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du siècle, elle a rejeté une rédemption qui, loin de flatter son orgueil et ses passions charnelles , devait au contraire la délivrer de son orgueil et de ses passions. Voilà ce qui a fermé les ceurs à la vérité, voilà ce qui a éteint la foi, voilà ce qui a fait que la lumière luisant au milieu des ténèbres, les ténèbres ne l'ont point comprise. La réprobation de ce peuple a-t-elle anéanti les promesses ? A Dieu ne plaise ! La main du toutpuissant se plaît à montrer qu'elle est jalouse de ne devoir ses oeuvres qu’à elle-même ; elle rejette ce qui est , pour appeler ce qui n'est pas. Le peuple qui n'était pas même peuple, c'est-à-dire les nations dispersées qui n'avaient jamais fait un corps ni d’état ni de religion, ces nations qui vivaient enfoncées dans une brutale idolàtrie, s'assemblent, et sont tout-à-coup un peuple bien aimé. Cependant les Juifs privés de la science de Dieu jusqu'alors héréditaire parmi eux, enrichissent de leurs dépouilles toutes les nations. Ainsi Dieu transporte le don de la foi selon son bon plaisir et selon le profond mystère de sa volonté.

Ce qui a fait la réprobation des Juifs, (prononçons ici, mes frères, notre jugement, pour prévenir celui de Dieu) ce qui a fait leur réprobation, ne doit-il pas faire la nôtre ? Ce peuple, quand Dieu l'a foudroyé, était-il plus attaché à la terre que que celui

nous, plus enfoncé dans la chair, plus enivré de ses passions mondaines, plus aveuglé par sa présomption, plus rempli de luiinême, plus vide de l'amour de Dieu ? Non, non, ines frères; ses iniquités n'étaient point encore montées jusqu'à la mesure des nôtres. Le crime de crucifier de nouveau JesusChrist, mais Jesus-Christ connu, mais Jesus-Christ goûté, mais Jesus-Christ régnant parmi nous; le crime de fouler aux pieds volontairement notre unique hostie de propitiation et le sang de l'alliance, n'est-il pas plus énorme et plus irrémissible de répandre ce sang, comme les Juifs sans le connaître ?

Ce peuple est-il le seul que Dieu a frappé ! Hâtons-nous de descendre aux exemples de la loi nouvelle; ils sont encore plus effrayans. Jettez, mes frères, des yeux baignés de larmes sur ces vastes régions d'où la foi s'est levée sur nos têtes, comme le soleil. Que sont-elles devenues ces fameuses églises d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem, de Constantinople, qui en avaient d'innombrables sous elles ? C'est là que pendant tant de siècles les conciles assemblés ont étouffé les plus noires erreurs; et prononcé ces oracles qui vivront éternellement: c'est là que régnait avec majesté la sainte discipline, modèle après lequel nous soupirons en vain. Cette terre était arrosée du

y a lancée.

sang des martyrs; elle exhalait le parfum des vierges; le désert méme fleurissait par ses solitaires , mais tout est ravagé sur ces montagnes découlantes de lait et de miel, où paissaient sans crainte les troupeaux d'Israël, Là maintenant sont les cavernes inaccessibles des serpens et des basilics.

Que reste-t-il sur les côtes d'Afrique, où les assemblées d'évèques étaient aussi nombreuses que les conciles universels , et où la loi de Dieu attendait son explication de la bouche d'Augustin ? Je ne vois plus qu'une terre encore fumante de la foudre que Dieu

Mais quelle terrible parole de retranchement Dieu n'a-t-il pas fait entendre sur la terre dans le siècle passé ! L'Angleterre rompant le sacré lien de l'unité, qui peut seul retenir les esprits, s'est livrée à toutes les visions de son coeur. Une partie des Paysbas, l'Allemagne, le Danemack, la Suède, sont autant de rameaux que le glaive vengeur a retranchés, et qui ne tiennent plus à l'ancienne tige.

L'église , il est vrai , répare ces pertes : de nouveaux enfans qui lui naissent au-delà des mers, essuient ses larmes pour ceux qu'elle a perdus. Mais l'église a des promesses d'éternité; et nous, qu'avons-nous mes frères, sinon des menaces qui nous montrent à chaque pas l'abime ouvert sous nos pieds ? Le Neuve de la grace ne tarit jamais, il est vrai; mais souvent pour arroser de nouvelles terres il détourne son cours, et ne laisse dans l'ancien canal que des sables arides. La fui ne s'éteindra point, je l'avoue ; mais elle n'est attachée à aucun des lieux qu'elle éclaire; elle laisse derrière elle une affreuse nuit à ceux qui ont méprisé le jour, et elle porte ses rayons à des yeux plus pars.

Que ferait plus long-temps la foi chez des peuples corrompus jusqu'à la racine, qui ne portent le nom de fidèles que pour le llétir et le profaner ? Lâches et indignes chrétiens, par vous le christianisme est avili et méconnu; par vous le nom de Dieu est blasphémé chez les gentils; vous n'êtes plus qu'une pierre de scandale à la porte de la maison de Dieu , pour faire tomber ceux qui у

viennent chercher Jesus-Christ.

Mais qui pourra remédier aux maux de nos églises, et relever la vérité qui est foulée aux pieds dans les places publiques ? L'orgueil a rompu ses digues et inondé la terre : toutes les conditions sont confondues ; le faste s'appelle politesse, la plus folle vanité une bienséance; les insensés entrainent les sages et les rendent seinblables à eux ; la mode , si ruineuse par son inconstance et par ses excès capricieux, est une loi tyrannique à laquelle on sacrifie toutes les autres; le dernier devoir est celui de payer ses dettes. Les prédicateurs n'esert ples nazarcer les

pauvres à la vue d'une forte cerers dont les clameurs montent maa ciel. Ainsi la justice fait taire la carte rats la justice elle-mėme n'est plus écoce. P.. que de modérer les dépenses supenes, sa refuse cruellement le nécessaire a ses ennciers. La simplicité, la modestie. Le lité, la probité exacte de nos pres, i ingénuité, leur pudeur, passent per des vertus rigides et austères d'un ten; s t? grossier. Sous préteste de se gelir, on seit amolli pour la volupté et endurci contre la vertu et contre l'honneur. On invente care jour à l'infini de nouvelles nécessites pees autoriser les passions les plus ctiecses. Ce qui était d'un faste scandaleux dans les conditions les plus élevées, il y a quarante ans, est devenu une bienséance pour les para diocres. Détestable raffinement de nos cers! monstre de nos meurs ! La misère et le luxe augmentent comme de concert: on est prodigue de son bien, et aside de celui d'antrui; le premier pas de la fortune est de se ruiner. Qui pourrait supporter les ties kule teurs que l'orgueil affecte, et les bassesses infames que l'intérét fait faire ? On ne connait plus d'autre prudence que la dissimr:lation, plus de règle des amities que Hintézét, plus de bienfaits qui puissent attacher à une personne dès qu'on la trouve ou inutile ou

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