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rité. Bien loin de soulager les pauvres, on .en fait de nouveaux. Des créanciers sans nombre languissent et sont ruinés faute d'avoir leur bien. Voyez-vous les chrétiens qui se inordent, qui se déchirent, qui aiguisent leurs langues enveniunées , et qui arment leurs mains pour les tremper dans le sang de leurs frères ? Les voyez-vous eux-mêmes rongés par les noires fureurs de l'envie et de la vengeance ? Les voyez-vous noyés sans pudeur dans les sales plaisirs, abrutis par des passions monstrueuses ? Dieu se retire; et dans sa colère il les livre aux desirs de leur coeur. Ils croient tout voir , ils croient tout entendre, et ils ne voient ni n'entendent rien. Ils marchent à tâtons sur le bord de l'abîme; l'esprit d'ivresse et de vertige les assoupit; ils mourront sans savoir ce qu'ils sont, ni qui les a faits.

Où est-il donc, mes frères, ce bienheureux temps des persécutions, où Tertullien disait aux persécuteurs : Entrez dans les prisons, et si vous trouvez dans les fers quelqu'un qui soit accusé d'autre crime que de la confession du Seigneur Jesus, assurez-vous qu'il n'est pas chrétien : car le vrai chrétien est celui qui, marchant dans la voie droite de l'évangile, n'est accusé que pour la foi. Oserions-nous maintenant faire ce défi aus nations païennes, et nous surpassent-elles en crines ? Il las ! les chrétiens sont mailitenant accusés de tous les excès : que dis-je, accusés ? ils s'accusent eux-mêmes, ou plutôt ils se vantent de tous les maux. Leur front ne sait plus rougir. Le vice triomphe dans les places publiques ; et la vertu honteuse va se cacher. Ce n'est plus pour éviter les louanges qu'elle se cache, c'est pour se dérober à l'insulte, à la dérision. Je vois un autre vice encore plus affreux que ce vice brutal et impudent : c'est un vice hypocrite, qui veut faire le mal avec règle, et qui prend un air de sagesse pour autoriser la folie. Il appelle le mal bien, et le bien mal. Il s'érige en réformateur, et rit de la simplicité des enfans de Dieu. Il ne rejette pas l'évangile : mais sous prétexte d'éviter le zèle indiscret, il énerve l'évangile et anéantit la croix. Voilà l'iniquité quicroît sans mesure, et qui montera bientôt jusqu'à son comble. Quels discours viennent chaque jour frapper mes oreilles et déchirer mon coeur ! J'entends , j'entends qu'on se moque de la piété. La vérité souffre violence. Les faibles rougissent de l'évangile, comme du temps du paganisme. On insulte aux ames touchées, et on leur demande, comme à David : Où est votre Dieu ?

Qui êtes-vous, ô hommes profanes qui riez ainsi lorsque vous voyez un pécheur renouvelé en Jesus - Christ, qui va contre le torrent de toutes ses passions ? Quoi donc ! vous ne sauriez souffrir qu'on se déclare

Selon vous,

hautement pour le Dieu qui nous a créés ! c'est une faiblesse

que

de craindre sa justice éternelle et toute - puissante, et que de n'être pas ingrat à ses bontés. Selon vous, c'est une folie que de vivre selon la foi, dans l'espérance d'une vie éternellement bienheureuse. Qui êtes-vous donc, ô hommes qui vous jouez ainsi de la religion aussi bien que des hommes qui la veulent suivre ? Etes-vous d'une autre religion? n'en croyez-vous aucune ? Allez donc hors de nos églises, loin de nos mystères , vivre sans espérance, sans sauveur, sans Dieu; allez où votre désespoir impie et brutal vous va précipiter. Mais, hélas ! qui pourrait le croire? vous êtes chrétiens, et vous avez promis de renoncer au monde et à ses pompes, de porter la croix avec Jesus-Christ, et de mépriser tout ce qui se voit , pour aspirer à ce qu'on ne voit pas. Encore une fois, vous l'avez promis, vous n'oseriez nier votre promesse, vous n'oseriez renoncer au salut, vous tremblez quand la mort prochaine vous montre l'abîme qui s'ouvre à vos pieds. Malheureux ! insensés ! vous voulez qu'on vous croie sages, et vous traitez de fous ceux qui, espérant des biens auxquels vous ne prétendez pas renoncer, travaillent à s'en rendre dignes ! O renversement du sens humain! ô folie monstrueuse! O démons, vous le possédez: ce n'est pas

eux qui parlent; c'est vous qui blasphemez en eux. Il faudrait , mes frères, un autre Bernard pour ramener la vérité et la justice parmi les hommes : encore ne sais-je si cette impiété inconnue à son siècle, et si enracinée dans le nôtre, ne résisterait pas à sa parole et à ses miracles. Ne vous parle-t-il pas tous les jours par ses écrits et par les histoires du temps qui attestent tout ce qu'il a fait? Ecoutons-le, mes frères.

Du moins, du moins en ce jour gardezvous d'endurcir vos cours, ô mes enfans, (c'est ainsi qu'il vous parle, et quïl a droit de vous parler, lui qui a renouvelé votre nation dans la grace de l'évangile); ô mes enfans, faudra-t-il donc que je m'élève contre vous au jugement de Dieu ? La lumière que vos pères ont vue, et qui de génération en génération a rejailli jusques sur vous, nie servira-t-elle qu'à éclairer vos iniquités ? Que n'ai-je point souffert pour vous présenter tous ensemble comme une seule vierge sans tache à l'époux sacré ? Mais que voisje au milieu de vous, ô mes enfans ? Je vous ai offert la bénédiction, et vous l'avez rejetée : la malédiction viendra , elle viendra, et vous en serez inondés; elle distillera sur vos têtes goutte à goutte jusqu'à la fin. Non, je ne serai plus votre père, j'endurcirai mon caur et mes entrailles pour vous rejeter à jainais; je vous méconnaitrai, je rougirai de

vous au temps de Jesus-Christ, je demanderai vengeance de mes paroles , ou plutôt de la sienne tant de fois méprisée.

Homme de Dieu, donné à la France et à toute l'église, que vos mains paternelles ne se lassent jamais de s'élever vers Dieu en notre faveur. Que nous restera-t-il, si le coeur même de notre père est irrité, et si l'instrument des miséricordes appelle contre nous les vengeances ? O père ! voyez notre désolation, voyez, et hâtez-vous; voyez, et fléchissez notre souverain juge; afin que, quand vous viendrez avec lui dans la gloire, vous puissiez nous présenter aux pieds de son trône comme vos enfans

i que vous soyez suivi d'une troupe sainte qui marche les palmes à la main, et que nous recevions avec vous la couronne qui ne flétrit jamais. Ainsi soit-il,

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