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Dans l'hypothèse véritable d'une même leur faul nécessairement un but commun. origine, on trouve que les variélés des Les sociétés nationales se forment donc de hommes ne sont qu'un résultat de leur exis. Ja même manière que les sociétés de moinlence en nalious séparées, et à ce point les dre importance, les sociétés scientifiques, différences de races sont la conséquence littéraires, commerciales. Seulement leur des différences de nationalité au lieu d'en but est en proportion de la masse des bomêtre la cause. Mais les fails prouvent avec mes et de la suite des générations qui doiévidence que la race ne constilue pas la vent y concourir ; il ne peut se fonder luinationalité. Est-il une nationalité mieux même que sur la morale religieuse et doit constituée que la France? El cependant com- supposer une série d'actes qui exigent le bien de races sont entrées comme éléments travail de quelques siècles au moins. Voici dans celle unité ? Celles, Grecs, Romains, comment nous avons exposé cette doctrine Germains, Scandinaves! D'autre part, ces dans un article publié dans l’Européen , mêmes éléments sont entrés dans la forma- en 1837 : tion de la nation anglaise, et pourtant celle • Pour qu'une formule puisse devenir un nationalité diffère essentiellement de la but commun d'activité pour un grand 110innôtre.

bre d'hommes, el constituer une nationaLa même observation s'applique à la lité, il faut qu'elle remplisse elle-même core langue et au lerriloire. Au sein d'une même taines conditions, hors desquelles elle ne nation il peut se faire qu'on parle des peut acquérir celte valeur; 'il faut qu'elle langues différentes sans que le lien national inspire une foi assez profonde pour faire en soil moins solide, ainsi que cela a lieu des martyrs, et pour que ceux qui l'accepencore da!s diverses parties de la France; tent ne craignent pas de mourir pour elli: ; il peut se faire aussi que des peuples de il faut aussi qu'elle propose une autre même langue constituent des nationalités grande et difficile, qui demande une action très-diverses comme l'Anglelerre elles Elats- jougue et puissante, un effort soutenu de Unis. L'unité de territoire ne suppose nul. plusieurs siècles. Ceite dernière coudition lement l'unité des nationalités ; car en gé- surtout est indispensable pour que la panéral l'unité du territoire est factice et tion ait une durée, et pour que les générauéterminée par le peuple même qui l'habite; tions successives se sentent unies dans la et des territoires qui peuvent présenter une même pensée et dans la même @uvre. unité naturelle très-réelle sont souvent ha- « La religion seule peut donner une forbités par deux ou plusieurs nations diffé. mule pareille ; il n'y a qu'elle qui puisse rentes. La religion a coustitué sans doule

poser un devoir absolu, car seule elle parlo dans l'autiquité un des caractères essentiels

au nom de Dieu, qui seul est souverain des nationalités; mais c'est quand les reli- absolu : il n'y a qu'elle qui puisse in poser gions élaient elles-mêmes nationales. Le une æuvre longue et difficile, car seule eile même fait pourrait encore se présenter sous enseigne la fonction de l'humanité, dont le règne du christianisme chez les peuples toules les fonctions nationales ne sont que protestants. Mais au point de vue du chiris- des instruments : il n'y a qu'elle enfin qui dianisme véritable, du catholicisme, cette puisse inspirer une loi profonde à l'indihypothèse n'est pas admissible. Le calho- vidu, et le pousser au dévouement el äu dicisme suppose que tous les hommes soient martyre , car seule elle lui apprend son rapréunis dans une foi commune malgré les port avec l'univers, et lui enseigne qu'il diversités politiques, malgré la distinction n'existe que comme fonction d'un but unides palionalités; ce n'est donc pas la reli- versel, auquel il doit se sacrifier sans gion qui peut constiluer celles-ci. Et de fait

cesse. l'histoire nous montre plusieurs peuples a Il est déjà évident que l'égoïsme indiparfaitement distincts entre eux, la France, viduel ne peut être posé comme le bul comEspagne, l'Italie, etc., bien qu'ils professení mun d'activité d'une société, car l'égoïsnie la mêne religion.

n'inspire aucune foi commune, car il place Les écoles panthéistes de l'Allemagne ont pour chaque individu son but en lui-même, supposé que de même qu'il existait un génie car il ne peul engendrer que des luttes, cor ou espril général de l'humanité entière, il il ne pose aucune cuvre à réaliser, car il en existait un pour chaque peuple, et que n'ipstitue aucun lien entre les généralions c'étoit la différence de ces génies, sortes de successives, car il finil avec la mort ou la substances confuses , qui constituait la dif- volonté de chaque individu. férence des nationalités. Nous ne nous ar- « Une société ne peut donc se former que rêlerons pas à réfuter celle hypothèse qui lorsque la religion a offert aux hommes un ne peut être admise que par les partisaus but commun d'activité, tel que nous venons du panthéisme, doctrine contradictoire à de le décrire, et que ce but a été librement tous les fondements de la raisou humaine, acceplé par eux : lorsque cela a eu lieu , wais que nous n'avons pas à conubaltre ici. lo siju’une formule religieuse a été accep

Reste entin la doctrine du bul commun lée, el qu'elle a constitué une nationalité, d'activité. Celte duciriue a élé émise par elle devient le principe et la fin de la naM. Buchez, et nous la croyons parfaitement tion nouvelle, elle devient sa morale, elle fondée en fait. Elle suppose que les hommes sépare ses acles et ceux des individus qui ne se réunissent en société que pour agir la composent en

les brins et mauvais ; en commun, el que pour agir en commun il elle ordonne un système de fonctions pro

pres à accomplir le but accepté ; elle assigne tout, et n'était rien par lui-même. L'éducaà chaque individu son devoir et son droit; lion tendait sans cesse à détruire l'esprit elle devient la certitude absolue de la so- d'individualité et à établir le sentiment du ciété, son criterium, son pouvoir, sa sou- but commun, en se formant partout dans veraineté.

les écoles publiques et communes, et en ne « Des nationalités peuvent pourtant se devenant individuelle qu'au temps de la déformer autrement que par l'acceplation cadence des cités. d'une religion nouvelle, lorsque, par suite Les principales cités furent Athènes, de révolutions arrivées dans le sein d'une Sparte, Corinthe, Thèbes, Argos, etc. Tousociélé, un fragment de cette société se lé. tes eurent le même but d activité, mais lou. tache el va fonder une nouvelle unité. Dans les ne parviorent pas à le développer au ce cas, ce fragment emporte avec lui, soit même degré; et, à la fin elles succombèrent le but même de la société ancienne, et alors lontes sous les efforts d'une cité plus heuil constitue une société senublable; soit au reuse. moins une partie de ce but, une fonction Athènes reçut son but égoïste et guerrier spéciale qui y était appropriée, et alors il d'un chef militaire sorti d'Egypte. Ce chef prend un caractère qui difrère suivant la et ses successeurs, et les individus de la spécialité à laquelle il s'est livré.

caste militaire qui les accompagnaient, tout « Lorsque le but d'activité d'une société en instituant le but commun d'activité

guerest alleini, ou lorsque la société y renonce rier et conquérant, donnèrent en même au milieu de son action et abandonne l'u- lemps une impulsion intellectuelle el invre commencée, sa force vitale est rompue dustrielle assez grande à la nation nouet sa perte est prochaine. La renonciation velle. Du temps des rois, Athènes agit déjà au but commun se fait par un protestantisme: contre les peuples environnants; après on nie la religion, et, par suite, le devoir ceux-ci, des iroubles intériours la forcèrent qu'elle seule avait institué et qu'elle seule pendant quelque temps au repos; mais sanctifiail. L'effet iinmédiat de celte néga- lorsque la guerre entre les riches et les paule tion est l'immobilisation de la société : celle- vres eut élé lerminée par Solon et Pisisci toutefois subsiste encore au moyen des trate, elle se livra avec ardeur à son but. formes de conservalion acquises dans les Elle allaqua d'abord le roi de Perse et attitemps d'activité; mais bientôt ces formes ra la guerre médique sur le sol de la Grèce. elles-mêmes, dépourvues de l'esprit qui les Depuis ce temps, elle fut en guerre avec les vivifiait, perdent leur valeur et Jeviennent autres cités, et celle guerre n'avait d'autre incapables de conserver la société plus.long. but que son accroissement égoïste. Ce but, temps. Alors celle-ci marche plus rapide du resle est bien évident dans toule la ment vers sa décadence, et le moindre choc constitution d'Alhènes; car l'individu était l'anéantit. Il en est absolument de même absolument nul devant le peuple qui reprépour les sociétés dont le but est altejnt. Le sentait malériellement la souveraineté ; et résultat délinitif est la destruction de la so- l'on connait la manière dont agissaient enciété, à moins pourtant qu'elle n'ait accepté vers les cités étrangères les hommes les plus un but nouveau, el qu'elle ne forme ainsi verlueux d'Athènes. Athènes parvint, de une nation nouvelle. »

cette manière, à un haul degré de puisSi nous jelons un coup-d'ail sur l'his- sance intellectuelle et matérielle; et si, toire universelle, nous y trouverons la con- malgré ses efforts continus, elle re parviit firmation de la théorie que nous venons pas à subjuguer Jes autres cités par la force d'exposer.

des armes, elle los subjugua du moins par Les cités, fondées sur le sol de la Grèce, sa supériorité dans les travaux de l'esprit furent nombreuses et durent presque lou

et dans la science qu'elle fit du point de vue tes leur origine à des guerriers étrangers, de son but. dont la plupart venaient de l'Egypte, d'Asie, Sparle fut fondée par une race guerrière ou qui au moins conuaissaient la morale de Doriens et d'Héraclides. Chez ceux-ci, égyplienne, el qui se mêlèrent aux popula- le but guerrier et conquérant était enracinó tions indigènes de la Grèce, el rallièrent depuis longtemps; Lycurgue ne l'institua autour d'eux ces débris épars d'une civili- pas, il ne lit que lui donner une forme sation plus grande. Le bui que posa chaque avec la science qu'il avait apprise en Egyfondateur à la cité qu'il établissait était pte. Celle forme était parfaitement approl'accroissement de la cité, de la race qui priée à ce bul, et elle eli esi' la démonsirao y vivait, et sa domination sur les races en- tion la plus évidente. En fet, celte coiu vironnantes. L'organisation générale cor- munauié étroite où l'individu est toujours respondait parfaitement à ce bul, et se trouve såcrifié et dans laquelle il peut se mouvoir nexplicable si on ne l'admet pas. En effet à peine, cette morale sévère qui s'étend le devoir le plus général de tout citoyen sur les plus minutieux détails de la vie inétait celui des armes ; la fonction militaire dividuelle; la communauté des femmes et blait la seule qu’un citoyen pût remplir des enfants; le jugement rigoureux porté avec honneur, et loules les fonctions in- contre l'enfant mal constitué; l'éducation dustrielles étaient abandonnées aux escla- commune qui enseigne continuelleinent le ves et aux affraacbis. Le droil individuel sacritice de soi-mêwe; l'insiruction exclusiélait en rapport avec ce but; l'individu était vement militaire; tous ces fails prouvent, toujours considéré comme une partie d'un sans réplique, la vérité du nos assertiog... On sait, du reste, quels furent les actes de absolue; voila pourquoi chacune de ces la cité spartiate : on sait comment elle ac- cités fut constituée au point de vue indivicomplit son but en asservissant Athènes; duel, voilà pourquoi la guerre fut le seul comment elle s'annula bientôt elle-même, rapport pússible entre elles : et ceite morale en abandonnant sa morale; comment, dans el ces rapports durent nécessairement exisles derniers temps de la Grèce, elle brilla lerojusqu'à ce qu'une parole nouvelle vint encore d'un dernier éclat, en ressaisissant le dire au monde : il n'y a pas de races supébut d'activité et la forme qui y élait appro- rieures ou inférieures, car tous les hommes priée, et comment elle succoinba de nou- sout frères et fils d'un même père qui est veau, en l'abandonnant une seconde fois. au ciel. Nous n'examinerons pas en délait les

L'histoire de Rome nous offre encore une aulres cités de la Grèce. Toutes, comme confirinalion de la doctrine du but comAthènes et Sparte, eurent pour principe mun d'activité. Cette cité se forma de l'acleur propre extension aux dépens des autres cession de deux races différentes au même cités; et toutes ne vécurent qu'en meltant bul, la guerre et la conquête. Ces deux ce principe en action. Nous en avons assez races étaient de naissance différente, el la dit pour que cela soit compréhensible pour cité romaine était divisée dès le commenlous. L'histoire de la Grèce est la vérifica- cement en patriciens et plebéiens. Les tion complète de la doctrine du bul com- travaux qui ont été faits sur les origines mun d'activité. C'est cette doctrine seule de l'histoire romaine, qui détruisent en qui peut expliquer ces rivalités actives partie les légendes tirées des anciennes traeutre les cités grecques, ces guerres inté- ditions, loin de mellre ces faits en doule rieures non interrompues entre toules les ne font que les confirmer. Il s'établit à nationalités, qui avaient chacune un but Rome dès sa fondation un double mouveexclusif à celui des autres; c'est celle doc- ment : l'un qui tendait à élever la classe trine seule qui peut nous faire comprendre plébéienne, et à la mellre de niveau avec la celle relation des citoyens avec leur cité, classe patricienne; le second, auquel le precelle activité passionnée dans les affaires mier élait subordonné, tendait à la conquête politiques, ce grand dévouement, celle ah. de toules les populations environnantes. négation absolue de l'individualité, qui ani- Nous connaissons la plupart des actes auxmaient chez les Grecs les soldats et les quels donnaient lieu ces principes de mougénéraux.

vement, et nous en voyons parfaitement le La Grèce fut conquise par la Macédoine; développement. par la Macédoine qui, comme la Grèce, D'abord, à l'extérieur, Rome s'altaque aux avait pour but unique d'activité la guerre petits peuples qui l'environvent el parvient et la conquête. Mais chez cette nation, le à les soumelire après une lutte longue et pouvoir et la souveraineté qui naissent du acharnée. Lorsqu'elle a acquis une force but, étaient aux mains d'un seul chef héré- assez grande pour braver tous les pelile ditaire; et celte constitution politique du Etats de l'Italie, elle marche rapidenient; pouvoir dunna à la Macédoine une puis- elle soumet en peu de temps l'Italie mérisance d'expansion énorme, qui lui permit dionale, et arrive entin au contact de natiode réaliser la conquête de l'Asie. Là ré- nalités plus grandes. Elle s'attaque d'abord à gnait une seule race qui avait asservi toutes Carthage, qu'elle brise après une lulle lerles autres, mais qui ne formait plus elle- rible : alors elle ne connaît plus de bornes ; même une nationalité; car dans le grand elle veut avoir le monde entier, et se met à empire perse, il n'existait qu'une seule unité, l'æuvre pour le conquérir. celle de l'esclavage et de l'exploitation. li A l'intérieur, le peuple avait acquis peu fut remplacé par le grand empire macédo- à peu lous les droits des pa.riciens; et il niin, auquel Alexandre le Grand proposa devait en élre ainsi, car il prenait la même pour but la conquête du monde ; mais il part à l'activité commune, el versait son tuourut avaut d'avoir accompli son cuvre, sang pour toutes les conquêtes. Pourtant, el nul ne lui succéda.

il ne parvenait à ce résultat qu'après des Avant d'aller plus loin, nous devons dire efforts nombreux et une lulie acharnée. la raison de ces buls vationaux égoïstes Aussi, l'inimitié des patriciens et des plé. et exploiteurs. Nous la trouvons dans la béiens était-elle devenue très grande, et il religion même de l'Egypte d'où sortirent n'y eut que le but commun d'activité qui tous ces buls; là on enseignait, comme nous put conserver l'unité culre eux. C'est ce que l'avons dit ailleurs, que la nation égyp- sentirent très-bien les patriciens; car un de lienne seule élait agréable à Dieu; que les leurs moyens de combattre les plébéiens élrangers élaient de la race des esclaves; élait de susciter une guerre extérieure et qu'il fallait les asservir, et chaque fragment de tourner leur activité contre l'ennemi; qui se séparait de l'Egypte devait commen- et ils établirent le principe de ne jamais ler celte idée. Il faut remarquer en outre laisser la cité sans guerre. Le peuple, de son que la plupart des fragments qui se déta- côté, ne refusa janiais de se mettre en camchaient du centre social étaient exclusive- pagne, et souvent sa rivalité se formula par ment composés de guerriers; de ceux-là une activité plus grande en vue du but commênie auxquels le devoir militaire et la mun, c'est-à-dire par des propositions de loi d'extermination à l'égard de l'étranger guerre que faisaient coup sur coup les triavaient été enscignés de la manière la plus buns et les patriciens.

Le but d'activité de Rome était du resle liens, et avait envahi plus de la moitié de empreint dans la vie la plus intime de cette l'empire : plusieurs des successeurs de cité. Ainsi, le républicanisme tant vanté Constantin furent ariens eux-nuemes, et des Romains n'était autre chose que la presque tous furent des égoïstes; aussi la haine contre les étrangers, et le sentiment régénération de l'empire romain devint-elle d'un but commun devant lequel tous ceux impossible, et l'empire lui-même périt sous qui l'accomplissaient étaient égaux. La mo- les invasions des barbares. Alors, uno narale de ce but était la morale suprême, et, tionalité nouvelle surgit el sauva le monde : pour l'accomplir, tous les moyens étaient ce fut la nationalité française. Cette natiobons. Aussi n'y en eut-il pas un seul qu'ils nalité résulta de la réunion des cités cathoDe lentèrent, la violence, la ruse, la perfi- liques de la Gaule, de plusieurs camps midie, la trahison. On peut lire là-dessus le litaires des Romains, el de l'armée barbare chapitre de la grandeur et de la décadence des Francs, dans le but commun de vaincre dis Romains, par Montesquieu. Le droit con- l'hérésie arienne, et de faire triompher le tre les vaincus était de les tuer, et si on les catholicisme sur le sol d'Occident. Celte alconservait, c'était pour les rendre esclaves. liance s'accomplit sous les auspices des éve C'était la guerre et l'esclavage qui consti

l'esclavage qui consti- ques gaulois , qui, en convertissant les tuaient, pour les Romains tout le droit des guerriers francs , acquirent une milice gens, car ils ne connaissaient pas de droit brave et dévouée. Nous ne nous étendrons de paix. Les meurs et l'éducation étaient pas sur ces faits. M. Buchez a traité l'histoutes militaires, et lout autre genre de dé- toire de la formation de la nationalité franveloppement, soit intellectuel, soit indus- çaise d'une manière qui ne laisse rien à triel, était banni du sein de la cité.

désirer. Il a prouvé que la Gaule ne fut pas Lorsque Rome eut conquis le monde conquise par les Francs ; que Clovis ne put

avoir le commandement suprême qu'en acconnu, la corruption, l'immoralité, avaient

ceptant le but de la confédération des cités déjà allaqué son but commun d'activité, et le temps arrivait où elle ne pourrait plus gauloises, et en s'en faisant l'instrument; aller plus loin. Alors, elle it un dernier qu'à cette condition il fut libremeat acacle ; elle abolit toutes les distinctions en

cepté pour chef par ces cités et mis à la tête

de l'armée catholique. Ces faits répondent ire les hommes libres; elle anéantit le reste de cette aristocralie égoïste. Ce fut par les parfaitement aux principes que nous avons mains des empereurs que le peuple opéra En effet, il n'y a qu'un but commun qui

posés au commencement de notre travail. cet acte, qui fut le dernier; car le but était alleint, el la loi morale accomplie.

puisse réunir ces éléments hétérogènes de

notre nationalité. Ce but est institué par les Ici, nous trouvons un nouvel enseigne- prêtres, c'est la religion même, la défense ment, el une démonstration pouvelle de

du catholicisme; tous ceux qui s'y dévouent notre doctrine : c'est l'empire romain qui sont capables d'en devenir les martyrs; pous offre l'exemple d'une société dont le l'accomplissement de ce bul est long et difbut commun d'activité est atteint. La so- ficile, car l'hérésie et le paganisme occupent ciété commence alors à s'immobiliser dans la

une grande partie de l'Europe, et, après conservation; mais en même temps la mo- la victoire des ennemis du dehors, il offrira rale disparait : chacun se livre à ses pas- une modification profonde el fondainentale sions égoïstes; les forces acquises ne suf- à accomplir dans le sein même de la sofisent plus, et la société succombe. Ainsi, ciété. nous voyons l'empire romain en proie à A cote de la France n'existait alors auune exploitation intame, se dépeupler par cuue autre nationalité. Une moitié de l'eml'immoralité, par la famine, par la guerre ; pire romain s'élait emparée de ce qu'il y celte décadence dure 300 ans; et bientôt avait de commun dans le christianisme, attaquée de tous côtés par les peuplades sans comprendre l'activité renfermée dans dont la soumission eut élé un jeu pour la la parole nouvelle, et l'empire d'Orient ne Rome antérieure aux guerres puniques, se conserva que par sa lutte avec les peu. l'empire ne leur offre plus de résistance et ples de l'Asie, qui devint de force un but se trouve enfin divisé et rompu.

d'activité pour lui; dans cette lutte, il fut Un nouveau but d'activité avait pourtant plutôt résistant qu'actif, el, ce n'est qu'à la paru sur la terre; ce but devait sauver le faiblesse même des populations qui l'attamonde de la destruction; il ent sauvé l'em- quèrent, qu'il faut aitribuer sa longue exispire romain si celui-ci l'eût voulu. C'était tence. la parole de Jésus-Christ qui proclamait la Les autres royaumes fondés en Europo fraternité entre les hommes, et posait à lous sur les débris de l’Occident ne furent pas pour devoir d'accomplir l'unité humaine des nationalités : aucun d'eux de survécut par le dévouement. Lorsque la majorité des au but de brigandage qui réunissait ces barhommes fut convertie au christianisme, bares ariens; el tous succombèrent à la preConstantin essaya d'en faire le but d'activité mière attaque que leur firent les peuples nouveau de l'empire romain; mais, diffé- croyants et dévoués : Ainsi en tut-il des rents obstacles empêchaient la réalisation Wisigoths, des Bourguigoons, des Thurinde celle @uvre; l'unité spirituelle n'était giens, des Ostrogoths , des Lombards. La pas encore organisée : une hérésie abomi- France ne cessa d'agir avec vigueur sur 1011hable, celle des ariens, divisait les chré- tus ces populations, tant par les prines que par les missionnaires et l'enseignement; qui constituail les nations. Celles-ci prirent elle les conquit lentement à la nationalité alors un caractère différent, suivant la part française. Ce fut Charlemagne qui eut la qu'elles eurent au protestantisme. Le peuple gloire d'étendre cette nationalité à toute français resta fidèle à son but comrun d'acl'Europe et de rallier au même but d'acti- livile; il persista dans la réalisation de la vité un empire aussi étendu que celui religion chrétienne; il repoussa le prolesd'Occident. Charlemagne constitua aussi tantisme, en sacrifiant encore une fois le l'unitė spirituele; et si son @uvre eût élő plus pur de son sang. L'Allemagne accepla coplinuée, cerles aujourd'hui nous serions la négalion: elle se condamna à l'immobiplus rapproches de la fraternité universelle lité, el il lui fut impossible de résister à que nous ne le sommes; et si l'un des peu- l'égoïsme des grands qui la fédéralisèrent : ples de l'Europe se dévouait à réaliser cette depuis, elle a cherché à reprendre son unité parole de Dieu, les autres ne voudraient pas şans pouvoir y parvenir, et cela lui sera lui porter la guerre et la désolation au nom impossible en effet, car le but commun d'acdes puissants de la lerre. On sait commenttivité, qui seul peut constituer celle units, l'égoïsme des gouvernants détruisit l'ouvre lui manque. La direction que prit l'Anglede Charlemagne : Son fils Louis plaça ses lerre à celle époque est remarquable. L Anintérêts de famille au-dessus des intérêts gleterre se fit un protestantisme à part, qui du christianisme : l'unité temporelle de la sépara complétement du reste de l'Eul'Europe fut brisée; chaque fragment de rope et mit entre elle et les peuples dont l'empire de Charlemayne marcha séparé- elle était sortie une barrière spirituelle plus ment à son but avec une activité plus où grande que ne l'était la barrière matérielle moins grande, suivant les circonstances ou de l'Oséan. Cet égoïsme national la rejela il se trouvail. Ainsi l'Europe se trouva di- bien loin de la fraternité chrétienne et il ne visée en plusieurs peuples différents, qui, lui restait pour vivre activement qu'à se par suile de leurs différences initiales, pri- vouer à la fonction de conservation matérent dans le cours de leur développeurent rielle, au commerce et à l'industrie; c'est un caractère de plus en plus spécial. l'accomplissement de ce but qui fait vivre

Au moyen age cependant, les différences l’Angleierre aujourd'hui ; c'est au nom de entre les peuples de l'Europe étaient bien ce but qu'elle a répandu ses colonies au loiu moins grandes qu'aujourd'hui. En effet, le et conquis l'Inde et l'Amérique. Nous de but d'activité de toutes ces nations éloil le vons faire remarquer combien la colonisamême ; elles n'étaient différenciées entre tion en vertu de ce but matériei a été ditré. elles que par l'intelligence, l'énergie et le rente de celle des Espagnols catholiques. dévouement qu'elles apportaient à l'accom- Les Espagnols convertirent les indigènes plissement de ce but. À ce point de vue la et leur donnèrent l'éducation chrétienne : France se trouvait évidemment la première ceux-ci aujourd'hui sont en majorité dans des nations : c'était elle qui la première les Etats espagnols de l'Amérique; iis conavait accepté le catholicisme el avail com- stituent la véritable nation, et les nègres baltu pour lui; c'était elle qui l'avait ré- mêmes remplissent les fonctions les plus panuu partout, et qui avait sivilisé l'Eu- haules dans le but national. Les Anglais rope; ce fut elle aussi qui conimença la chassaient les indigènes et les massacraient, première i'ouvre de la réalisation, en done ils n'en convertirent aucun , et les chrétiens marit aux bourgeois des communes le devoir qui vivent aujourd'hui dans leurs colonies et le droit des armes, en affranchissant les sont tous d'origine européenne, serfs, en créant l'Université de Paris. Il y En dehors de la grande unité catholique, avait du reste entre les divers peuples de fondée par Charlemagne, se formerent plus l'Europe un pouvoir unitaire, représentant lard quelques autres nationalités, qui durent direct du but commun d'activité, et qui veil- aussi leur origine au catholicisme et n'eulait avec énergie à la réalisalion de ce but: rent pas d'autre but commun d'activité que c'était la puissance spirituelle du pape et du lui. D'abord ce fut l'Espagne, qui se consclergé : il y avait un juge entre le prince litua par sa lutte contre les Arabes. Le égoïste el le peuple opprimé : il y avait une royaume de Léon se forma, parce que Pelage loi spirituelle qui réglait les relations des se mit à la tête des hommes d'armes qui vipeuples entre eux, c'est-à-dire un droit des vaient dans les Asturies, et gagna avec eux gens chrétien; il y avait enfin la possibilité une balaille sur les Arabes. Des centres papour les peuples de l'Europe d'accomplir reils deviurent plus tard les comtés de Casdes acles communs.

tille, d'Aragon, de Barcelone, qui tous se Malheureusement cet accord fut rompu à réunirent bientôt au royaume de Navarre. la fin du moyen âge, et l'égoïsme en profita L'activité catholique de ces populations pour pier l'autorité de la religion et l'unité était très-grande, mais le centre unique qui de l'Eglise. L'enseignement protestant fit s'était formé d'abord, se divisa de nouveau changer la face de l'Europe, el donna lieu par suite d'arrangements de famille, et l'acà une relation loute pouvelle entre les gou- iion dépourvue d'unité fut moins efficace. vernants et les gouvernés : chaque prince Plus tard, lorsque les Maures furent chassés se crut maitre el seigneur du pays qu'il gou- du sol de l'Europe, celle-ci dirigea son acvernait, et l'on s'accoutuma à l'idée de voir tivilé vers les déconvertes et la colonisation; Ja souveraineté dans des familles héréditai- mais l'égoïsme de Charles Quint la détourna res, au lieu de la voir dans le but d'activité de ce ul.

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