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Au lieu de la sphere armillaire Que la colonne éleve aux deux, Plaçons l'image auguste et chere D'un monarque victorieux, Et que ce phare lumineux Au-dessus du rang ordinaire Des monuments de nos aïeux, Sur le bronze et l'or, à nos yeux Présente l'astre tutélaire De tant de triomphes fameux. Et tandis que ce noble hommage, Trophée unique en nos climats, Et digne du goût de notre âge, Peindra les héros des combats, Qu'ailleurs une place immortelle S'éleve au héros de la paix, Monument brillant et fidele De l'amour, du respect, du zele, Et des talents de ses sujets; Les ministres de Calliope Y graveront le nom sacré D'un monarque, heureux, adoré, Et le bienfaiteur de l'Europe.

ÉPITRE XVII.

SUR L'ÉGALITÉ.

Tout est égal après les dieux.
Le même jour, la même argile,
Nous donna les mêmes aïeux;
Et malgré ces tributs honteux
D'une dépendance servile,
Que l'opinion imbécille
Paie à des titres fastueux,
Exempte d'un culte hypocrite,
La raison ne connoît de rangs
Que ceux que donne le mérite,
Et de titres que les talents.
Sur la liste qu'elle a des hommes
Peu de noms se trouvent écrits.
Trop souvent les riches lambris
N'enferment que de vains fantômes,
Le vil objet de ses mépris;
Tandis que sous un toit vulgaire,
Loin de l'insolence et des grands,

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Aux pieds d'un mortel solitaire
Elle va porter son encens.
Toi, qu'elle suit et qu'elle éclaire,
Toi, qui ne t'es jamais prêté
Aux bassesses de l'imposture;
Toi, dont l'inflexible droiture
N'a jamais encore écouté
Que les regles de la nature
Et que l'austere vérité;Viens, ami, fuyons les idoles
Que fabriqua la vanité:

Convaincus de l'égalité,
Vengeons contre des dieux frivoles
L'injure de l'humanité;

Et, libres d'un hommage infame,

Loin de la foule relégués,

Ne distinguons que ceux que l'ame

Et les talents ont distingués.

Quels sont donc aux yeux des vrais sages

Les talents, ce céleste don?

Tout en usurpe les hommages,

Et tout en profane le nom.

Appartient-il ce nom sublime

A tous ces arts laborieux

Nés du luxe qui les anime,

Et du besoin industrieux?

Ainsi donc confondus sans cesse,

Le hasard, l'instinct et l'adresse,

Sous ce nom viendroient se placer
Au même degré de noblesse
Que la dignité de penser.
Parmi l'aveugle multitude,
Et chez le vulgaire des grands,
L'industrie et la docte étude
N'ont point de grades différents:Les plus nobles fruits de nos veilles
N'y trouvent pas d'autre destin
Que les mécaniques merveilles
Ou de la voix ou de la main,
Et dans cette estime stupide
On voit ensemble confondus
Horace avec Tigellius,
Et Praxitele et Thucydide,
Et Cicéron et Roscius.
Mais la fiere philosophie,
Instruite sans prévention
Que souvent le même génie
Est une aigle chez l'industrie,
Un insecte chez la raison,
Ne souffre point qu'un même nom
Honore sans distinction
Ce qui végete et ce qui pense,
Ni qu'on associe à ses yeux
La matiere et l'intelligence,
Les automates et les dieux.

Fidele aux lois qu'elle m'inspire,
Je n'appelle ici les talents
Que l'art de penser et d'écrire,
L'art de peindre les sentiments,
Et que les dons de ce génie
Qui fait dans des genres divers
Les oracles de la patrie
Et les maîtres de l'univers.
Qu'on ne pense point qu'idolâtre
Des lyriques divinités,
Je n'aille offrir que leur théâtre,
Ou que leurs antres écartés.
Tous les esprits ont mon hommage;
J'adore Homere et Cicéron,
Démosthene, Euclide, et Platon;
Et, pour embellir la raison,
Si du poétique rivage
Aujourd'hui j'emprunte le ton,
Qu'au hasard et sans esclavage
La rime s'offre à mon pinceau,
Je m'arrête au vrai de l'image
Et non au cadre du tableau.
Loin du palais où l'opulence
Attire un peuple adulateur,
Loin de l'autel où l'on encense
Le fantôme de la grandeur,
Dans une heureuse solitude

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