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ses profondes études et ses travaux continuels pour le service de l'église, avait néanmoins, comme nous l'assure son saint et fidèle ami Grégoire de Nazianze, une assiduité sans relâche dans l'oraison, et une ferveur invincible dans les veilles des nuits où l'on chantait les louanges de Dieu ?

Confus à la vue d'un tel exemple, tàchons de ranimer notre foi et notre charité, qui sont presque éteintes. Considérons que notre salut dépend des graces que nous recevrons, et de la fidélité avec laquelle nous suivrons les impressions de l'esprit de Dien.

Or les graces ne s'obtiennent que par la prière ; la ferveur ne s'excite et ne se maintient que par la prière; donc une ame qui a peu

de ferveur doit regarder l'usage de la prière comme le moyen auquel Dieu attache les graces nécessaires à notre salut.

Nous établirons par ce discours, 1.° La nécessité générale de la prière ;

2.° Les besoins particuliers que chacun a de prier dans sa condition;

3.° La manière dont nous devons prier pour rendre notre prière fructueuse, et agréable à Dieu.

Il faut pricr, c'est un devoir indispensable pour tous les chrétiens.

Il faut prier, chacun en a besoin pour pouvoir remplir sa vocation,

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n faut prier, et c'est la manière dont nous prierons qui décidera de notre salut.

PREMIÈRE PARTIE. Dieu seul peut nous instruire de l'étendue de nos devoirs, et de toutes les maximes de la religion que nous avons besoin de connaitre. Les instructions des hommes, quelque sages et bien intentionnés qu'ils soient, se trouvent néanmoins faibles et imparfaites, si Dieu n'y joint les armes des lumières intérieures dont parle saint Paul, et qui assujetissent nos esprits à la vérité.

Les défauts mêmes qui paraissent dans tous les hommes font tort dans notre esprit aux vérités que nous apprenons d'eux. Telle est notre faiblesse, que nous ne sommes jamais irrépréhensibles. Telle est la faiblesse de ceux qui ont besoin d'être corrigés, qu'ils ne reçoivent point avec assez de respect et de docilité les instructious des autres hommes qui sont imparfaits comme eux.

Mille soupçons, mille jalousies, mille craintes, mille intérêts, mille préventions nous empêchent de profiter de ce que les autres hommes veulent nous apprendre ; et quoiquäls aient l'autorité et l'intention de nous annoncer les vérités les plus solides, ce quäls font affaiblit toujours ce qu'ils disent. En un mot, il n'appartient qu'à Dieu de Tious instruire parfaitement.

Plat à Dieu disait saint Bernard en écrivant à une personne pieuse , plût à Dieu qu'il daignât par sa miséricorde faire distiller sur moi, qui ne suis qu’un misérable pécheur, quelques gouttes de cette pluie volontaire et précieuse qu'il réserve à son héritage (1) ! je tâcherais de la verser dans votre cour. Mais si vous cherchez moins à satisfaire une vaine curiosité, qu'à vous procurer une instruction solide, vous trouverez plutôt la vraie sagesse dans les déserts

que dans les livres; le silence des rochers et des forêts les plus sauvages vous instruira bien mieux que l'éloquence des hommes le plus şages et les plus savans. Non-seulement les hommes qui vivent dans l'oubli de Dieu et qui courent après les vanités trompeuses du monde, mais encore les gens qui s'appliquent aux objets de la foi, et qui vivent selon cette règle, ne trouvent point en cux-mêmes, quelque bon esprit qu'ils puissent avoir, les véritables principes qui leur sont nécessaires. Nous n'avons, dit saint Augustin , de notre propre fonds que mensonge et que péché; tout ce que nous possédons de vérité et de justice, est un bien emprunté, il découle de cette fontaine divine qui doit exciter en nous une soif ardente dans l'affreux désert de ce monde, afin qu'étant rafraîchis et désaltér's

(1) Pseaume 67,

par quelques gouttes de cette rosée céleste, nous ne tombions pas en défaillance dans le chemin qui nous conduit à notre bienheureuse patrie.

Tout autre bien, dit ailleurs ce père, dont notre cour cherchera à se remplir, ne fera qu'en augmenter le vide, sachez que vous serez toujours pauvre, si vous ne possédez pas le véritable trésor qui seul peut vous enrichir.

Toute lumière qui ne vient point de Dieu est fausse; elle ne fera que nous éblouir, au lieu de nous éclairer dans les routes difficiles que nous avons à tenir au milieu des précipices qui nous environnent. Notre expérience et nos réflexions ne peuvent nous donner dans toutes les occasions des règles justes et certaines ; les conseils de nos amis les plus sensés et les plus sincères ne le seront jamais assez pour

redresser notre conduite et nos sentimens; mille choses leur échapperont, et mille autres qui ne leur auront pas échappé leur paraîtront trop fortes pour nous être dites; ils les supprimeront, ou du moins ils ne nous en laisseront entendre que la moindre partie : elles passent tantôt les bornes du zèle de ces amis pour nous; et tantôt celles de notre confiance pour eux. La critique même de nos enneinis, toute vigilante et sévère qu'elle est, ne peut aller jusques à nous désabuser de nous-mêmes; leur inalignité sert

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même de prétexte à notre amour - propre , par l'indulgence qu'il veut nous inspirer en faveur de nos plus grands défauts ; et l'aveuglement de cet amour-propre va tous les jours jusqu'à trouver moyen de faire en sorte qu'on soit content de soi, quoiqu'on ne contente personne.

Que faut-il conclure parini tant de ténèbres ? Qu'il n'appartient qu'à Dieu de les dissiper; que lui seul est le maitre non suspect et toujours infaillible; qu'il faut le consulter, et qu'il nous apprendra, si nous sommes fidèles à l'invoquer, tout ce que les hommes n'oseraient nous dire, tout ce que les livres ne peuvent nous apprendre que d'une manière vague et confuse, tout ce que nous avons besoin de savoir, et que nous ne saurions jamais nous dire à nous-mêmes.

Concluons que le plus grand obstacle à la véritable sagesse est la présomption qu'inspire la fausse; que le premier pas vers cette sagesse si précieuse est de soupirer après elle ; de sentir le besoin où nous sommes de l'acquérir; et de nous convaincre enfin fortement, selon les termes de saint Jacques (1); que ceux qui cherclient cette sagesse si peu connue doivent s'adresser au Père des lumières, qui la donne libéralement à tous ceux qui la lui demandent de bonne

(1) Jacques, chap. 1.

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