Images de page
PDF
ePub

eux qui parlent; c'est vous qui blasphemez en eux. Il faudrait , mes frères, un autre Bernard pour ramener la vérité et la justice parmi les hommes : encore ne sais-je si cette impiété inconnue à son siècle, et si enracinée dans le nôtre, ne résisterait pas à sa parole et à ses miracles. Ne vous parle-t-il pas tous les jours par ses écrits et par les histoires du temps qui attestent tout ce qu'il a fait? Ecoutons-le, mes frères.

Du moins, du moins en ce jour gardezvous d'endurcir vos cours, ô mes enfans, (c'est ainsi qu'il vous parle, et quïl a droit de vous parler, lui qui a renouvelé votre nation dans la grace de l'évangile); ô mes enfans, faudra-t-il donc que je m'élève contre vous au jugement de Dieu ? La lumière que vos pères ont vue, et qui de génération en génération a rejailli jusques sur vous, nie servira-t-elle qu'à éclairer vos iniquités ? Que n'ai-je point souffert pour vous présenter tous ensemble comme une seule vierge sans tache à l'époux sacré ? Mais que voisje au milieu de vous, ô mes enfans ? Je vous ai offert la bénédiction, et vous l'avez rejetée : la malédiction viendra , elle viendra, et vous en serez inondés; elle distillera sur vos têtes goutte à goutte jusqu'à la fin. Non, je ne serai plus votre père, j'endurcirai mon caur et mes entrailles pour vous rejeter à jainais; je vous méconnaitrai, je rougirai de

vous au temps de Jesus-Christ, je demanderai vengeance de mes paroles , ou plutôt de la sienne tant de fois méprisée.

Homme de Dieu, donné à la France et à toute l'église, que vos mains paternelles ne se lassent jamais de s'élever vers Dieu en notre faveur. Que nous restera-t-il, si le coeur même de notre père est irrité, et si l'instrument des miséricordes appelle contre nous les vengeances? O père ! voyez notre désolation, voyez, et hâtez-vous; voyez, et fléchissez notre souverain juge; afin que, quand vous viendrez avec lui dans la gloire, vous puissiez nous présenter aux pieds de son trône comme vos enfans

i que vous soyez suivi d'une troupe sainte qui marche les palmes à la main, et que nous recevions avec vous la couronne qui ne flétrit jamais. Ainsi soit-il,

POUR

LA FÊTE DE SAINTE THÉRÈSE.

De excelso misit ignem in ossibus meis, et erudivit me.

et il

Il a envoyé le feu d'on haut jusques dans mes os

m'a instruite. En Jérémie, chapitre premier. C'est ainsi , mes frères , que parle Jérémie au nom de Jérusalem , pour exprimer tout ce que cette cité, devenue infidèle , ressent quand Dieu la frappe pour la convertir. Il dépeint un feu dévorant, mais un feu envoyé d'en haut, et que la main de Dieu même allume de veine en veine pour pénétrer jusqu'à la inoëlle des os ; c'est par ce feu que Jérusalem doit être instruite et purifiée. Le voilà ce feu qui brûle sans consumer, et qui , loin de détruire l'ame, la renouvelle. Le voilà ce feu de douleur et d'ainour tout ensemble ; c'est lui que Jesus est venu apporter sur la terre : et que veut-il, sinon embraser tout l'univers ? Thérèse , vous le sentez, il brûle yotre cour, et votre cæur lui-même devient une fournaise ardente. De excelso misit ignem in ossibus meis.

Considérons, mes frères, dans ce discours, ce que le feu de l'amour divin a fait

dans le coeur de Thérèse, et ce que le coeur enflammé de Thérèse a fait ensuite dans toute l'église. Au-dedans, ce feu consume toute affection terrestre ; au - dehors , il éclaire , il échauffe , il anime. Venez donc, vous tous , accourez à ce spectacle de la foi; venez, et voyez d'abord le martyre intérieur de Thérèse ; puis admirez tout ce qu'elle fait dès qu'elle est morte à elle-même. Ainsi vous apprendrez par son exemple, et à mourir à vous-mêmes par le recueillement, et à vous sacrifier courageusement à Dien dans l'action. Voilà tout le sujet de ce discours.

O Sauveur qui l'avez instruite en la brûlant de votre amour,

brûlez nos coeurs, et nous serons instruits comme elle. Envoyez le feu de votre Esprit, et tout sera créé encore une fois, et vous renouvelerez la face de la terre. Que, de mes entrailles, la céleste flamme s'épanche sur ma langue , et de ma langue jusqu'au fond des cours. Marie, c'est la gloire de votre Fils que nons demandons , intercédez pour nous. Ave , Maria.

PREMIER POINT.

Ce que Dieu prend plaisir à faire luimênie dans les ames qu'il a scellées de son sceau éternel, il prend aussi plaisir à le contempler , et il jouit de la beauté de son ouvrage. Il regarde avec complaisance sa grace,

qui , comme dit saint Pierre , prend toutes les formes suivant les cours où il la fait couler. Elle n'a pas moins de variété que la nature, dans tout ce qu'elle fait. Où trouverez-vous sur la terre deux hommes qui se ressemblent entièrement? Les justes ne sont pas moins différens entr'eux, que les visages

des hommes ; et Dieu tire de ses tré. sors de miséricorde de quoi former chaque jour l’homine intérieur avec des traits nouveaux. Oh ! si nous pouvions voir cette variété des dons ! Nous les verrons un jour dans le sein du père qui en est la source. Cependant pour nous cacher nous-mêmes à nous-mêmes, Dieu enveloppe son ouvrage dans la nuit de la foi : mais cet ouvrage de la grace ne s'avance pas toujours régulièrement comme celui de la nature. Il s'en faut bien , mes frères, ce n'est pas moi, c'est Thérèse qui fait cette belle remarque : il s'en faut bien que les ames ne croissent comme les corps. L'enfant n'est jamais un moment sans croître jusqu'à ce qu'il ait l'âge et la taille de l'homme parfait; mais l'ame, encore tendre et naissante dans la piété, interrompt souvent son progrès ; c'est nonseulement par

par la diminution de tous les desirs du vieil homme, mais souvent par l'anéantissement du péché même, que Dieu lui fait trouver dans l'humilité un plus solide accroissement,

« PrécédentContinuer »