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Avant d'ôter à la vie
Celle dont j'écris le sort,
Le ciel vous l'avoit ravie
Par une premiere mort;
D'un monde que l'erreur vante
Une retraite fervente
Lui fermoit tous les chemins;
Pour Dieu seul encor vivante,
Elle étoit morte aux humains.

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La victime, Dieu propice,
A l'autel * alloit marcher:
Déja pour le sacrifice
L'amour saint dresse un bûcher,
L'encens, les fleurs, tout s'apprête;
Bientôt ta jeune conquête...
Mais quels cris? qu'entend-je? Hélas !
J'allois chanter une fête,
Il faut pleurer un trépas.

Ainsi périt une rose
Que frappe un souffle mortel;
On la cueille à peine éclose
Pour en parer un autel:
Depuis l'aube matinale

* Elle étoit sur le point de faire profession. Elle prononça ses voeux avant d'expirer.

La douce odeur qu'elle exhale
Parfume un temple enchanté;
Le jour fuit, la nuit fatale
Ensevelit sa beauté.

Ciel, nous plaignons sa jeunesse
Dont tes lois tranchent le cours;
Mais aux yeux de ta sagesse
Elle avoit assez de jours.
Ce n'est point par la durée
Que doit être mesurée
La course de tes élus,
La mort n'est prématurée
Que pour qui meurt sans vertus.

Vous donc, l'objet de mes rimes,
Ne pleurez point son bonheur;
Par ces solides maximes
Raffermissez votre cour.
Que l'arbitre des années,
Dieu, qui voit nos destinées
Éclore et s'évanouir,
Joigne à vos ans les journées
Dont elle auroit dû jouir!

VII.

SUR L'INGRATITUDE.

Quelle Furie au teint livide
Souffle en ces lieux un noir venin?
Sa main tient ce fer parricide
Qui d’Agrippine ouvrit le sein;
L'insensible Oubli, l'Insolence,
Les sourdes Haines, en silence
Entourent ce monstre effronté,
Et tour-à-tour leur main barbare
Va remplir sa coupe au Tartare
Des froides ondes du Léthé.

Ingratitude, de tels signes
Sont tes coupables attributs :
Parmi tes bassesses insignes
Quel silence assoupit Phébus?
Trop long-temps tu fus épargnée;
Sur toi de ma muse indignée
Je veux lancer les premiers traits :

Heureux, même en souillant mes rimes
Du récit honteux de tes crimes,
Si j'en arrête le progrès !

Naissons-nous injustes et traîtres ?
L'homme est ingrat dès le berceau;
Jeune, sait-il aimer ses maîtres?
Leurs bienfaits lui sont un fardeau;
Homme fait, il s'adore, il s’aime,
Il rapporte tout à lui-même,
Présomptueux dans tout état;
Vieux enfin, rendez-lui service,
Selon lui c'est une justice:
Il vit superbe, il meurt ingrat.

Parmi l'énorme multitude
Des vices qu’on aime et qu'on suit,
Pourquoi garder l'ingratitude,
Vice sans douceur et sans fruit?
Reconnoissance officieuse,
Pour garder ta loi précieuse,
En coûte-t-il tant à nos cours?
Es-tu de ces vertus séveres
Qui par des regles trop austeres
Tyrannisent leurs sectateurs?

Sans doute il est une autre cause
De ce lâche oubli des bienfaits :

L'Amour-propre en secret s'oppose
A de reconnoissants effets;
Par un ambitieux délire
Croyant lui-même se suffire,
Voulant ne rien devoir qu'à lui,
Il craint dans la reconnoissance
Un témoin de son impuissance,
Et du besoin qu'il eut d'autrui.

Paré d'une ardeur complaisante,
Pour vous ouvrir à la pitié,
L'ingrat à vos yeux se présente
Sous le manteau de l'amitié;
Il rampe,

adulateur servile:
Vous pensez, à ses voux facile,
Que vous allez faire un ami.
Triste retour d'un noble zele!
Vous n'avez fait qu'un infidele,
Peut-être même un ennemi.

Déja son oeil fuit votre approche,
Votre présence est son bourreau;
Pour s'affranchir de ce reproche
Il voudroit voir votre tombeau.
Monstre des bois, race farouche,
On peut vous gagner, on vous touche,
Vous sentez le bien qu'on vous fait;
Seul, des monstres le plus sauvage,

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