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Employez vos clairons, triomphantes armées,
Aux plus tendres accords.

Pour chanter l'heureux jour qui ranime la France
De Pindare ou d'Horace il ne faut point la voix;
Le cri d'un peuple heureux est la seule éloquence
Qui sait parler des rois.

S'il falloit, ô Destin! cette épreuve cruelle
Pour peindre tout l'amour dans nos cœurs imprimé,
Quel peuple fut jamais plus tendre, plus fidele?
Quel roi fut plus aimé?

Réduits au froid bonheur de l'austere puissance,
Les maîtres des humains, au sommet des grandeurs,
Ignorent trop souvent quel rang on leur dispense
Dans le secret des cœurs.

S'ils savent être aimés, suivis de la Contrainte,
Ont-ils de ce bonheur la douce sûreté?
L'Esclavage, autour d'eux établissant la Feinte,
Chassa la Vérité.

Ainsi, toujours glacés, toujours inaccessibles
Au premier des plaisirs pour qui l'homme est formé,
Ils meurent sans aimer, et sans être sensibles
Au bonheur d'être aimé.

A peine quelques pleurs honorent leur poussiere;
Leur fin expose au jour les cœurs de leurs sujets:
Le flambeau de la mort est la seule lumiere
Qui ne trompe jamais.

Vous jouissez, grand roi, d'un plus heureux partage;
L'instant qui juge tout, et qui ne flatte rien,
A dévoilé pour vous et l'ame et le langage
De chaque citoyen.

Un.bonheur tout nouveau vous suivre sans cesse,
Don plus satisfaisant, plus cher que la grandeur,
Pour un roi qui connoît le charme et la tendresse
Des sentiments du cœur.

Vous saviez que dans vous tout respectoit le maître,
Que par-tout le héros alloit être admiré:
Goûtez ce bien plus doux, ce bonheur de connoître
Que l'homme est adoré.

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SUR LA MÉDIOCRITÉ.

Ouveraine de mes pensées,

Tes lois sont-elles effacées? Toi, qui seule régnois sur les premiers mortels,

Dans cette race misérable,

Sur cette terre déplorable, Heureuse Liberté, n'as-tu donc plus d'autels?

De mille erreurs vils tributaires,

Les cœurs, esclaves volontaires, Immolent ta douceur à l'espoir des faux biens:

Là je vois des chaînes dorées,

Là d'indignes, là de sacrées; Par-tout je vois des fers et de tristes liens.

N'est-il plus un cœur vraiment libre Qui, gardant un juste équilibre, Vive maître de soi, sans asservir ses jours? S'il en est, montre-moi ce sage;

Lui seul obtiendra mon hommage, Et mon cœur sous sa loi se range pour toujours.

Tu m'exauces, nymphe ingénue;

Dans une contrée inconnue,
Sur des ailes de feu je me sens enlevé:Quel ciel pur! quel paisible empire 1Chante toi-même, prends ma lyre,
Et décris ce séjour par tes soins cultivé.

Aux bords d'une mer furieuse,

Où la Fortune impérieuse Porte et brise à son gré de superbes vaisseaux,

Il est un port sûr et tranquille,

Qui maintient dans un doux asile Des barques à l'abri du caprice des eaux.

Sur ces solitaires rivages

D'où l'œil, spectateur des naufrages, S'applaudit en secret de la sécurité;

Dans un temple simple et rustique,

De la nature ouvrage antique, Ce climat voit régner la Médiocrité.

Là, conduite par la Sagesse, Tu te fixas, humble déesse, Loin des palais bruyants du fastueux Plutus; Là, sous tes lois et.sous ton culte

Tu rassemblas, loin du tumulter
Le vrai, les plaisirs purs, les sinceres vertus.

Séduits par d'aveugles idoles, Du bonheur fantômes frivoles,
Le vulgaire et les grands ne te suivirent pas:Tu n'eus pour sujets que ces sages Qui doivent l'estime des âges
A la sagesse acquise en marchant sur tes pas.

Tu vis naître dans tes retraites

Ces nobles et tendres poètes, Dont la voix n'eût jamais formé de sons brillants,

Si le fracas de la fortune,

Ou si l'indigence importune Eût troublé leur silence, ou caché leurs talents.

Mais en vain tu fuyois la gloire;

La Renommée et la Victoire
Vinrent dans tes déserts se choisir des héros,

Mieux formés par tes lois stoïques

Aux vertus, aux faits héroïques, Que parmi la noblesse et l'orgueil des faisceaux.

Pour Mars tu formois, loin des villes, Les Fabrices, et les Camilles, Et ces sages vainqueurs, philosophes guerriers, Qui, du char de la dictature

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