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POUR

LA FÊTE DE SAINTE THÉRÈSE.

De excelso misit ignem in ossibus meis, et erudivit me.

و

et il

Il a envoyé le feu d'on haut jusques dans mes os

m'a instruite. En Jérémie, chapitre premier. C'est ainsi , mes frères , que parle Jérémie au nom de Jérusalem , pour exprimer tout ce que cette cité, devenue infidèle , ressent quand Dieu la frappe pour la convertir. Il dépeint un feu dévorant, mais un feu envoyé d'en haut, et que la main de Dieu même allume de veine en veine pour pénétrer jusqu'à la inoëlle des os ; c'est par ce feu que Jérusalem doit être instruite et purifiée. Le voilà ce feu qui brûle sans consumer, et qui , loin de détruire l'ame, la renouvelle. Le voilà ce feu de douleur et d'ainour tout ensemble ; c'est lui que Jesus est venu apporter sur la terre : et que veut-il, sinon embraser tout l'univers ? Thérèse , vous le sentez, il brûle yotre cour, et votre cæur lui-même devient une fournaise ardente. De excelso misit ignem in ossibus meis.

Considérons, mes frères, dans ce discours, ce que le feu de l'amour divin a fait dans le coeur de Thérèse, et ce que le coeur enflaminé de Thérèse a fait ensuite dans toute l'église. Au-dedans, ce feu consume toute affection terrestre ; au - dehors , il éclaire , il échauffe , il anime. Venez donc, vous tous , accourez à ce spectacle de la foi; venez, et voyez d'abord le martyre intérieur de Thérèse, puis admirez tout ce qu'elle fait dès qu'elle est morte à elle-même. Ainsi vous apprendrez par son exemple, et à mourir à vous-mêmes par le recueillement, et à vous sacrifier courageusement à Dieu dans l'action. Voilà tout le sujet de ce discours.

O Sauveur qui l'avez instruite en la brûlant de votre amour,

brûlez nos coeurs, et nous serons instruits comme elle. Envoyez le feu de votre Esprit, et tout sera créé encore une fois, et vous renouvelerez la face de la terre. Que, de mes entrailles, la céleste fiamme s'épanche sur ma langue , et de ma langue jusqu'au fond des cours. Marie, c'est la gloire de votre Fils que nons demandons , intercédez pour nous. Ave , Maria.

PREMIER POINT.

Ce que Dieu prend plaisir à faire luimênie dans les ames qu'il a scellées de son sceau éternel, il prend aussi plaisir à le contempler , et il jouit de la beauté de son ouvrage. Il regarde avec complaisance sa grace,

qui , comme dit saint Pierre , prend toutes les formes suivant les cours où il la fait couler. Elle n'a pas moins de variété que la nature, dans tout ce qu'elle fait. Où trouverez-vous sur la terre deux hommes qui se ressemblent entièrement? Les justes ne sont pas moins différens entr'eux, que les visages des hommes ; et Dieu tire de ses tré. sors de miséricorde de quoi former chaque jour l’homine intérieur avec des traits nouveaux. Oh ! si nous pouvions voir cette variété des dons ! Nous les verrons un jour dans le sein du père qui en est la source. Cependant pour nous cacher nous-mêmes à nous-mêmes, Dieu enveloppe son ouvrage dans la nuit de la foi : mais cet ouvrage de la grace ne s'avance pas toujours régulièrement comme celui de la nature. Il s'en faut bien, mes frères, ce n'est pas moi, c'est Thérèse qui fait cette belle remarque : il s'en faut bien que les ames ne croissent comme les corps. L'enfant n'est jamais un moment sans croître jusqu'à ce qu'il ait l'âge et la taille de l'homme parfait; mais l'ame, encore tendre et naissante dans la piété, interrompt souvent son progrès ; c'est nonseulement par la diminution de tous les desirs du vieil homme, mais souvent par l'anéantissement du péché même, que Dieu lui fait trouver dans l'humilité un plus solide accroissement,

Celle qui parle ainsi l'avait senti , mes frères. Vous l'allez voir pendant vingt ans qui tombe et se relève; qui tombe encore, et se relève enfin pour ne plus tomber. Vous allez voir un mélange incompréhensible de faiblesse et de grace, d’infidélité et d'attraits à la plus haute perfection. Dès sa plus tendre enfance , elle avait goûté le don céleste, la bonne parole et la vertu du siècle futur. Il me semble que je l'entends lisant avec son jeune frère l'histoire des martyrs. A la vue de l'éternité où ils sont couronnés , elle s'écrie : Quoi ! toujours, toujours ! L'esprit du martyre souffle sur elle; elle veut s'échapper pour aller chez les Maures répandre son sang. O Thérèse ! vous êtes réservée pour d'autres tourmens, et l'amour sera plus fort que la mort inème pour vous martyriser.

Retenue par ses parens, elle bâtissait de ses propres mains, avec ce jeune frère , de petits hermitages. Ainsi cette douce image de la vie angélique des anachorètes dans le désert la consolait d'avoir perdu la gloire du martyre; et les jeux mêmes de son enfance fesaient déjà sentir en elle les prémices du Saint-Esprit. Qui ne croirait, mes frères , qu'une ame si prévenue sera préservée de la contagion ? Non, non, elle ne le fat pas; et c'est ici que commence le secret de Dieu. La mère de Thérèse , quoique modeste, lisait les aventures fabuleuses, où l'amour

profane, revêtu de ce que la générosité et la politesse mondaine ont d'éblouissant, fait oublier qu'il est ce vice détestable qui doit alarmer la pudeur. Le poison que la mère tenait inconsidérément dans ses mains , entra jusques dans le coeur de la fille ; et les enchantemens du mensonge lui firent perdre le pur goût de la vérité. O vous , qui voulezvous tromper vous-mêmes par des lectures contagieuses, apprenez par ce triste exemple que plus le mal est déguisé sous un voile qui en ote l'horreur, plus il est à craindre. Fuyez, fuyez ce serpent qui se glisse sous l'herbe et parmi les fleurs.

A cette mère indiscrète succéda bientôt une parente vaine, qui acheva de gåter son coeur. La vanité ! hélas', quel ravage ne fitelle pas sur toutes les vertus que la grace du baptême venait de faire naître ! Est-ce donc là cette fille si enflammée de l'amour du martyre, et dont tout le sang, j'usqu'à la dernière goutte, cherchait à couler pour la foi ? maintenant la voilà pleine d'ellemême et des desirs du siècle. O Dieu

patient ! ô Dieu qui nous aimez, quoique nous rejetions votre amour, et lorsqu'ennemis de nous-mêmes aussi-bien que de notre bien, nous languissons loin de vous dans les liens du péché ! Ô Dieu ! vous l'attendiez cette ame infidèle; et, par une insensible miséricorde, vous l'ameniez, les yeux fermés,

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