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pour voiturier, & ainfi les autres: les Limousins écriroient Setembre pour Septembre, Otobre pour Octobre, Doteur pour Docteur, & Bénéditin pour Bénédictin: les Picards, ennemis de la lettre h, fe croiroient pareillement en droit d'écrire un cat, un quen, la bouque, une mouque, au lieu de chat, chien, bouche, mouche. De forte qu'il le trouveroit dans la Langue Françoise autant d'Orthographes différentes, qu'il y a de manieres différentes de prononcer selon les Provinces; ce qui feroit une bigarrure ridicule.

Mais, me dira-t-on, il n'y a que les gens du commun qui parlent de la forte. Il fe trouve dans les Provinces les plus reculées, des perfonnes qui parlent parfaitement bien, je l'avoue; néanmoins il ne s'enfuit pas de-là qu'ils doivent écrire comme ils prononcent. L'ufage général veut qu'on écrive, Paon, Faon, Laon, Août, Saone, fceau, à jeun, Euftache, œuvre, ail, &c. Cependant il faut prononcer Pan, Fan, Lan, Oût, Sône, fau, à jun, Ustache, euvre, euil &c. Il en eft de même en une infinité d'autres mots dont la prononciation eft différente de l'écriture, non-feulement chez les François, mais encore chez toutes les Nations du monde. DE L'ORTHOGRAPHE EN PARTICULIER.

DES ACCENTS.

Il s'eft introduit depuis quarante ans un fi grand abus, quant à l'ufage des Accents, que les anciennes Fontes ne peuvent plus y fuffire. On prodigue les Accents, & de-là réfulteroit une prononciation vicieuse, fi l'on donnoit aux fyllabes d'un grand nombre de mots le fon que l'Accent paroît indiquer. Il eft difficile d'éviter tant d'écueils, parce que perfonne n'ignorant que les Accents ont été inventés pour fixer la prononciation, puifqu'ils marquent l'élévation ou l'abaiffement de la voix, on devroit confidérer ces fignes comme autant de notes de Mufique. Si leur pofition induit en erreur comment la rectifier fans la connoiffance des vrais principes, qui doivent régler les diverfes inflexions de la voix, & faire prononcer les voyelles d'un ton plus foible ou plus fort ?

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DU CIRCON FLEX I.

Le Circonflexe n'étoit point autrefois en ufage: il n'a été admis dans la nouvelle Orthographe, que pour marquer les fyllabes longues qui avoient une ou une autre lettre dans l'ancienne Orthographe, & quelques autres où cet Accent ne fupplée à aucune lettre fupprimée. Ainfi l'on écrit aujourd'hui avec â, ê, ì, ô, û, les fyllabes que nos Anciens écrivoient par as, es, is, os, us, dont la prononciation eft lon gue. En voici des exemples,

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Il n'y a que ces mots & leurs femblables où le Circonflexe mérite d'avoir entrée. On écrit encore fyftême, extrê me, par la feule raifon que les e y font longs.

L'Accent Circonflexe fert auffi à diftinguer plufieurs mots dont l'Orthographe est semblable, & le fens différent. Ainfi on écrit sûr, certus, mûr, maturus, du, debuit vel debitum,& cru, fundus, avec un û Circonflexe, pour les différencier, au moins aux yeux, des mots fur, fuper, mur,. murus, cru, crevit vel credidit, & du, particule qui dénote le Génitif.

Il est encore bon de le mettre fur les pénultiemes fyllabes des premieres & fecondes perfonnes du pluriel des Prétérits des verbes, comme dans nous jouâmes, vous jouâtes; nous rendimes, vous rendites; nous reçûmes, vous reçûtes, parce que ces fyllabes font longues. C'est le fentiment & l'ufage de l'Académie, comme on peut le voir dans fon Dictionnaire au mot Aorifte.

Mais il eft abfolument inutile de mettre cet Accent fur les u à la fin de certains mots, comme dans lu, pu, vu, fu, concu, fous prétexte que ces u étoient autrefois précédés d'un e, & qu'on écrivoit leu, peu, veu, fceu, conçeu, parce que l'Accent Circonflexe n'y peut fervir de rien pour la prononcia

tion.

Il est néceffaire de s'en fervir à la troifieme perfonne du fingulier du fecond Imparfait du Subjonctif, de quelque conjugaifon que foit le verbe, ainfi on doit écrire qu'il aimât, qu'il jouit, qu'il dût, qu'il apprît, qu'il lût, & leurs femblables.

Il réfulte de ces obfervations que le Circonflexe doit être employé.

1°. Pour marquer qu'une voyelle ou fyllabe eft longue: quoiqu'on ne le mette pas fur toutes les fyllabes longues : mais feulement fur celles où il y a une lettre de retranchée à l'exception de quelques-unes en petit nombre.

2o. Pour diftinguer un mot d'avec un autre femblable par l'expreffion, & dont le fens eft différent.

Hors de ces deux cas, l'Accent Circonflexe n'eft qu'une fuperfluiré embaraffante, qui ne fert qu'à furcharger l'écri→ ture. Il eft fort peu important d'être averti par cet Accent qu'il y a une lettre de retranchée dans un un mot; mais il fera véritablement utile, lorfque fon usage fera fixé à indiquer une fyllabe longue. Il convient donc de le bannir de toutes les fyllabes breves, quelque retranchement de lettres qu'il puiffe y avoir. C'eft le plan que l'on fuivra dans ce Dictionnaire.

DE L'ACCENT GRAVE..

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L'Accent Grave n'a lieu en François que fur ces trois voyelles à, è, ù.

Sur l'à prépofition qui fe met devant l'Infinitif, ou qui marque le Datif, comme à Paris, à Pierre, à faire, &c. pour le différencier de l'a verbe auxiliaire, qui défigne un Paffé, comme il a été, il a aimé ; & de l'a qui marque le préfent, comme il y a, il a, habet, qui doit toujours être un a fimple.

L'è Grave ne doit être placé que fur les fyllabes finales dont le fon eft très-plein & très-ouvert, & qui font terminés par une s; c'eft le fentiment de Pierre Corneille, de Meffieurs de Port-Royal, & du P. Buffier. Ainfi il ne faut pas écrire par ez, comme nos Anciens, mais par és la derniere fyllabe des mots fuivants; abcès, accès, agrès, après, auprès, Cérès, Cyprès, décès, dès, excès, grès, près, procès, fuccès, & leurs femblables.

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L'u Grave n'a lieu & ne doit être admis que dans le feul mot où, adverbe, lorfqu'il peut fe tourner en Latin par la particule in, ou lorfqu'il défigne quelqu'une des queftions de lieu, ubi, unde, quò & quà: car lorfque le mot ou eft conjonction disjonctive & fignifie ou bien, qu'on exprime en Latin par vel, il faut toujours l'écrire avec un u fimple; c'eft l'ufage général.

DE L'ACCENT AIGU.

L'Accent Aigu ne doit être mis en François que fur l'e fermé ou mafculin, foit au commencement, foit au milieu foit à la fin des mots : comme dans bonté, donné, Jévérité, auftérité, réfifter, & femblables : & il remplace dans bien des mots une retranchée que l'étymologie y avoit fait conferver & qui fervoit à faire prononcer l'e fermé, comme dans étude, répondre, rétablir, chrétien, &c. que l'on écrivoit autrefois, eftude, refpondre, reftablir, chrefticn, &c.

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L'é eft ordinairement fermé & doit avoir l'Accent Aigu dans la fyllabe re, lorfqu'elle commence un mot, comme dans répondre république, & un grand nombre d'autres. Il y en a plufieurs d'exceptés, tels que rebut, rebours, rebrousfer, rebuffade, recoin, recommander, reconfioiffance, reconnoître, recourir, recevoir, (excepté ces deux dérivés, récep tion, récipient reculer, redevable, redoute, refrein, refro gner, regarder, regimber, refuge, refus, regret, relais, relent relief, relique, religion, remede remercier reTM muer, renard, René, renifler, renoncer, renom, repaire, repar tir repentir, repletion, repas, replique, repos, repréfailles reproche, requérir, requête, revanche, revêche, revivre, revers, & plufieurs autres qu'on trouvera chacun dans leur ordre alphabétique, dans le corps de cet Ouvrage, ayant été omis dans la Grammaire du P. Buffier, dont j'ai extrait ceuxci, auxquels je n'ai rien voulu ajouter, pour ne pas défigurer la remarque de cet Auteur. Dans ces mots on ne met point d'Accent Aigu fur la fyllabe re, parce que l'e eft muet ou féminin.

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Voici une bizarrerie introduite par l'ufage. L'é eft fermé dans réfugier, & il eft muet dans refuge. Il eft fermé dans rélégation, & muet dans reléguer. On dit remiffion, quoiqu'on

dife

dife remettre rétention quoiqu'on dife retenir : irrréligion & irreligieux, quoiqu'on dife religion & religieux,

&c.

Souvent un même mot a des fignifications toutes différentes, en y prononçant la fyllabe re avec l'e muet ou avec l'é fermé. Repartir avec l'e fermé fignifie diftribuer ; & repartir avec l'e muet fignifie répondre, ou partir une feconde fois. Répondre, fignifie faire une réponse, & repondre signifie pondre une feconde fois.

Quant aux noms terminés en iere, comme lumiere, premiere, & tous les autres qui ont un e muet à la derniere fyllabe, & un autre e à la pénultieme, les uns mettent un Accent Aigu é fur la pénultieme fyllabe, les autres y mettent un accent Grave è, plufieurs n'y veulent aucun Accent. La prononciation de cet e tient le milieu entre celle de l'é fermé & de l'è ouvert; de forte que nous n'avons point d'Ac-. cent qui puiffe indiquer le fon de cet e. Quoiqu'il paroiffe approcher un peu plus de l'é fermé que de l'è ouvert cependant je pense qu'il n'a befoin d'aucun Accent, parce que fa prononciation eft fuffifamment déterminée par fa pofition, un e muet ne pouvant jamais fe trouver à la fin d'un mot après un autre e muet dans la fyllabe précédente. Voyez là-deffus la Grammaire de M. Reftaut.

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L'Accent Aigu fe place encore fort bien fur la fyllabe pre, quand elle eft initiale dans un mot François dérivé d'un Latin qui commence par la prépofition præ, car alors l'é eft fermé, comme dans ceux-ci, précédent, prérogative prétexte, prebende, précaution, précepte, précipice, précis, predeftine, Prédicateur, Preface, Prefet, & plufieurs autres femblables.

Enfin l'é Aigu eft encore admis au commencement, au milieu, & à la fin de tous les mots où il fe trouve fuivi d'une voyelle, quelle qu'elle foit, pourvu qu'il n'y forme pas une diphtongue. En voici des exemples approuvés par nos Modernes.. Créateur, néanmoins, préambule, il agréa: Reel, fuppléer, créé, Leite, obéiffance, obei: Théorie, préococcupe, Théologie: Reunion, réuffir, & plufieurs autres femblables.

Enfin pour placer à propos l'Accent Aigu, il faut connoître l'e fermé par-tout où il fe rencontre, & l'oreille ne

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