata à Berlin, la succession de Mohammed Torrès, le représentant officiel du sultan, duquel peut dépendre toute la politique extérieure du Maroc. Elle se manifeste aussi dans l’Andgera, et même plus près de nous encore, à Saïdia, où les négociants allemands multiplient leurs efforts, et songeraient même, d'après les on-dit, à organiser des entreprises dans cette région du « cap de l'eau » signalée depuis si longtemps à la politique française par le bailli de Suffren.

Plus encore, il semble que toute une politique allemande tende à armer les caïds du Rif, aussi bien pour se donner visà-vis du sultan les avantages de la suppression du Rogui, contre lequel ces armements seraient dirigés, que pour faire disparaître un instrument éventuel de politique agissante entre les mains de la France.

Enfin les relations politiques de l'Allemagne avec les congrégations musulmanes de cette partie de l'Afrique dénotent également la même activité.

* * En Tripolitaine, l'action allemande semble pousser les Turcs devant elle soit jusqu'en Tunisie, soit vers Djanet vers lequel il est certain qu'une colonne s'est dirigée — malgré les démentis officieux que nous reproduisons plus haut et malgré les protestations de la Porte — pour tâcher d'enlever le drapeau français hissé à Zellouaz-Djanet, en janvier 1905.

Dans cette même Tripolitaine, la générosité de la maison Dietrich-Reimer et l'activité de M. Carl Vohsen envoient en ce moment des expéditions scientifiques qui peuvent se diriger soit vers l'Aïr, soit vers Bilma, pour observer l'occupation française dans le Sahara et pour se rendre compte des résultats de la propagande sénoussiste dans ces régions, ainsi que des rapports de cette propagande avec les agitations qui se sont multipliées sur divers points du gouvernement de l'Afrique Occidentale : au Ouadaï, au Kanem, à Zinder, comme le Temps le rappelait, à Tahoua, à Nyamé, au Moni, etc.

Enfin, on a pu annoncer également qu'une autre colonne allemande se dirigerait vers le Tibesti, qui nous appartient en vertu de la convention du 21 mars 1899. Or le Tibesti commande nos territoires du Borkou et du Ouadaï, et où, depuis longtemps, les Senoussia dirigent contre nous-mêmes, les armes à la main, la politique la plus hostile – soutenus qu'ils sont et approvisionnés par ces ports de la Cyrénaïque que Duveyrier signalait à notre attention il y a déjà vingt ans et auxquels l'activité turque récente vient d'ajouter le port de Saloum occupé en même temps que le point de Tabah, lors des incidents d'Akaba, et sur lequel, on ne sait pourquoi, l'attention publique ne s'est pas portée au même degré ni en Angleterre, ni en France.

Quant aux efforts de l'Allemagne en Egypte, appuyant ceux de la Turquie, représentée par Moukhtar pacha, efforts qui ont été sur le point d'engager le Khédive dans une action contre la domination anglaise au moment des événements d'Algésiras, nous n'en parlerons pas pour le moment. C'est là une question qui doit être traitée à part, parce qu'elle se rattache au conflit gigantesque dans lequel l'Allemagne et l'Angleterre essaient d'entraîner, chacune de son côté, plus de cent millions de musulmans. Mais on doit cependant mentionner ces efforts, afin de mieux faire comprendre l'intérêt capital que nous avons à ce que nos positions dans le Sahara, acquises par la convention du 21 mars 1899 et confirmées par l'occupation de divers postes faite par nos officiers dans le courant de ces dernières années, soient soutenues sans hésitation par l'opinion française en présence des manifestations difficilement contestables d'une activité étrangère inquiétante.

Tout recul dans ces régions aurait pour nous des conséquences énormes, et de beaucoup supérieures à l'importance spécifique du point particulier qui en serait l'occasion.

C'est pourquoi nous avons accueilli avec plaisir la nouvelle prise de possession par la France en 1904 et 1905 des points de Djanet et Bilma.

. J.-H. FRANKLIN.

LES CHEMINS DE FER AFRICAINS

AFRIQUE DU NORD ET AFRIQUE ORIENTALE

ALGÉRIE. – TUNISIE

La question des voies de communication se posa en Algérie pendant la conquête. En 1830, il n'y existait pas une seule route. On ne connaissait que les sentiers arabes, à peine assez larges pour un cavalier. Aucun secours ne pouvait et ne peut venir des fleuves pour aider aux transports. Les premières routes furent créées par l'autorité militaire. Le premier programme des chemins de fer algériens ne fut pourtant dressé officiellement qu'en 1857 par un décret rendu sur la proposition du maréchal Vaillant. Trois ans après, les travaux commençaient. En 1862, la ligne d'Alger à Blida était ouverte à l'exploitation. Successivement furent dès lors construites les lignes qui forment aujourd'hui le réseau de nos colonies méditerranéennes. · Le relief et la nature du sol commandaient le tracé des voies ferrées. Le commerce de l'Algérie est surtout un commerce dérivé de l'agriculture; il y faut joindre une industrie extractive, malheureusement trop peu développée encore. Or, la zone productrice du Tell se développe sur une bande de largeur variable qui longe la côte d’Est en Ouest 3. Bien que la mer soit une voie longitudinale excellente et qu'un cabotage développé mette en relations les villes du littoral, il importait de relier entre elles les vallées et les plaines de cette région. De là, le projet d'un chemin de fer à peu près parallèle à la côte de la frontière tunisienne à la frontière marocaine, projet agrandi après 1881 par l'extension de la ligne jusqu'à Tunis (1.590 kilomètres de la Goulette-Tunis à Tlemcen). Quelques vallées, ne s'enchaînant malheureusement pas l'une à l'autre, marquaient

i Voir les Questions Diplomatiques et Coloniales du 1er juillet 1906.

2 Pour le détail de l'établissement de notre réseau algérien, voir la remarquable étude de M. Augustin Bernard, parue dans les Queslions Diplomatiques et Coloniales, le 1er octobre 1899 (t. VIII, p. 129).

3 A. BERNARD et E. FICHEUR. Les régions naturelles de l'Algérie) Annales de Géographie, 1902).

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