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que

le
sans

chrétien refroidi dans nos veines a oublié de couler pour la cause de l'évangile , ne faut-il pas le rechauffer par la vue de celui des anciens martyrs ? Mais voici d'autres fruits, mes frères, que nous pouvons tirer tous les jours du culte des

corps des saints.

Ces corps, comme nous l'avons vu, ont été persécutés par le martyre même avant que de l'être par les tyrans. C'est le cilice, c'est le jeûne, c'est le travail des mains, et une longue suite de veilles, de sueurs, de larmes, qui les a préparés à vaincre les chevalets, les croix, les chaudières bouillantes, les roues armées de rasoirs. La vue

si mortifiés avant que de mourir ne pourra-t-elle point vous confondre, vous qui par une vie toute sensuelle vous préparez une mort låche et impénitente ? Souvenez-vous de la célèbre Aglée, qui faisant partir de Rome Boniface son domesti. que pour aller en Asie chercher des corps des martyrs, lui dit : Sachez, ô Boniface, que les corps des fidèles qui vont recueillir : ceux des martyrs doivent être purs et sans taches. Ce ne serait plus un honneur que vous viendriez ici rendre au martyr ; ce serait une insulte, une dérision sacrilége, un triomphe impie de la chair et du sang contre le martyr; tout au moins, ce serait une superstition, Car qu'y a-t-il de plus su

de ces corps

perstitieux que d'honorer les martyrs , et d'attendre qu'ils nous seront propices, sans desirer de les imiter ? ..

Les corps que la cruauté des tyrans et la corruption ont réduits en cendres, se ranimeront au jour de Jesus-Christ; et de là vient que ces corps si défigurés , qui nous saisiraient de frayeur et d'horreur s'ils avaient souffert tant de supplices pour quelques crimes, ou même s'ils étaient inorts d'une mort naturelle après une vie commune, ne nous inspirent que tendresse, vénération , joie et confiance. C'est que nous savons que celui pour qui ils sont morts tient dans ses mains les clefs du tombeau , et qui est luimême la résurrection et la vie. Ainsi cette cendre, toute cendre qu'elle est, quoiqu'on n'y voie plus que de tristes débris foudroyés par la mort, exhale encore une odeur de vie, et nourrit dans nos cæurs une espérance pleine d'immortalité.

Voilà, disons-nous, ces membres qui paraissaient morts, mais qui sont encore vivans dans la main de Dieu. Voilà ces os brisés et humiliés, qui tressailliront de joie quand la trompette sonnera pour rassembler toute chair aux pieds de Jesus-Christ. Voilà ces pieds et ces mains qui ont été dans les chaînes; ces pieds qui n'ont point fui lorsqu'il a fallu confesser Jesus - Christ; ces mains pleines de bonnes euvres. Voilà ces yeux qui ont regardé la terre entière avec mépris, et qui n'ont daigné s'ouvrir à la vanité. Voilà ces oreilles qui ont moins écouté les menaces des tyrans, que les promesses de J.-C. La voilà cette bouche qui a béni les persécuteurs ; qui, confessant Jesus-Christ, a fait taire l'iniquité païenne, et par qui JesusChrist même a parlé. Le voilà ce cæur plus grand que tout le monde, et qui n'a pu être rempli que par l'amour de Dieu.

Pourquoi donc, mes frères, craindre la mort en marchant sur les pas de celui qui est si heureux de l'avoir soufferte ? O hommes aveugles, vous regardez la mort comme si elle était éternelle ! C'est la vie qui est éternelle, la mort n'est qu'un court sommeil. Bientôt il n'y aura plus de mort pour ceux qui n'auront pas craint de mourir. Trop heureux d'aller au-devant de la mort, et de mêler nos cendres avec celles du saint martyr de ces lieux ! car jamais ce précieux dépôt ne nous sera ravi. De ces lieux, son corps, suivi des nôtres, s'élevera au milieu des nuées vers Jesus-Christ qui descendra à nous. ( mort, 9 impuissante mort ! ta victoire est détruite, graces à Jesus-Christ, Ses vrais enfans ne te craignent plus.

Enfin, mes frères, ces corps des saints martyrs reçoivent parmi nous un culte qui est l'image de la gloire dont ils jouiront : faible image à la vérité, mais néanmoins

digne digne de leur complaisance , et qui leur établit un règne sensible sur les cours, selon la promesse de Jesus-Christ. O cendres des martyrs, vous voilà donc déjà glorifiées icibas , en attendant un autre gloire que Dieu seul peut donner ! Qui pourrait donc, mes frères, en considérant aujourd'hui cette pieuse pompe et cette douce joie de toute l'église, n'élever pas son cœur vers le triomphe de la céleste Jérusalem, où tous ceux qui suivant l'agneau sont venus de la grande tribulation, verront la main de Dieu qui essuiera leurs larmes, et chanteront éternellement le cantique de leur victoire ? Mais

que vois-je, mes frères ? Qu'elle foule de chrétiens qui approchent du martyr, non pas avec un cæur plein de desir du inartyre, mais avec une conscience aussi corrompue que celle des persécuteurs ! O chrétiens mes frères, voulez-vous encore affliger cette cendre, qui n'est pas insensible à ce que

la foi souffre, et à l'opprobre que vous faites à l'évangile ? N'entendez-vous pas cette voix secrète du martyr, qui vous dit intérieurement : Qu'êtes-vous venus faire ici ? Osez-vous apporter une foi vaine et superstitieuse aux pieds de ces osseinens ? Ils sont inanimés, ils n'ont aucune vertu pour vous, ils n'ont plus aucun sentiment que pour vous abhorrer. Allez, allez loin de ces lieux où la foi seule doit entrer. Si vous cherchez des Tome XII.

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POUR LA FÊTE cendres, honorez celles des grands pécheurs que vous imitez; honorez ces affreux cadavres que l'ambition, l'impureté, la vengeance et l'avarice ont agités pendant leur vie, et qui sont vos modèles; allez sur ces corps malheureux dévoués à l'étang de soufre et de feu dont la fumée monte jusqu'aux siècles, des siècles, allez y recueillir jusqu'aux dernières étincelles d'une flamme impure dont votre coeur cherche à s'embraser, allez dans cette poussière des tombeaux des pécheurs , où leurs vices qui ont pénétré jusqu'à la moëlle de leurs os dorment avec eux: mais laissez reposer en paix, parmi les veux des fidèles et des ames saintes , les cendres de celui qui n'est mort dans les tourmens, que pour ne vivre

pas comme vous vivez. O vous qui nous entendez du haut de ce trône où vous êtes assis avec Jesus-Christ, bienheureux martyr, vous nous aimerez désormais, et vous nous avez même déjà aimés, puisque vous n'avez pas dédaigné de nous confier ce précieux dépôt. Nous vous conjurons par vos chaînes, par vos tourmens, par votre mort,

enfin

par vos cendres ici présentes , de demander à Dieu qu'il ressuscite notre foi : je dis, qu'il la ressuscite, car elle est morte, et tout s'éteint en nous pour

la vie chrétienne. Elles seront, ces cendres, notre trésor et notre joie; il en sortira, par la grace de Jesus-Christ, un esprit de

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