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prières, mais vous ne prierez point véritablement. Car d'où nous pourrait venir , dit encore saint Augustin, la véritable application à méditer la loi de Dieu , si elle ne nous est donnée par l'amour de celui - là même qui nous a imposé cette loi ? Aimons donc, et nous prierons. Heureux, à la vérité, dit ce père, de penser sérieusement aux vérités de la religion ! mais mille fois plus heureux encore de les goûter et de les aimer!

Au reste, dit-il, il faut que ce soit une douleur sincère de n'être pas assez fidèle à Dieu, et non pas le dégoût naturel

que

les créatures vous donnent d'elles , qui tourne votre cour du côté de Dieu , qui vous fasse prier et gémir. Il faut desirer ardemment que Dieu vous accorde les biens spirituels, et que l'ardeur de votre desir vous rende dignes d'être exaucés : car si vous ne priez que par coutume, ou par faiblesse, dans le temps de la tribulation ; si vous n'honorez Dieu que des lèvres, pendant que votre coeur est éloigné de lui ; si vous ne sentez point en vous d'affection et d'empressement pour le succès de vos prières ; si vous demeurez toujours dans une indifférence et dans une froideur mortelle en approchant de ce Dieu qui est un feu consumant; si vous n'excitez point en vous le zèle de sa gloire, la haine du péché, l'amour de votre propre perfection; n'attendez pas que des prières si languissantes puissent être efficaces. Le cæur de Dieu ne se laissera jamais toucher que par l'amour qui s'allumera dans le vôtre.

Il faut prier avec persévérance. Saint Bernard dit qu'il est indigne de cette haute majesté de se laisser trouver, à moins qu'on ne la cherche avec un cour parfait. Le coeur parfait est celui qui ne se lasse jamais de chercher Dieu. Aussi saint Augustin nous assure-t-il qu'on ne peut mériter d'obtenir dans la prière ce que l'on demande, si on ne le cherche avec l'assiduité et la patience qu'un si grand bien mérite.

Appliquons-nous cette règle, et faisonsnous, malgré notre amour-propre, une justice exacte. Faut-il s'étonner si Dieu nous laisse si souvent dans des états d'obscurité, de dégoût, et de tentation ? Les épreuves purifient les ames humbles ; elles servent aux ames infidèles à expier leurs fautes ; elles confondent celles qui veulent flatter dans l'oraison même leur lâcheté et leur orgueil.

Si une ame innocente , détachée des créatures, et appliquée avec assiduité à Dieu , souffrait les délaissemens intériedrs, elle devrait s'humilier, adorer les desseins de Dieu sur elle, redoubler ses prières et sa ferveur. Comment des personnes qui ont à se reprocher tous les jours des infidélités continuelles, oseront-elles se plaindre que

Dieu leur refuse ses communications? Ne doivent-elles pas avouer que ce sont leurs péchés, selon le terme de l'écriture (1), qui ont formé un épais nuage entre le ciel et elles, et que Dieu s'est justement caché à leurs yeux?

Cent fois Dieu ne nous a-t-il pas recherchés dans nos égaremens ? cent fois, ingrats que nous sommes

n'avons-nous pas été sourds à sa voix, et insensibles à ses bontés ? Il veut nous faire sentir à son tour combien nous étions aveugles et misérables en le fuyant; après s'être lassé à nous prévenir il veut enfin que nous le prévenions; il nous réduit à acheter par notre patience les faveurs qu'il nous prodiguait autrefois, et dont nous ignorions le prix. N'est-ce pas une vanité et une délicatesse honteuse que de supporter impatiemment un tel procédé que nous avons eu nous-mêmes à son égard ? Combien nous a-t-il attendus ? n'est-il pas juste qu'il se fasse attendre ?

Qui est celui qui peut se vanter d'avoir fait sans réserve tout ce qu'il doit, d'avoir réparé toutes ses négligences passées, d'avoir purifié son coeur, d'être en droit d'attendre

que Dieu l'écoute favorablement ? Hélas ! tout notre orgueil, quelque grand qu'il soit, ne saurait suffire pour nous inspirer cette pré

(1) Jérém. 3,

somption, tant le sentiment de notre misère nous presse! Si donc le Seigneur nous soustrait les graces sensibles, adorons sa justice, taisons-nous, humilions - nous devant lui, prions sans cesse.

C'est cette humble persévérance qui l'apaisera, c'est cette espèce d'importunité qui obtiendra de lui ce que nous ne méritons pas

d'obtenir nous-mêmes, et qui nous fera heureusement passer des ténèbres à la lumière. Car sachez, dit saint Augustin, que Dieu est présent, lors même qu'il paraît éloigné de nous. Il se cache pour faire augmenter nos desirs ; et il ne dissère, lui qui est le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, à adoucir toutes nos peines , que pour ne point fonder l'ouvrage de notre perfection sur une volonté faible, impatiente et attachée aux choses sensibles.

Qu'il est facile d'aimer Dieu lorsqu'il se montre à noụs dans toutes ses beautés, et qu'il nous soutient par le plaisir même dans cette union étroite avec lui! Combien voyonsnous d'ames lâches qui ne veulent le servir que par intérêt, et qui se découragent dès que

Dieu cesse de les flatter! Loin de nous une piété si faible et si mercenaire ! attachons-nous à Dieu pour Dieu même.

Souvenons-nous que c'est dans l'état d'obscurcissement et de privation que la solide charité s'éprouve et se soutient elle-même; sans cela les consolations intérieures anéantiraient le mystère de la croix qui doit s'accomplir en nous ; sans cela en vain JesusChrist serait monté au ciel pour dérober à ses disciples sa présence. Hé ! que peut-on attendre d'une ame qui attend elle - même que Dieu la console pour se donner à

lui?

Enfin il faut prier avec pureté d'intention. Il ne faut point, dit saint Bernard, mêler dans nos prières les choses vaines avec les véritables, les périssables avec les éternelles, des intérêts bas et temporels avec ceux de notre salut. C'est bien prier, dit saint Augustin, que de ne chercher que Dieu seul ; c'est mal prier que de chercher

par

lui d'autres biens. Ne prétendez pas, dit-il, rendre Dieu le protecteur de votre amour-propre et de votre ambition , mais l'exécuteur de vos bons desirs. Vous recourez à Dieu afin qu'il satisfasse vos passions , et souvent afin de vous garantir des croix dont il connaît que vous avez besoin. Quand il vous aime, dit encore ce père, il vous refuse ce que votre amourpropre vous fait demander; dans sa colère il vous accorde ce qu'il est dangeureux que vous obteniez. N'allez donc point porter aux pieds des autels des voeux indécens, des desirs mal réglés , et des prières indiscrètes. Ne deman

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