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ni au milieu de plufieurs voyelles qui peuvent former une ou deux diphtongues: en voici des exemples qui m'ont choqué la vue plufieurs fois, cœ-ur, ay-ant, Roy-aume, A-oût, recu-eillir, ex-empts, & plufieurs autres femblables qu'il faut abfolument éviter.

La Division a encore lieu entre les verbes & leurs nominatifs, quand ils font tranfposés ; ce qui arrive quand il y a une interrogation après ces mots, je, tu, il, elle ; nous, vous, ils, elles, & on. Exemples, dis-je, vois-tu, croit-il eft-elle, allons-nous, irez vous, y feront-ils, viendront-elles, croit-on, &c. Mais quand les verbes fe terminent par un e muet ou par un a, on ajoute unt en faveur de la prononciation, lorfque ces verbes font fuivis des pronoms il, elle & on; & ce i fe met entre deux Divifions. Exemple penfe t-il, parle-t-elle dira-t-on ? Autrefois on mettoit une Apoftrophe après le t au lieu de la Divifion; mais ce n'eft plus l'ufage.

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Elle fe place encore fort bien après les pronoms moi, toi foi, lui, elle, nous, vous, eux & elles, lorfqu'ils font fuivis du mot même relatif. Exemples, moi-même, toi-même, Joi-même, lui-même, elle-même, nous-mêmes, vous-mêmes, eux-mêmes, elles-mêmes.

On l'admet auffi entre le mot très & l'adjectif qui le fuit immédiatement. Exemp. Très-beau, très-humble, &c. & enfin après ce mot jufques, & plufieurs autres lorsqu'ils font fuivis de la particule démonstrative là. Exemples, jusques-là, celui-là, celle-là, &c.

Les confonnes qui fe peuvent joindre enfemble au commencement d'un mot, fe doivent auffi joindre au milieu fans les séparer. C'est le fentiment de MM. de Port-Royal; & Ramus prétend que de faire autrement c'eft commettre un barbarifme. Suivant cette regle, on doit divifer Dodeur, fcri-pfi, Pa-fleur, pro-fpérer, &c. parce qu'il y a des mots qui commencent par les mêmes confonnes divisées, tels que Ctesiphon, Pfittacus, fto, fpes, &c.

Il ne me refte plus à faire fur la Divifion, qu'une feule obfervation qui ne regarde que les Imprimeurs, qui divifent quelquefois deux lettres d'un mot qui finit une ligne, pour les porter au commencement d'une autre. Exemp. Temerité, cel-le, & semblables, ce qu'on doit éviter par deux rai

fons; la premiere, parce que la Divifion n'eft point agréable aux yeux des Lecteurs; vérité dont étoit fi perfuadé M. de Tillemont, qu'il ne la fouffroit dans fes oeuvres que trèsrarement; la feconde raifon eft que la Divifion tient la place d'une lettre, & qu'il faut que la ligne foit bien ferrée s'il n'y a pas de place pour l'autre, auquel cas il vaut mieux efpacer les mots, & porter deux fyllabes au commencement de la ligne fuivante, comme témé-rité, ou même le mot tout entier, s'il eft court, comme celle.

DES LETTRES EN GÉNÉRA L.

DES CAPITALES.

On ne doit mettre de Lettres Capitales ou Majufcules que dans les titres & au commencement des mots les plus confidérables, tels que font les noms, propres d'hommes ou de lieux, & les adjectifs qui s'en forment, comme Mofaïque de Moyfe, Romain de Rome, &c.

Les noms des Arts, des Dignités, & des Fêtes méritent encore d'avoir une Capitale; ainfi il faut en mettre à ces mots; Rhétorique, Rhetoricien, Imprimerie, Imprimeur, Evêché, Evêque Noël, Pâque, Dimanche, &c. Mais il y a deux défauts à éviter, le premier eft d'en mettre trop, fans aucune raifon légitime; le fecond eft de n'en mettre pas affez, comme on peut le remarquer dans l'Hiftoire Eccléfiaftique de M. Fleury, qui en refufe aux mots Pape, Patriarche, Archevêque, Evêque, Empereur, Roi, Prince, &c. qui certainement en méritent.

On doit encore mettre une Capitale au commencement de chaque phrase, & de chaque vers, foit en François, foit en Latin. Remarquez auffi qu'on ne doit pas donner de Capitale à des Adjectifs, fans en donner aux Subftantifs avec lefquels ils s'accordent. Par exemple, il ne faut pas écrire la foi Catholique avec une petite ƒ & un grand C: car l'Adjectif n'étant pas plus noble que fon Subftantif, il ne mérite pas qu'on lui donne une Capitale, fi fon fubftantif n'en

a pas.

DE

DE LA LETTRE Å.

Ayant déja parlé de la lettre A à l'article des Accents, il ne me refte rien à dire ici, fi ce n'eft qu'on l'emploie fouvant mal-à-propos au lieu de la lettre E, & qu'il faut abfolument avoir recours à l'étymologie des mots, pour ne pas tomber dans cette faute, comme je le prouverai ci-après à la lettre E.

Quand la lettre A entre dans la compofition d'un mot comme prépofition, elle fait ordinairement doubler la lettre initiale du fimple, comme on en peut juger par ces mots, accoucher, affamer, alléger, annotation, appaifer, arranger affocier & attirer; parce qu'ils font composés de la prépofifition à & des mots coucher, faim, léger, note, paix, rang, fociété & tirer. Il faut cependant excepter de cette regte les composés, dont le fimple commence par un d, une m& un confonne, que l'ufage ne permet plus de doubler. Tels. font les mots adoucir, amener, avilir, &c. dont les fimples font doux, mener, vil, & autres femblables. Voyez ma Remarque fur le mot abat-vent.

DE LA LETTRE B

Par exemple, fi l'on retranchoit la lettre b du mot Plomb, où elle ne fonne pas, on n'y trouveroit plus de rapport avec le Latin plumbum dont il dérive, ni avec plomber, plombier, plomberie, qui en font les composés.

Mais, me dira-t-on, il y a quantité d'Auteurs qui doublent cette lettre dans les mots abbattre, abbaiffer, abbréger abboyer, & femblables: quelle en eft la raison? La voici encore une fois.

Les mots abattre, abaiffer, & quelques autres, font composés des mots dont la lettre initiale eft un B, battre, baiffer, devant lefquels on ajoute la prépofition à. Or, felon quelques-uns, l'ufage veut qu'on double, fans diftinction, la lettre initiale du fimple pour en faire le compofé, comme on peut le remarquer en ces mots : Accompagner, affa mer, aggrandir, alléger, annuller, appefantir, arranger, affu jettir, attirer, &c. qui font composés de la prépofition a, &

d

des mots compagnie, faim, grandeur, légéreté, nullité, pefan teur, rang, fujet, tirer, &c. Ainfi il faut convenir qu'on peut mettre deux bb dans les mots abbattre, abbaiffer, quoique cette regle ne foit pas généralement reçue. C'eft à l'ufage qu'il appartient de décider. Pour ce qui eft du double bb, voyez ma remarque fur le mot abat-vent.

Par la même raison on écrivoit autrefois, comme on le voit encore dans quelques Dictionnaires modernes, addonaddoucir, addreffer, avec deux dd; mais l'ufage n'en veut plus qu'un.

Ter

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Pour ce qui eft des mots abbréger, abboyer, & leurs femblables, il y en a qui y mettent deux bb, parce que ces mots tirent leur étymologie du Latin, abbreviare, & de l'Italien abbaiare, où il y en a deux; mais le plus grand ufage adopté par l'Académie, eft de les ecrire avec un feul b. Il y en a d'autres qui écrivent obmettre, obmiffion, avec un b: c'eft une faute inexcufable, parce que ces mots viennent du verbe omittere, qu'on trouve fans b chez les meilleurs Auteurs Latins, faute, dis-je, dans laquelle on ne tomberoit pas, fi l'on faifoit en écrivant, quelque attention à l'étymologie des mots.

DE LA LETTRE C.

Il en eft de même de la lettre C que Richelet ofe retrancher des mots où la raifon & l'ufage l'ont admis double d'accumulare, comme en ceux-ci, accumuler, qui vient accompagner, accoucher, & femblables, fuivant l'exemple que nous en donnent les Latins, qui le doublent dans les mots: Accommodare, accrefcere, accubare, accurrere, &c. parce qu'ils font composés de commodare, crefcere, cubare currere, &c.

On doit toujours mettre un c à queue ou avec une cédille devant l'a, l'o & l'u, quand il y emprunte le fon de l' rude, comme en ces mots, il plaça, façon; conçu, pour empêcher qu'on ne prononce en ces mots ca, co, cu, comme en ceux-ci cacher, colere, curateur : mais il faut obferver qu'on ne doit jamais placer le c à queue devant l'e & l'i, parce qu'il y conferve toujours le même fon.

Il faut auffi remarquer que ces deux lettres c & g ont un

fi grand rapport enfemble, qu'on les met fouvent l'une à la place de l'autre, comme en ces mots: Cigogne, églogue, glas, & femblables, qu'on devroit écrire avec un c, parce qu'ils nous viennent des Latins ciconia, ecloga, clades, &c. mais il faut fuivre l'ufage. La raifon du rapport que le c & le g ont entr'eux, eft que ces deux lettres ont pour la prononciation le même organe, favoir, le palais de la bouche. La lettre c fe confond encore très-fouvent avec le t devant un i pour les diftinguer, il faut néceffairement avoir recours à l'étymologie des mots : & ainfi l'on connoîtra aisément qu'on doit écrire audacieux, non pas audatieux ; délicieux, non pas délitieux; & negociant, plutôt que negotiant, parce que ces mots dévivent d'audace, délice & négoce, qu'on ne fauroit écrire qu'avec un c

:

Par la même raifon, on doit écrire avec un c les composés & dérivés des mots qui fe terminent en ance ou ence. Exemp. Audiencier, confidenciaire, confciencieux, Licencié licencieux, pénitenciaux, Pénitencier, &c. Voyez les obfervations que j'ai faites fur chacun de ces mots dans leur ordre alphabétique.

&

Nos Anciens plus foigneux que nous de conferver l'étymologie des mots, écrivoient avec un , conflict, délié, contract, defunct, diftraict, effect, faint, trait, lick, toit, ainfi les autres qui dérivent des Latins: mais ce n'eft plus du-tout l'ufage; on en a abfolument retranché le c, auffibien que des mots pacquet, abecquer, & femblables, où il eft inutile. Richelet & les partisans le retranchent auffi des mots acquérir & fceller; mais ils ne font pas approuvés. Enfin il y en a qui l'ôtent encore du féminin Grecque, où d'autres foutiennent qu'il doit être admis C'eft à l'ufage à décider: voyez ci-après mon fentiment aux Adjectifs.

On emploie auffi le e pour qu dans les mots dérivés de ceux en ique ou en quer comme ceux-ci Africain, Americain, Républicain, praticable, communicable, &c. en quoi l'on fuit l'Orthographe Latine dont ils tirent leur origine

DE LA LETTRE D..

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Quand le D fe trouve à la fin d'un mot fuivi d'un autre qui commence par une voyelle ou une h fans afpiration,

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