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le christianisme de plus pur et de plus ancien que les actes des apôtres et que les épîtres de saint Paul ?

On se récrie que ces premiers chrétiens étaient des saints. J'en conviens. Le terme de saints signifie des hommes séparés des pécheurs : en ce sens, tous les justes sont saints, puisqu'ils sont séparés par la grace sanctifiante de tous les ennemis de Dieu. Mais sans vouloir égaler les chrétiens de ces derniers siècles à ceux de l'église naissante, je ne puis m'empêcher de remarquer que les apôtres qui donnent au fidèles de leur temps le nom de saints, les reprennent en même - temps sur beaucoup de céfauts, comme la jalousie , les partialités, les dissentions. On voit des ouvriers évangéliques, comme Démas, abandonner le travail du ministère par l'amour du siècle. On n'a qu'à lire saint Cyprien, pour reconnaître que les fidèles tombés dans un grand relàchement et dans beaucoup de désordres grossiers , avajent besoin que les persécutions réveillassent leur foi (1). Une longue paix, dit ce père, avait corrompu la discipline de latradition; la correction céleste a relevé la foi abattue , et pour ainsi dire endormie.... Chacun s'appliquait à augmenter son patrimoine, et oubliant ce que les fidèles

(1) De lapsis , paulò post initium.

avaient fait du temps des apôtres et qu'ils devraient faire en tout temps, ne s'attachaient qu'à entasser des richesses par une avidité insatiable. Il n'y avait plus de zèle de religion dans les pasteurs, ni de foi saine dans les ministres de l'autel , ni de compassion pour les bonnes auvres, ni de discipline pour les bonnes moeurs. Les hommes paraissaient avoir changé leur barbe, et les femmes se fardaient. On déguisait l'ouvrage de Dicú': on peignait les cheveux. On usait d'artifice pour tromper les simples : on surprenait ses frères par des tours de mauvaise foi. On se mariait avec des infidèles, et on prostituait aux idolatres les membres de Jesus-Christ. On fesait des sermens téméraires et des parjures : on méprisait par arrogance les supérieurs : on se déchirait mutuellement par une médisance empoisonnée. Ils sont dans des animosités implacables. Un grand nombre d'évêques qui auraient dii soutenir les peuples par leurs exemples et par leurs exhortations, ont méprisé le ministère que Dieu leur confie ; ils se sont chargés des emplois mondains; ils ont abandonnec' leurs chaires et leurs troupeaux , pour errer dans les pays étrangers, et pour y trafiquer dans les foires comme des marchands. On n'a point se

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couru dans l'église les frères manquant de pain , parce qu'on voulait amasser des trésors. On cherchait des chicanes et des fraudes pour usurper les terres d'autrui ;

s'enrichissait par des usures énormes... Aux premières menaces de l'ennemi , le plus grand nombre des frères a trahi sa foi. Ils n'ont point été entrainés par le torrent de la persécution ; mais ils se sont renversés eux-mêmes par une chûte volontaire. On n'a qu'à lire ce que saint Augustin dit aux catéchumènes afin de les préparer , pour voir au nombre des chrétiens un grand nombre d'hommes très-reláchés.

Il va jusqu'à dire qu'il faut être bon pour pouvoir découvrir les bons chrétiens au-dedans de l'église (1). Enfin il n'est pas permis d'oublier que les fidèles de Corinthe montraient des imperfections grossières jusques

dans le festin sacré. De là vient que saint Paul se récrie (2) : Ce n'est plus manger la cène du Seigneur... Méprisezvous l'église de Dieu ?... Vous en loueraije ? Non je ne vous en loue point... C'est pourquoi plusieurs parmi vous sont malades , languissent et s'endorment. Les justes des premiers siècles, et même ceux qui étaient conduits bar los apetics d’étaient

(1) De Catec, rudibus.
(2) 1. Cor. 11, V. 20, 22, 30.

donc

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donc pas exempts d'imperfections. Ils étaient néanmoins tous assidument tous les jours... rompant le pain, etc. Nos justes de ces , derniers temps peuvent donc à leur exemple être assidus tous les jours à rompre le pain, pourvu qu'ils soient humbles et dociles pour travailler à se corriger de leurs imperfections.

II. Les canons qu'on a attribués aux apôtres sont sans doute d'une grande antiquité, et contiennent la discipline commune des premiers temps. Le neuvième canon veut que si un clerc, après avoir fait l'oblation avec les autres, ne communie pas, il en dise la raison, afin qu'on l'excuse si elle est bonne; et que

s'il ne la dit

pas ,

il soit exclus de la communion, comme ayant scandalisé le peuple.

Ainsi c'était dans ces premiers temps un scandale, qu'un clerc offrit sans communier; et c'est ce qui était puni par une privation du sacrement.

Le dixième canon dit que tous les fidèles qui entrent dans l'église, qui écoutent les écritures, qui ne continuent pas à demeurer pour l'oraison, et qui ne communient pas, soient privés de la communion, c'est-à-dire, excommuniés, parce qu'ils causent du trouble, ou scandale, dans l'église.

Ainsi, vous le voyez, le scandale de voir un clerc ou un fidèle assister à l'oblation sans Tome XII.

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y participer, était si grand, qu'on excommuniait l'un et l'autre. On peut juger par-là combien il était rare et extraordinaire que quelque fidèle assistât aux divins mystères sans communier, et qu'en ce cas il devait lever le scandale, en expliquant les raisons qui l'éloignaient de la communion.

III. Si on veut suivre l'antiquité, on doit au moins écouter saint Justin , martyr, et presque contemporain des apôtres. Après que celui qui préside, dit-il (1), a achevé l'action de graces, et que tout le peuple s'est uni à lui avec joie pour confirmer par ses prières tout ce qui a été fait , ceux qui sont nommés par nous diacres et ministres, distribuent à chacun de ceux qui sont présens, le pain, le vin et l'eau qui ont servi de matière à l'action de graces, afin que chacun y participe. Nous donnons à cet aliment le nom d'eucharistie, et il n'est permis à aucun autre d'y participer.... Nous ne prenons point ceci comme un pain, comme un breuvage ordinaire.

Mais, comme Jesus Notre-Seigneur, devenu chair par la parole de Dieu, a pris pour l'amour de nous la chair et le

sang de l'humanité, de même nous avons appris que cet aliment sur lequel se font les actions de graces par les prières du verbe,

(1) Apol, 2,

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