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Dans un semblable malheur,
D'un chagrin pusillanime
Sut sauver son noble cœur:
A la Parque en vain rebelle,
Pourquoi m'affliger? dit-elle;
J'y songeai dès son berceau;
J'élevois une mortelle
Soumise au fatal ciseau.

Mais non, stoïques exemples,
Vous êtes d'un vain secours;Ce n'est que dans tes saints temples
Grand Dieu! qu'est notre recours:Pour guérir ce coup funeste
Il faut une main céleste;N'espérez rien des mortels:Un consolateur vous reste,
Il vous attend aux autels.

Portez donc au sanctuaire,
Soumise aux divins arrêts,
Portez le cœur d'une mere
Chrétienne dans ses regrets;
Adorez-y dans vos peines
Les volontés souveraines
Du dispensateur des jours:
Il rompt nos plus tendres chaînes,
Pour fixer seul nos amours.

Avant d oter à la vie
Celle dont j'écris le sort,
Le ciel vous l'avoit ravie
Par une premiere mort;
D'un monde que l'erreur vante
Une retraite fervente
Lui fermoit tous les chemins;
Pour Dieu seul encor vivante,
Elle étoit morte aux humains* *'

La victime, Dieu propice,

A l'autel * alloit marcher:

Déja pour le sacrifice

L'amour saint dresse un bûcher,

L'encens, les fleurs, tout s'apprête;

Bientôt ta jeune conquête...

Mais quels cris? qu'entend-je? Hélas!

J'allois chanter une fête,

Il faut pleurer un trépas.

Ainsi périt une rose Que frappe un souffle mortel; On la cueille à peine éclose Pour en parer un autel: Depuis l'aube matinale A

* Elle étoit sur le point de faire profession. Elle prononça ses vœux avant d'expirer.

La douce odeur qu'elle exhale
Parfume un temple enchanté;
Le jour fuit, la nuit fatale
Ensevelit sa beauté.

Ciel, nous plaignons sa jeunesse
Dont tes lois tranchent le cours;
Mais aux yeux de ta sagesse
Elle avoit assez de jours.
Ce n'est point par la durée
Que doit être mesurée
La course de tes élus,
La mort n'est prématurée
Que pour qui meurt sans vertus.

Vous donc, l'objet de mes rimes,
Ne pleurez point son bonheur;
Par ces solides maximes
Raffermissez votre cœur.
Que l'arbitre des années,
Dieu, qui voit nos destinées
Éclore et s'évanouir, Joigne à vos ans les journées
Dont elle auroit dû jouir!

VII.

SUR L'INGRATITUDE.

Quelle Furie au teint livide
Souffle en ces lieux un noir venin?
Sa main tient ce fer parricide
Qui d'Agrippine ouvrit le sein;
L'insensible Oubli, l'Insolence,
Les sourdes Haines, en silence
Entourent ce monstre effronté,
Et tour-à-tour leur main barbare
Va remplir sa coupe au Tartare
Des froides ondes du Léthé.

Ingratitude, de tels signes
Sont tes coupables attributs:
Parmi tes bassesses insignes
Quel silence assoupit Phébus?
Trop long-temps tu fus épargnée;
Sur toi de ma muse indignée
Je veux lancer les premiers traits:
Heureux, même en souillant mes rimes
Du récit honteux de tes crimes,
Si j'en arrête le progrès!

Naissons-nous injustes et traîtres?
L'homme est ingrat dès le berceau;
Jeune, sait-il aimer ses maîtres?
Leurs bienfaits lui sont un fardeau;
Homme fait, il s'adore, il s'aime,
Il rapporte tout à lui-même,
Présomptueux dans tout état;
Vieux enfin, rendez-lui service,
Selon lui c'est une justice:
Il vit superbe, il meurt ingrat.

Parmi l'énorme multitude
Des vices qu'on aime et qu'on suit,
Pourquoi garder l'ingratitude,
Vice sans douceur et sans fruit?
Reconnoissance officieuse,
Pour garder ta loi précieuse,
En coûte-t-il tant à nos cœurs?
Es-tu de ces vertus séveres
Qui par des regles trop austeres
Tyrannisent leurs sectateurs?

Sans doute il est une autre cause
De ce lâche oubli des bienfaits:

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