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PREMIER POINT. J'ADORE souvent en tremblant, mes frèTes, ce jogenent qui est un abime, ce profoai conseil par lequel Dien permet que tant d'enfans soient livrés à l'erreur. Quoi ! cat age si tendre, si simple, si innocent, suce arec le lait le poison ; et les parens que Dieu lui choisii, par leur tendresse avenSe causent sa malheur! Faut-il que sa doche me pe le rende coupable ! Dieu ! vous étes pourtant juste. Nous savons par Tous-même que vous ne haissez rien de tout ce que vous arez fait; que vous êtes le Saureur de tous; que toutes vos voies sont vérité et miséricorde : à vous seul louange dans votre secret: à nous le silence, le treinblement et l'atoration. Mais sans pénétrer tror avant, mes frères, concinons, avec saint Augustin, que Diea voit dans un cæur une malignité subtile que nos yeus, trop accouta.nu à une corruption plus grossière, 800vent de découvrent pas. Il voit l'orgueil naissant qui abase dejà des prémices de la Taison, et qui mérite qu'un tourbillon de té14dres vienne la confondre ; l'abus des richesses, des plaisirs, des honneurs, de la santé, des graces du corps, et méme de I esprit. C'est la vanité qui abuse des choses presque aussi raines qu'elle. Mais abuser de la raison dans le point essentiel de la

religion, c'est résister au Saint-Esprit, c'est l'éteindre, c'est lui faire injure', c'est tourher le plus grand don de Dieu contre Dieu même.

Jeune créature, flattée et éblouie de vos propres rayons, ce que le monde admire en vous est ce que Dieu déteste. Sous ces jeux innocens de l'enfance se déploie déjà un sé. rieux funeste, une raison faible qui se croit forte, une présomption que rien n'arrête et qui s'élève au-dessus de tout, un amour forcené de soi-même, qui va jusqu'à l'idolâtrie. Voilà ce que Dieu juste frappe d'aveugleinent.

Erreur d'une ame enivrée d'elle-même, bientôt punie par mille autres erreurs. ! La voyez-vous qui court après les idoles de son invention ? Ne croyez pas qu'elle soit docile, du moins elle ne l'est qu'à la flatterie. On lui dit: lisez les écritures, jugez par vousmême, préférez votre persuasion à toute autorité visible; vous entendrez mieux le texte que l'église entière, de qui vous tenez et les sacremens et l'écriture même; le SaintEsprit ne manquera pas de vous inspirer par son témoignage intérieur; vos yeux s'ouvriront; et en lisant avec cet esprit la parole divine, vous serez comme une divinité. On le lui dit, et elle ne rougit point de le croire. Prêter l'oreille à ces paroles empoi. sonnées du serpent , est-ce docilité ? Non,

e'est présomption : car ce n'est pas déférer à l'autorité, c'est au contraire fouler au pieds la plus grande autorité que la providence ait mise sous le ciel, pour s'ériger dans son propre cæur un tribunal suprême. Voilà , mes frères, le premier coup qui a donné la mort à cette jeunesse, d'ailleurs si innocente et si digne de compassion; voilà le frein d'erreur que Dieu dans sa colère permet qui soit dans la bouche des hommes superbes , pour les précipiter dans le mensonge.

Telle fut, ma chère seur, cette première démarche qui vous égara des anciennes voies, et qui init insensiblement un mur entre vous et la vérité. Jusques-là tout était catholique en vous; tout, jusqu'à cette soumission meine si simple que vous aviez pour les faux pasreurs. Votre baptême, quoiqu'administro hors de l'enceinte de l'unité par des mains révoltées, était pourtant l'unique baptêine qui par-tout où il se trouve appartient à l'église unique, et qui tient sa vertu non de la disposition du ministre, mais de la promesse immuable de Jesus-Christ. Vous fites même dans l'unité tout ce que vous fites sans vouloir la rompre; vous ne commençâtes à être véritablement protestante, qu'au moment fatal où vous dites dans votre cour en pleine liberté : Oui, je confirme la séparation de mes pères ; et en lisant les écritures, je juge que l'église d'où nous sommes sortis ne les entend pas.

A cette parole si dure et si hautaine, c'en est fait; l'esprit qui ne repose que sur les doux et humbles de cour, se retire ; le lien fraternel se rompt; la charité s'éteint, la nuit entre de toutes parts; l'autorité si claire dans l'évangile pour prévenir les plus subtiles distinctions, si nécessaire pour soutenir les faibles , pour arrêter les forts , pour tenir tout dans l'unité ; cette autorité sans laquelle la providence se manquerait à elle-mèine pour l'instruction des simples et des ignorans, ne paraît plus qu'une tyrannie. Quels maux affreux viennent de cette source ! Confiance téméraire en l'élection divine, inspirée à chaque particulier, au préjudice de la crainte et du tremblement avec lequel on doit opérer son salut: mépris de l'antiquité, lors même qu'on fait semblant de la suivre : audace effrénée qui traite les pères d'esprits crédules et superstitieux, d'introductenrs de l'antechrist : parole du Sauveur, qui devait être un lien d'éternelle concorde, devenue le jouet d'une vaine subtilité dans des disputes scandaleuses : divins oracles livrés aux visions et aux songes impies de toutes les sectes qui se multiplient à l'infini, et qui s'entredéchirent cruellement. O ma bouche, n'achevez pas.

Voilà ce que la réforme enfante dans le nord depuis le dernier siècle, fruits par lesquels on doit juger de l'arbre. Quel remède

sans

à ces maux ? Sera-ce l'écriture, mes frères ? Hé ! c'est-elle dont on abuse. Semblable à Dieu même qui l'a inspirée, bien loin d’instruire les superbes, elle leur résiste, et elle ne donne la vérité qu'aux humbles. Aussi les protestans sont-ils contraints d'avouer que l'écriture, même pour les points fondamentaux, n'est pas claire grace, c'est-à-dire qu'elle ne l'est que pour les humbles qui ont seuls l'esprit de Dieu.

Ainsi, vous le voyez, mes frères, toute la certitude de leur foi et de leur intelligence des écritures n'est fondée que sur la certitude de leur humilité. Etrange certitude ! car qu'y a-t-il de plus superbe que de se croire humble ? Où sont-ils ces petits à qui les mystères sont révélés, pendant qu'ils sont cachés aux grands et aux sages du siècle ? Peut-on appeler les protestans petits, eux qui sont, par leurs principes, dans la nécessité de se croire humbles et pleins du Saint-Esprit ! eux qui par conséquent sont si grands à leurs propres yeux ! eux qui ne craignent point de se tromper en expliquant les écritures, quoiqu'ils assurent que l'église entière s'y est trompée pendant tant de siècles !

Remarquez encore, mes frères, que ce n'est pas précisément la parole de Dieu, mais leur propre explication , qui est le fondement de leur foi car il n'est pas ques

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