Images de page
PDF
ePub
[ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors][subsumed]

disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est pas en nous... (1) Si nous disons que nous n'avons point de péché, nous faisons Dieu menteur, et la vérité n'est point en nous. Un autre apôtre nous crie (2): Nous faisons tous beaucoup de fautes.

Il faut donc s'accoutumer à voir des fidèles qui commettent des péchés véniels, malgré leur desir sincère de n'en commettre aucun, et qui néanmoins communient avec fruit tous les jours. Il ne faut pas tellement être choqué de leurs imperfections que Dieu leur laisse pour les humilier, qu'on ne fasse aussi attention aux fautes plus grossières et plus dangereuses dont ce remède quotidien les préserve. Encore une fois, nous voyons que les chrétiens des premiers siècles, qui cominuniaient tous les jours, étaient encore dans des imperfections notables. Veut-on condamner leurs communions quotidiennes, et corriger l'église primitive qui les autorisait sans ignorer ces imperfections notoires ? De plus, nous ne voyons pas que ces anciens fidèles se confessassent régulièrement de ces fautes quotidiennes, au lieu que les justes de notre temps s'en confessent souvent pour se purifier avant la communion. Enfin, les chré

(1) 1 Joan. c, I. (2) Jac. c. 2.

tiens de l'antiquité communiaient dans leurs maisons et de leurs propres mains pendant les persécutions, plutôt que de ne coinmunier pas tous les jours. Ces derniers temps ne sont pas moins périlleux. La persécution est d'autant plus dangereuse , qu'elle est déguisée sous une apparence de paix , et que le tentateur nous séduit par le venin de l'orgueil et de la inollesse. L'impiété raffinée, Pillusion Aatteuse, l'hypocrisie qui gagne comme la gangrène, sont plus redoutables que les glaives et les tourinens. Jamais le remède quotidien ne fut si nécessaire.

Coinbien voit-on de fidèles scrupuleux qui, faute de cet aliment, ne font que languir ! Ils se consument en réflexions et en efforts stériles. Ils craignent, ils tremblent. Ils sont toujours en doute, et cherchent en vain une certitude qu'ils ne peuvent trouver en cette vie. L'onction n'est point en eux. Ils veulent vivre pour Jesus-Christ, sans vivre de lui. Ils sont desséchés, languissans, épuisés, et ils tombent en défaillance. Ils sont auprès de la fontaine d'eau vive, et se laissent mourir de soif. Ils veulent tout faire au-dehors, et n'osent se nourrir au-dedans. Ils veulent porter le pesant fardeau de la loi , sans en puiser l'esprit et la consolation dans l'orai, son et dans la communion fréquente.

XIV. J'avoué qu’un sage et pieux directeur peut priver un fidèle de la communion

il faut re

pour un temps court, soit pour éprouver sa docilité et son humilité, quand il a quelque sujet d'en douter, soit pour le préserver des piéges de quelque illusion, et de quelque attachement secret à lui-même. Mais ces épreuves ne doivent être faites que dans un vrai besoin, et doivent durer

peu; courir au plutôt à la nourriture de l'ame. On nous objecte que chacun doit faire pénitence. Mais distinguons la pénitence des justes d'avec celle des hommes coupables de péchés mortels. La pénitence est nécessaire aux justes mêmes , 'il est vrai ; mais cette pénitence s'accorde très-bien avec la communion. Les prêtres font pénitence en disant la messe tous les jours. Les plus grands saints, en communiant de même, sont dans une pénitence continuelle. Les saints de l'antiquité fesaient pénitence, et pratiquaient la communion quotidienne.

Ne soyez donc pas trouble, monsieur, par les raisonnemens qu'on vous fait sur la discipline de l'ancienne église. Laissez parler tous ceux qui méprisent toutes les dévotions de notre temps, et qui ne veulent suivre que les prémiers siècles. Vous venez de les voir d'accord avec le concile de Trente. Le concile devrait suffire pour décider, puisque l'église est toujours la même, selon les promesses ; mais enfin je vous mets l'antiquité devant les yeux. Communiez donc comine

les apôtres ont fait communier les premiers fidèles, et comme les pères ont fait communier les chrétiens des siècles suivans. Laissez raisonner ceux qui veulent tout réformer, et mangez le pain quotidien, afin que vivant de Jesus-Christ vous viviez pour lui. Laissez-vous juger, non par des réformateurs toujours prêts à se scandaliser et à critiquer tout, mais par vos pasteurs ou par un directeur modéré et expérimenté, qui vous conduise selon l'esprit de l'église.

Je suis , etc.

« PrécédentContinuer »