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POUR

LA PROFESSION RELIGIEUSE

D'UNE NOUVELLE CONVERTIE.

Venite, audite, et narrabo, omnes qui timetis Deum,

quanta fecit animæ meæ.

O vous tous qui craignez le Seigneur, cenez, écoutez ,

et je raconterai tout ce qu'il a fait à mon ame.

Ps. lxv, 16. L'eussiez-vous cru, ma chère sour, que l'époux des vierges vous attendait dans cette solitude dès les jours de l'éternité ? C'était donc là ce qu'il voulait de vous, lorsqu'il tirait tant de profonds gémissemens de votre cour, et que vous ne saviez pas encore vousmême pourquoi vous gémissiez ? O mystère de grace ! ô voies de Dieu dans le coeur de l'homme, inconnues à l'homine même ! Dieu abîme de sagesse et d'amour !

Fille chrétienne, élevez votre voix; appelez à ce spectacle les hommes et les anges. Dites dans un humble transport : 0) yous tous qui craignez le Seigneur, håtez-vous de venir : vous me verrez, et vous verrez la grace en moi. Peuples, assemblez-vous, accourez en foule; que les extrémités de la

terre l'entendent, que toute chair adınire et tressaille : car il a regardé la bassesse de sa servante, et il a fait, en moi de grandes choses, celui qui est puissant. Enfans de Dieu, rendez gloire à son oeuvre. Que la terre et les cieux soient pleins de son nom : que tout en retentisse jusqu'au fond de l'abîme : que tout s'unisse à moi pour chanter le tendre cantique, le cantique toujours nouveau des éternelles miséricordes. Venite, audite, etc.

Découvrons donc, ma chère soeur, dans les deux parties de ce discours, non à votre gloire, mais à celle de Jesus-Christ, ce qu'il a opéré dans votre conversion, et ce qu'il a préparé dans votre sacrifice. Par l'un vous instruirez le monde des richesses de la grace; par l'autre vous serez instruite vous-même de ce que la grace doit achever en vous dans la solitude. Voilà tout le sujet de ce discours.

O esprit, ô flamine céleste, qui allez embraser la victime, soyez vous-même dans ma bouche une langue de feu. Que toutes mes paroles, comme autant de flèches ardentes, percent et enflamment les cours. Donnez , donnez , Seigneur, c'est ici la louange de votre grace. Marie, mère des vierges, priez pour nous. Ave, Maria,

PREMIER POINT. J'ADORE souvent en tremblant, mes frèTes, ce jogenent qui est un abime, ce profoai conseil par lequel Dien permet que tant d'enfans soient livrés à l'erreur. Quoi ! cat age si tendre, si simple, si innocent, suce arec le lait le poison ; et les parens que Dieu lui choisii, par leur tendresse avenSe causent sa malheur! Faut-il que sa doche me pe le rende coupable ! Dieu ! vous étes pourtant juste. Nous savons par Tous-même que vous ne haissez rien de tout ce que vous arez fait; que vous êtes le Saureur de tous; que toutes vos voies sont vérité et miséricorde : à vous seul louange dans votre secret: à nous le silence, le treinblement et l'atoration. Mais sans pénétrer tror avant, mes frères, concinons, avec saint Augustin, que Diea voit dans un cæur une malignité subtile que nos yeus, trop accouta.nu à une corruption plus grossière, 800vent de découvrent pas. Il voit l'orgueil naissant qui abase dejà des prémices de la Taison, et qui mérite qu'un tourbillon de té14dres vienne la confondre ; l'abus des richesses, des plaisirs, des honneurs, de la santé, des graces du corps, et méme de I esprit. C'est la vanité qui abuse des choses presque aussi raines qu'elle. Mais abuser de la raison dans le point essentiel de la

religion, c'est résister au Saint-Esprit, c'est l'éteindre, c'est lui faire injure', c'est tourher le plus grand don de Dieu contre Dieu même.

Jeune créature, flattée et éblouie de vos propres rayons, ce que le monde admire en vous est ce que Dieu déteste. Sous ces jeux innocens de l'enfance se déploie déjà un sé. rieux funeste, une raison faible qui se croit forte, une présomption que rien n'arrête et qui s'élève au-dessus de tout, un amour forcené de soi-même, qui va jusqu'à l'idolâtrie. Voilà ce que Dieu juste frappe d'aveugleinent.

Erreur d'une ame enivrée d'elle-même, bientôt punie par mille autres erreurs. ! La voyez-vous qui court après les idoles de son invention ? Ne croyez pas qu'elle soit docile, du moins elle ne l'est qu'à la flatterie. On lui dit: lisez les écritures, jugez par vousmême, préférez votre persuasion à toute autorité visible; vous entendrez mieux le texte que l'église entière, de qui vous tenez et les sacremens et l'écriture même; le SaintEsprit ne manquera pas de vous inspirer par son témoignage intérieur; vos yeux s'ouvriront; et en lisant avec cet esprit la parole divine, vous serez comme une divinité. On le lui dit, et elle ne rougit point de le croire. Prêter l'oreille à ces paroles empoi. sonnées du serpent , est-ce docilité ? Non,

e'est présomption : car ce n'est pas déférer à l'autorité, c'est au contraire fouler au pieds la plus grande autorité que la providence ait inise sous le ciel, pour s'ériger dans son propre cæur un tribunal suprême. Voilà, mes frères, le premier coup qui a donné la mort à cette jeunesse, d'ailleurs si innocente et si digne de compassion; voilà le frein d'erreur que Dieu dans sa colère permet qui soit dans la bouche des hommes superbes , pour les précipiter dans le mensonge.

Telle fut, ma chère seur, cette première démarche qui vous égara des anciennes voies, et qui init insensiblement un mur entre vous et la vérité. Jusques-là tout était catholique en vous; tout, jusqu'à cette soumission même si simple que vous aviez pour les faux pasteurs. Votre baptême , quoiqu'administró hors de l'enceinte de l'unité par des mains révoltées, était pourtant l'unique baptêine qui par-tout où il se trouve appartient à l'église unique, et qui tient sa vertu non de la disposition du ministre, mais de la promesse iminuable de Jesus-Christ. Vous fites même dans l'unité tout ce que vous fites sans vouloir la rompre; vous ne commençâtes à être véritablement protestante, qu'au moment fatal où vous dites dans votre cour en pleine liberté : Oui, je confirme la séparation de mes pères ; et en lisant les écritures, je juge que l'église d'où nous sommes sortis ne les entend pas.

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