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L'objet de la haine imbécille Des pédants, des prudes, des sots, Et la victime des cagots:Mais votre épître enchanteresse, Pour moi trop prodigue d'encens, Des douces vapeurs du Permesse Vient encore enivrer mes sens. Vainement j'abjurois la rime, L'haleine légere des vents Emportoit mes foibles serments. Aminte, votre goût ranime Mes accords et ma liberté;Entre Uranie et Terpsichore Je reviens m'amuser encore Au Pinde que j'avois quitté: Tel, par sa pente naturelle, Par une erreur toujours nouvelle, Quoiqu'il semble changer son cours, Autour de la flamme infidele Le papillon revient toujours.

Vous voulez qu'en rimes légeres
Je vous offre des traits sinceres
Du gîte où je suis transplanté.
Mais comment faire, en vérité?
Entouré d'objets déplorables,
Pourrai-je de couleurs aimables
Egayer le sombre tableau
De mon domicile nouveau?

'Y répandrai-je cette aisance,
Ces sentiments, ces traits diserts,
Et cette molle négligence
Qui, mieux que l'exacte cadence,
Embellit les aimables vers?
Je ne suis plus dans ces bocages
Où, plein de riantes images,
J'aimai souvent à m'égarer;
Je n'ai plus ces fleurs, ces ombrages,
Ni vous-même pour m'inspirer.
Quand, arraché de vos rivages
Par un destin trop rigoureux,
J'entrai dans ces manoirs sauvages,
Dieux! quel contraste douloureux!
Au premier aspect de ces lieux,
Pénétré d'une horreur secrete,
Mon cœur, subitement flétri,
Dans une surprise muette
Resta long-temps enseveli.
Quoi qu'il en soit, je vis encore;
Et, malgré vingt sujets divers
De regrets et de tristes airs,
Ne craignez point que je déplore
Mon infortune dans ces vers.
De l'assoupissante élégie
Je méprise trop les fadeurs;
Phébus me plonge en léthargie
Dès qu'il fredonne des langueurs 5

Je cesse d'estimer Ovide
Quand il vient sur de foibles tons
Me chanter, pleureur insipide,
De longues lamentations:Un esprit mâle et vraiment sage,
Dans le plus invincible ennui,
Dédaignant le triste avantage
De se faire plaindre d'autrui,
Dans une égalité hardie
Foule aux pieds la terre et le sort,
Et joint au mépris de la vie
Un égal mépris de la mort;
Mais sans cette âpreté stoïque,
Vainqueur du chagrin léthargique,
Par un heureux tour de penser,
Je sais me faire un jeu comique
Des peines que je vais tracer.
Ainsi l'aimable poésie,
Qui dans le reste de la vie
Porte assez peu d'utilité,
De l'objet le moins agréable
Vient adoucir l'austérité,
Et nous sauve au moins par la fable
Des ennuis de la vérité.
C'est par cette vertu magique
Du télescope poétique
Que je retrouve encor les ris
Dans la lucarne infortunée

Où la bizarre destinée
Vient de m'enterrer à Paris.

Sur cette montagne empestée
Où la foule toujours crottée
De prestolets provinciaux
Trotte sans cause et sans repos
Vers ces demeures odieuses
Où regnent les longs arguments
Et les harangues ennuyeuses,
Loin du séjour des agréments;
Enfin, pour fixer votre vue,
Dans cette pédantesque rue
Où trente faquins d'imprimeurs,
Avec un air de conséquence,
Donnent froidement audience
A cent faméliques auteurs,
Il est un édifice immense
Où dans un loisir studieux
Les doctes arts forment l'enfance
Des fils des héros et des dieux:
Là, du toit d'un cinquieme étage
Qui domine avec avantage
Tout le climat grammairien,
S'éleve un antre aérien,
Un astrologique hermitage,
Qui paroît mieux, dans le lointain,
Le nid de quelque oiseau sauvage
Que la retraite d'un humain.

C'est pourtant de cette guérite, C'est de ce céleste tombeau, Que votre ami, nouveau stylite, A la lueur d'un noir flambeau, Penché sur un lit sans rideau, Dans un déshabillé d'hermite, Vous griffonne aujourd'hui sans fard, Et peut-être sans trop de suite, Ces vers enfilés au hasard: Et tandis que pour vous je veille Long-temps avant l'aube vermeille, Empaqueté comme un Lappon, Cinquante rats à mon oreille Ronflent encore en faux-bourdon. Si ma chambre est ronde ou carrée, C'est ce que je ne dirai pas;Tout ce que j'en sais, sans compas, C'est que, depuis l'oblique entrée, Dans cette cage resserrée On peut former jusqu'à six pas;Une lucarne mal vitrée, Près d'une gouttiere livrée A d'interminables sabbats, Où l'université des chats, A minuit, en robe fourrée, Vient tenir ses bruyants états;Une table mi-démembrée, Près du plus humble des grabats;

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