Images de page
PDF
ePub

SUR

LES CARACTÈRES DE LA PIÉTÉ.

Il faut que les pécheurs fassent une exacte recherche des péchés dont ils sont coupables, afin de s'en humilier et de s'en punir (1). Il faut aussi que

les

personnes qui font profession de piété, et qui vivent dans la retraite, exemptes des désordres grossiers du monde , examinent attentivement devant Dieu l'imperfection et le peu de solidité des vertus qu'elles ont acquises. Sans cet examen, qui sert à nous retenir dans l'humilité, dans la crainte et dans la défiance de nous-mêmes, nos vertus mêmes nous deviennent nuisibles, ou du moins dangereuses ; elles nous inspirent une confiance présomptueuse ; elles font que nous sommes contens de nous , et que nous passons notre vie dans un état plein d'illusions (2).

Combien voit-on de gens qui , sur cette vaine confiance en leur bonne intention, s'engagent dans de fausses conduites ! de

(1) Je repasserai devant vous tontes les années de ma vie dans l'amertume de mon cæur. Is. 38, 15, .

(1) Apoc. 3, 17,

gens qui sont grossièrement abusés d'eur. mêmes , et qui choquent et scandalisent leur prochain, en s'imaginant lui plaire et l'édia fier (1)! Rien n'est plus redoutable que ces exemples; rien n'est plus propre à nous rappeler sérieusement en nous - mêmes pour nous faire étudier soigneusement ce que nous sommes. Peut-être sommes-nous semblables à ces personnes abusées d'elles-memes dont nous avons pitié ; peut-être que d'autres nous regardent avec la inême compassion. Ces gens-là ont bonne intention, et croient être dans une conduite droite aussibien que nous. Ne sommes-nous point dans l'erreur, et ne nous flattons-nous pas comme eux ? C'est l'amour-propre qui les flatte et les éblouit; n'avons-nous point en nous ce même séducteur ? Craignons donc d'être dans cette voie, dont les commencemens paraissent sûrs et droits , mais qui aboutit enfin à la mort (2). Nous devons ce zèle et ce soin à la dévotion, de la rendre en nous irrépréhensible. Tant de gens lui font tort par les faiblesses et les indiscrétions qu'ils y mêlent, que nous devons régler la notre d'une manière qui répare ce scandale et ce déshonneur.

(1) Souvent notre esprit se flatte et se persuade d'aimer dans le bien ce qu'il n'aime pas en effet. S. Greg Past. 2, c. 9.

(2) Prov. 14, 12.

[ocr errors]
[ocr errors]

Que ne devons-nous point à la piété (1)! c'est elle qui nous a délivrés d'une infinité d'erreurs et qui nous a fait vaincre nos passions et nos mauvaises habitudes ; qui nous a dégoûtés des plaisirs empoisonnés du monde, qui nous a convaincus et touches des vérités salutaires de la religion, et qui nous a garantis des piéges funestes dont le siècle est rempli. Serons-nous ingrats apres tant de bienfaits reçus ? N'aurons-nous point

le courage de sacrilier à la piété toutes nos e inclinations déréglées, quoi qu'il en puisse

coûter à notre amour-propre? Au reste, gardons-nous bien de juger de notre vertu par les apparences. Les balances trompeuses du monde, que l'écriture appelle abominables , sont bien differentes de celles dont la justice de Dieu se sert pour peser toutes nos actions (2). Souvent Dieu, qui pénètre les plus secrets replis des cours, y voit et y condamne certaines passions déguisées , pendant que les dehors paraissent vertueux et exemplaires aux yeux du monde.

Or il est sûr que Dieu ne s'arrête jamais $ à cet extérieur, et qu'une vertu superficielle

ne saurait l'éblouir. Gardons-nous donc bien de nous contenter d'une conduite extérieure

(1) La piété est utile à tout. I Tim. 4, 8.

• Ps.61, 10. Prov. 11, 1, Oség 12 , 7. Ps.7, 19, Hébr. 4, 13. Apoc. 3.

ment régulière ; voyons si l'essentiel de la piété se trouve dans nos sentimens et dans nos actions.

Piété utile à tous ; piété simple et désintéressée; piété constante ; piété qui fait le bien et qui le cache ; piété qui ne cherche point à plaire aux hommes, ou du moins qui ne veut leur plaire que pour plaire à Dieu (1); piété enfin qui va jusqu'à s'oublier soi-même pour n'être appliquée qu'à la correction de ses défauts et à l'accomplissement de ses devoirs (2)

Encore une fois , examinons en présence de Dieu si la notre est faite de la sorte , et fesons cet examen par rapport à Dieu, par rapport à nous-mêmes, par rapport au prochain. Ces trois considérations feront le sujet de ce discours.

PREMIER POINT.

CHACUN de nous doit s'examiner soimême pour découvrir s'il est dans les dispositions où il doit être à l'égard de Dieu , et sans lesquelles toute sa piété, quelque fervente qu'elle paraisse au-dehors, ne saurait avoir de solidité. Voyons donc si nous

(1) Galat. ! , 10.

(2) Je tâche de plaire à tous en toutes choses, de cherchant point ce qui m'est avantageux, mais ce qui l'est à plusieurs pour être sauvées. I Cor. 10, 33.

aimons à souffrir pour Dieu, si nous sommes disposés à mourir pour nous unir à lui , si nous sommes bien aises de nous occuper de lui , et enfin si nous sommes déterminés à nous abandonner à lui. C'est dans l'examen de ces quatre choses que nous reconnaîtrons le véritable état de notre cour.

I. Aimons-nous à souffrir pour Dieu? Je ne parle point d'un certain amour vague des souffrances qui paraît dans les paroles , et qui manque dans les actions ; d'un amour des souffrances qui ne consiste qu'en une coutume de parler magnifiquement et affectueusement du prix et de l'excellence des croix, pendant qu'on les fuit avec délicatesse , et qu'on recherche tout ce qui peut rendre la vie molle et sensuelle. Encore une fois, je ne parle point de cette spiritualité imaginaire qui fait qu'on ne s'entretient que de résignation, de patience, de joie dans les tribulations, pendant qu'on est sensible aux moindres incommodités, et qu'on tend par toute sa conduite à ne souffrir jamais de personne, et à ne manquer de rien. Saint Paul avait des sentimens bien contraires à ceux des lâches chrétiens qui vivent de la

lorsqu'il disait (1), qu'il se sentait comblé de toute sorte de joie et de consolation , lors inême que son corps ne jouis

sorte,

(1) II Cor. 7, 4.

« PrécédentContinuer »