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les hosties vivantes et de bonne odeur qu'il présente à Dieu.

Apprenez ici, mes frères, à espérer contre toute espérance, et à ne vous décourager jamais dans l'oeuvre de la foi. Etienne, abbé de Cîteaux, succombait dans l'attente de quelque secours. Ses disciples mouraient; l'austérité de sa maison épouvantait ceux qui songeaient à s'y dévouer. Au moment où tout va périr, (car Dieu se plaît à attendre jusqu'à l'extrémité pour éprouver les siens) Dieu rétablit tout sur les ruines de toutes les ressources humaines. Accourez Bernard, accourez; consolez le saint vieillard, et soutenez la maison de Dieu chancelante. Parmi les trente novices en voici un qui, étant le chef et le modèle de tous les autres, se demande chaque jour à soimême: Que suis-je venu faire ici? Il regrette le temps nécessaire au sommeil; les repas, après les plus longs jeûnes , sont pour lui des croix. Au bout d'un an, il ignore encore comment la maison où il est est faite ; il ne distingue pas les alimens dont il est nourri; toute curiosité est éteinte, tout sentiment est étouffé ; l'esprit d'oraison absorbe tout, et le travail même des mains ne peut le distraire.

Malgré sa jeunesse, il fut envoyé pour fonder une nouvelle colonie de solitaires dans l'affreuse vallée de Clairvaux, où il ne

paraissait d'autres vestiges d'hommes que ceux des voleurs. Là, souvent les frères furent réduits à se nourrir d'herbes et de feuilles. Mais le nouvel abbé, devenu implacable contre la nature, est insensible à tous ses besoins, et d'autres desirs enflamment son ceur. Lorsque ses religieux affligés par les tentations, viennent les apporter dans son sein pour se soulager et s'accuser d'être encore faibles, saint Bernard, au lieu de les consoler, géinit de trouver qu'ils sont encore hommes, eux qu'il veut déjà voir transformés en anges. Cependant ils souffraient en paix l'âpreté de ses corrections. Cette humilité si douce et si tranquille ouvrit enfin ses yeux. C'est dans la fournaise de la tentation, disait-il alors, que l'or se purifie; le vrai père doit être le consolateur de ses enfans, et les réfugier sous ses ailes comme ses petits pendant la tempête. Mais la nature, toujours irrégulière, passait de cet excès de sévérité dans un autre excès de découragement, et il allait se condamner au silence, si une vision céleste ne l'eût instruit et rassuré dès ce moment. Ne craignez rien, disciples de Bernard; la grace est répandue d'en haut sur ses lèvres ; une loi de clémence est imprimée sur sa langue , il ne sortira plus de sa bouche que sagesse et douceur. Qu'il est beau, mes frères , d'entendre

Guillaume de Saint-Thierry, historien de sa vie, nous raconter le premier voyage qu'il fit à Clairvaux ! 6 Je crus d'abord, dit-il, > voir les déserts d’Egypte peuplés de soli» taires : une étroite et profonde vallée en» vironnée de hautes montagnes couvertes >> de sombres forêts : des bâtimens pauvres » comme des cabanes de bergers , et faits » de la main même des solitaires : la vallée » toute remplie d'hommes sans cesse en » mouvement, et néaninoins l'ordre et le ► silence régnant de toutes parts : nul autre , bruit que celui des travaux et des louan» ges de Jesus-Christ : les frères nourris » d'un pain grossier et presque de terre ,

qu'ils gagnent à la sueur de leur front : » des yeux baissés et presque éteints : des

visages påles et décharnés, mais sur les» quels reluit la sérénité de l'amour de » Dieu : des corps exténués et abattus, qui » ne sont animés que par la joie du Saint„ Esprit, et par l'espérance céleste ». Bernard parut néanmoins, mes frères, aux yeux de Guillaume étonné, le plus précieux ornement de sa solitude. Il vit dans un cilice, et sous de vils habits, un jeune homme d'une beauté délicate , mais presque effacée ; d'un naturel vif et exquis, mais languissant, et poussé par austérité jusques aux portes de la mort. Pour obéir à l'évêque de Châlons qui avait alors sur lui toute l'auto

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Pendant que Bernard plante et rose, Dieu donne l'accroisse neat. Caitré par des mains pares, le désert gerne, Bernt et jette une odeur qui embacme toute lese. Dans ce champ hérissé de rondes et de buissons sairages, naissent les mortes ; à la place des épines croissent les tis. Jerez les yeux, mes frères, sur ce grand arbre planté à Clairvaux. Naguère ce n'était quae faible plante qui rampait sur la terre, et dont tous les vents se jouaient : maintenant il porte ses branches jusques dans le ciel, et il les étend jusqu'aux extrémités de la terre. C'est qu'il est planté le long des eaur, et qu'un fleuve de grace baigne ses pins profondes racines. La postérité de Bernard est bénite comine celle d'Abraham. Comment, dit-il en lui-même, moi tronc stérile, ai-je donné la vie à tous ceux-ci? Doi me viennent tant d'enfans et tant d'héritiers de ma pauvreté et de ma solitude ? De Flandres, d'Aquitaine, d'Italie, d'Allemagne, ils viennent en foule. O vents ! portez-les sur vos ailes dans le sein de leur père, et que tous les peuples de l'univers, rendant gloire à Dieu , admirent sa fécondité.

Voulez-vous voir , mes frères, la tige qui porte tant de fruits ? voyez Bernard. Les lumières qu'il verse sur les siens, il les puise non dans l'étude , mais dans la prière ; et il est, dit-il lui-même, bien inoins instruit par

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