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linople, et par là purifiées des traces de la conquête grecque et romaine, elles participė– rent ensemble à cette restauration de l'Orient qu'opéra l'invasion soudaine des Arabes de Mahomet. Cette invasion contribua, si l'on nous permet une expression nouvelle , à les homogénéiser davantage. Séparées par le schisme même qui éclata dans l’Islamisme, elles furent réunies

par Saladin. Après les Croisades, des Mamlouks, auxquels elles étaient échues, elles passèrent aux Ottomans, dont, à la même heure, elles portèrent et essayèrent de secouer le joug; jusqu'à ce que l'expédition française traçât un glorieux sillon de la base des Pyramides au pied du Thabor, et préparât leur régénération commune.

Dès lors il eût été facile de prévoir que celle de ces deux provinces qui, la première, prendrait de la force et de la consistance, chercherait immédiatement à se rattacher l'autre. Et en effet, à peine Méhémed-Ali futil maitre du Caire, d'Alexandrie et de Djedda, il tourna les yeux vers la Syrie. Cette nouvelle conquête lui importait, soit comme protection militaire, soit comme complément de la puissance qu'il fondait aux bords du Nil, de la Méditerranée et de la mer Rouge. Chose remarquable : vingt-trois années avant l'extirpation de la dynastie des Mamlouks d’Égypte, un de leurs soudans vainquit les Turcs à Payas, aux bords du golfe d'Alexandrette, et s'empara d’Adana; injure que le sultan Selim vengea dans le Caire même! Or, quand Méhémed-Ali eut achevé sur les Mamlouks l'euvre de Sélim, ce fut pour recommencer sur la Syrie les prétentions des Mamlouks; et, à son tour, il ne s'arrêta qu'à Adana, après avoir porté plus loin ses armes victorieuses. Cependant, pour réaliser ses vues, il avait besoin d'une occasion, et cette occasion naquit pour lui de la situation politique de la Syrie, telle que la faisaient nécessairement la nature de la contrée et le génie des habitans.

Rien n'est plus facile à se retracer que le dessin général de la Syrie (1). Prise en masse, on dirait l'Arabie même, laissant derrière elle le désert pour se continuer avec un progrès en fertilité entre l’Euphrate à l'Est, la Méditerranée à l'Ouest, et la chaine du Taurus au

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(1) Le nom de Syrie est inconnu aux habitans de cette proyince, qui l'appellent Barr-el-Cham, ou simplement ElCham. Ses produits consistent en blé, orge, seigle, riz, mais, dourah , coton , soie, huile , vin, tabac; l'indigo et la canne à sucre y croissent facilement, et la pistache, la datte , la bapune s'y ajoutent à tous les fruits de l'Europe.

Nord. Depuis cette chaine jusqu'aux frontières méridionales, une longue région de montagnes court parallèlement à la mer, ici se rapproche, là s'éloigne du rivage, projette à droite et à gauche ses ramifications, se laisse croiser en sens divers par de nombreuses vallées, et abaisse ses deux versans en plaines. Célèbre par la douceur de sa température, par les productions variées de son territoire et par cet antique commerce dont Tyr et Palmyre furent, sur la mer et les sables, les deux ports fameux, la Syrie est toujours le jardin et le bazar de l'Arabie. Le fond de la population sédentaire est arabe, quoique mêlée de Juifs, de Grecs et de Turcs : c'est encore à cette race qu'appartiennent, en majorité, les tribus errantes dans l'intérieur ou sur la lisière du Telle , à une première vue, apparaît la Syrie.

Examinée de plus près, elle se divise en trois zones , septentrionale, moyenne, meridionale. La première, de l'Euphrate au golfe d'Alexandrette, suit les racines du Taurus (1), s'abaisse, à l'Ouest, avec l'un de ses rameaux, l’Amanus (2), jusqu'à l'embouchure de l'O

pays cultivé.

(1) Djebel-el-Kourin est l'un des noms que lui donnent les habitans.

(2) Alma-dagh. Ce nom est turc.

ronte, et comprend, à l'Est, le plateau d'Alep, que sépare de la plaine d'Antioche un second rameau du Taurus. Cette zone, où sont situées Antioche, Alep, Alexandrette, Aïntab, etc., a reçu les colonies nomades des Kurdes et des Turcomans. C'est

par elle que la Syrie dépend de l'Anatolie, bien que les sommets et les gorges du Taurus l’en isolent par une muraille et des portes d'un accès difficile. La seconde, à partir du pic dominant la rive gauche de l'Oronte, que les anciens appelaient le mont Casius (1), se continue sous le nom du Liban (2) et de l’Anti-Liban, embrasse le littoral qui fut la Phénicie, la magnifique vallée qui fut la Célésyrie, le bassin de l’Oronte, et se termine, d'une part, au pied du Carmel (3), de l'autre dans la plaine immense de Damas. Cette zone centrale est le cour de la Syrie. C'est là que se nouent et atteignent à leurs points culminans les chaînes diverses venant du Nord et du Sud; de là s'écoulent, dans des directions opposées, les deux grands cours d'eau de la contrée, l'Oronte et le Jourdain. Là se sont pressées, comme en un lieu d'asile,

(1) Les Arabes l'appellent Djebel-el- Akra.
(2) EL- Lebnen.
(3) C'est le même nom en arabe.

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les populations les plus différentes par leurs croyances et leurs mæurs, Druses, Métualis, Maronites, Ansaries, etc. Ses gloires, passées ou présentes, sont Tyr, Sidon, Bâlbek, Palmyre, Damas, Acre. La troisième commence au Carmel, cap avancé, sur la Méditerranée, de cette longue montagne dont le Sinaï, aux bords de la mer Rouge, est le point de départ méridional, et qui porte sur ses crêtes Jérusalem et Naplouse, avec les restes mêmes de leur population juive et samaritaine : à gauche, elle finit aux frontières de l’Egypte avec la plaine que baigne la mer; à droite, , elle se prolonge avec une large bande montågneuse, le lit du Jourdain et le désert, vers des limites indécises. Par cette zone, la Syrie fait corps avec l'Arabie et se rattache à l'Égypte, dont elle n'est séparée que par un dé, sert de quelques journées de marche. Jetė entre ces deux provinces comme un pont, l'isthme de Soueys (1) a favorisé de l'une à l'autre la réciprocité des envahissemens. De ces trois zones principales qu'on discerne dans la Syrie, chacune parvint tour à tour à un

(3) Soueys reod mieux que Suez le nom donné dans le pays.

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