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« Sire, excellente compagnie,
« De l'esprit comme on n'en a point,
« Gens charmants, instruits de tout point,
« Et d'une ressource infinie.
« Ce sont des conversations
« Incroyables, fort amusantes;« Il s'y traite des questions
« Très neuves, très intéressantes.
« Par exemple, quand je partis,
« On avoit mis sur le tapis
a Un problême assez difficile,
« Et sur lequel toute la ville
(( Parloit sans pouvoir s'accorder:« La question étoit critique;
« Il s'agissoit de décider
« Une matiere politique,
« Et qui, de votre Majesté,
« Ou de Monsieur, étoit l'aîné. »

Sur notre gauloise ineptie
C'est trop arrêter vos regards,
Tandis que la gloire, les arts,
Et le bonheur de la patrie
Vous occupent de toutes parts,
Tandis que votre main féconde
Soutient, dans ses brillants travaux,
Le pavillon et les drapeaux
Du pacificateur du monde.

Puissent mon hommage et mes vers

Vous être heureusement offerts,
Loin du bruit de la galerie,
Loin du chaos des suppliants,
Quand vous viendrez quelques instants
Respirer à la tuilerie!
C'est dans ce séjour enchanteur,
Palais de Flore et de Minerve,
Que le premier fruit de ma verve
Reçut le prix le plus flatteur
Des suffrages dont je conserve
Un souvenir cher à mon cœur;
C'est dans ces beaux lieux que j'espere
Aller quelque jour vous offrir
Le pur encens d'un solitaire,
Avec les fruits de son loisir;Et dans les différentes classes
D'originaux, valant de l'or,
Dont j'ai peint, dans un libre essor,
L'esprit, la sottise, et les graces,
Vous trouverez peut-être encor
Que, même sous un ciel barbare,
J'ai sauvé de l'obscurité
Un rayon de cette gaieté
Qui devient aujourd'hui si rare,
Quoique très bonne à la santé.

ÉPITREXIII.

A M. LE CTE DE ROCHEMORE.

Élevé et successeur d'Horace,
De Despréaux et d'Hamilton,
Vous qui nous ramenez leur ton,
Et leur coloris, et leur grace,
Sans effort, sans prétention,
Sans intrigue, et sans dédicace;
O vous, dont l'aigle et les zéphyrs
Guident au gré de vos desirs
La route toujours neuve et sûre,
Peintre brillant de la nature,
De la sagesse et des plaisirs;
Quand vous dérobez à notre âge
Des tableaux que la vérité,
Et le génie, et la gaîté
Ont marqués, par la main d'un sage,
Du sceau de l'immortalité;
Dites-moi, divin solitaire,
Dites, par quelle cruauté

Rappelez-vous à la lumiere
Un phosphore, une ombre légere
Qu'ont tracé mes foibles crayons,
Et dont la lueur passagere
S'efface aux feux de vos rayons?
Sur les songes de ma jeunesse
Laissez les voiles de l'oubli;
Que mon désert soit embelli
Par votre main enchanteresse:
Voilà le seul lien de fleurs
Par qui je veux tenir encore
A cet art qu'on profane ailleurs,
Et que la raison même adore
Quand il brille de vos couleurs.
Prenez cette lyre éclatante
Qui, par ses sons majestueux,
Maîtrise mon ame, m'enchante,
M'éleve à la hauteur des cieux;
Ou que ce facile génie
Qui de la céleste harmonie
Sait descendre aux délassements
D'une douce philosophie,
M'offre encor ces amusements,
Ces écrits sans cajolerie,
Sans satire, sans basse envie,
Ces écrits nobles et riants,
Sans pesante bouffonnerie,
Où la gaîté, jointe au bon sens,

Crayonne l'humaine folie
Sous les traits heureux et brillants
De la bonne plaisanterie,
Dont tout le monde a la manie,
Et qu'atteignent si peu de gens.
Mais, par malheur pour qui vous aime,
Ne confiant rien qu'à regret,
Toujours mécontent de vous-même,
Vous voulez être trop parfait;
Et dans votre trop beau système
Un ouvrage n'est jamais fait.
Contre mes vœux et mes instances
Tous vos prétextes sont usés:Soyez moins parfait, et lisez;J'aime jusqu'à vos négligences.
Pourquoi vous ravir si souvent
A l'amitié qui vous rappelle,
Et lui cacher si constamment
Des trésors qui sont faits pour elle?
Sauvage enfant de Philomele,
Vous êtes cet oiseau charmant
Qui, sous la verdure nouvelle,
Content du ciel pour confident
De la tendresse de son chant,
Semble fuir la race mortelle,
Et s'envole dès qu'on l'entend.

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