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VIII.

AU ROI STANISLAS.

Frivole ivresse, vain délire,
Remplirez-vous toujours nos chants?
Sans vos écarts, l'aimable lyre
N'a-t-elle point d'accords touchants?
Fuyez ; mais vous, guidez mes traces,
Sœurs des Amours, naïves Graces;
Que le goût marche sur vos pas.
N'approuvez point ces sons stériles,
Ni ces fougues trop puériles
Que la raison n'approuve pas.

Près d'un héros chantez sans craindre;
Mêlez des fleurs à ses lauriers:
Je ne vous donne point à peindre
Sa grande ame, ses faits guerriers;
Mars effraieroit vos voix timides;
Laissez ces vertus intrépides
Aux accents du dieu de Claros: -

Chantez sur des tons plus paisibles
Ces vertus douces et sensibles
Qui nous font aimer les héros.

Tracez l'aimable caractere
D'un prince formé de vos mains:
Stanislas... Ce nom doit vous plaire;
Rappelez ses premiers destins:
Je vous vois, brillantes déesses,
Combler son cœur de vos largesses;
Il saura gagner tous les'cceurs.
De sa jeunesse fortunée
Vous avez fait la destinée;
Vous lui devez d'autres faveurs.

Aux potentats son sang l'égale:
Pourquoi n'en a-t-il pas les droits?
Il possede une ame royale;
Que ne le vois-je au rang des rois!
Graces, c'est à votre puissance
De suppléer à la naissance
Ce qu'a manqué l'aveugle sort;
Allez, recueillez les suffrages,
Soumettez-lui les fiers courages
Des plus nobles peuples du nord.

Mais déja l'alégresse éclate;
Il paroît, il est couronné;

Il charme l'austere Sarmate
Au pied du trône prosterné:
Pour munir d'un brillant auspice
Ce choix dicté par la justice,
La Victoire y mêle la voix
D'un jeune arbitre des couronnes *,
Moins jaloux d'occuper des trônes,
Qu'orgueilleux de faire des rois.

Sur ces deux princes magnanimes
Tout l'univers porte les yeux;
Unis par leurs exploits sublimes,
Un temps les voit victorieux...
Mais quelle soudaine disgrace!
Charles tombe, son nom s'efface,
Son pouvoir est évanoui.
O conquêtes, ô sort fragile!
Il avoit vécu comme Achille,
Il meurt au même âge que lui.

Quelle perte pour tes provinces!
Quand la Suede pleure son roi,
Pologne, le plus doux des princes
Cesse aussi de régner sur toi.
Il t'en reste encor l'espérance...

* Charles XII.

Sois son asile, heureuse France,
Séjour des rois dans leurs malheurs:
S'il perd des sujets trop volages,
Tu lui remplaces leurs hommages
Dans ceux qu'il reçoit de nos cœurs.

Sous une couronne héritée

Souvent un roi vit sans splendeur;

Une couronne méritée

Fait la véritable grandeur:

Que Bellone ensuite ou les trames

La ravissent aux grandes ames

Qui la tenoient de l'équité,

Loin de perdre rien de son lustre,

Leur grand cœur d'un malheur illustre

Tire une nouvelle clarté.

Oui, ta fuite, injuste fortune,
N'enleve rien à la vertu:
Qu'elle abatte une ame commune,
Stanislas n'est point abattu.
Sensible à sa valeur sublime,
Reviens et répare ton crime;
Le ciel t'en ouvre les chemins:
De son héroïque famille
Dans le sein d'une auguste fille
Il éternise les destins,

Ainsi, par d'heureux avantages,
Le sang des héros Jagellons
Va couler pendant tous les âges,
Joint au sang des héros Bourbons:
Cette source illustre et féconde
Donnera des vainqueurs au monde,
Et des maîtres à nos neveux;
Et les souverains de la France
Compteront avec complaisance
Stanislas entre leurs aïeux.

Nymphe, dont les flots tributaires
Aiment à couler sous ses lois,
Redis aux Nymphes étrangeres
Son nom, ses graces, ses exploits;
Conserve sur tes vertes rives
Ces beautés champêtres et vives
Par qui ses yeux sont réjouis:
Sans doute le fier Borysthene
Envie à ton onde hautaine
L'avantage dont tu jouis.

Reçois ces vers; et, pour les lire,
Grand roi, reprends cette douceur
Qui me permit de les écrire
Quand j'en demandai la faveur.
Rien n'est flatté dans ma peinture:
Du fade encens de l'imposture

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