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sont dans le privilége de l'académicien, son directeur et son époux. Indè iræ. M. Ancelot veut plaider. Nous ne le lui conseillons pas.

Mais laissons aller cette affaire jusqu'où l'aveugle folie de l'amour-propre et de la cupidité coalisés voudra la conduire. Le directeur, s'apercevant qu'on lui reprochait de jouer trop peu de pièces, en a joué deux à la fois, et selon l'habitude, l'une des deux a succombé. Règle générale, de deux chefsd'ouvre représentés le même soir, l'un ne peut manquer de tomber. Mille exemples prouveront cette assertion. Le doute ne peut subsister que sur ce point : est-ce la première, est-ce la dernière des deux pièces qui tombe? Celle qui est restée sur le champ de bataille au Vaudeville s'appelait les Paysans d'aujourd'hui. Les noms de MM. Duvert et Lausanne ont été accueillis par d'énergiques sifflets. Mais cette chute doit, dit-on, donner lieu à un procès, et l'on prétend que les auteurs s'inscrivent contre l'arrêt du public, espérant, toujours d'après les on dit, prouver que le public n'était pour rien dans cette affaire. Cette complication pourrait embarrasser beaucoup M. Ancelot dans un moment où les auteurs dramatiques contestent sa bienveillance pour tous les ouvrages qui ne sont pas signés de Mme Ancelot.

L'autre pièce a réussi. L'Idée du Médecin de MM. Armand et Achille Dartois n'est pas ce qu'on appelle une bonne idée d'auteur; mais le jeu spirituel de Bardou compense les défauts de l'ouvrage.

En passant au théâtre des Variétés, nous allons entamer forcément la série des revues que tout théâtre de vaudeville croit nécessaire d'offrir à ses abonnés vers l'époque des étrennes. On voit alors les directeurs s'observer mutuellement pour se piller entre eux sans être pillés, chose difficile et à laquelle ils ne réussissent pas plus les uns que les autres. Qui voit l'une de ces revues les voit toutes. Le roi des îles Marquises, le petit Cid et la petite Chimène, dom Sébastien de noir tout habillé, la comète, oh! la comète surtout, remplissent, avec les cigares renchéris et l'Odéon, le carquois d'où ces messieurs les faiseurs de revues tirent leurs flèches épigrammatiques. Si les beaux esprits se rencontrent quand ils n'ont pas de motifs pour cela, ils se rencontrent encore bien plus ayant des raisons pour se rencontrer. Seulement les couplets peuvent être plus ou moins épicés, les ressemblances plus ou moins réussies. Et puis c'est un grand point de savoir si le public aimera mieux voir défiler loute son année passée dans une comète que dans les îles Marquises, dans les états du prince de Gerolstein ou dans la lune. MM. Dumanoir, Dennery et Clairville ont choisi la comète. Leur pièce s'appelle Paris dans la comète. Il est inutile de savoir si elle a réussi, ces sortes d'ouvrages n'ont pas plus de mérite ici que là. Jamais d'ailleurs ils ne plaisent dans toutes leurs parties, et ils plaisent toujours par quelque endroit. Seulement, aux Variétés l'on trouve ce qui n'est nulle part, le jeune Fouyou, qui semble une tête de troupe fort distinguée auprès de ses grands camarades.

Quelles ressources, quelle activité prodigieuse M. Poirson n'a-t-il pas déployées dans la rude campagne qu'il a tenue contre les auteurs dramati.

ques! Que de fois n'a-t-il pas dû souhaiter de pouvoir faire à lui seul ses pièces, comme il rédigeait ses factums et les notes de ses avocats ! Mais la guerre touche à sa fin, et les vainqueurs doivent avoir conçu bien de l'estime pour les talens de leur ennemi encore redoutable. M. Poirson a ressaisi son sceptre de directeur, et le voilà de rechef en quête de succès. Chose bizarre, pas une de ces pièces qu'il a si péniblement recueillies n'a éprouvé de lourde chute, beaucoup ont réussi honorablement, pas une n’a obtenu un succès hors ligne. Cependant la provision s'épuise, nul n'est venu partager les travaux de MM. Fournier, Auvray, de Premaray. M. Lemaitre, appelé à la rescousse, refait les pièces de l'ancien théâtre dans l'impossibilité où il se trouve apparemment d'en faire de nouvelles , mais comme le public est peu érudit, Marivaux le fait rire et l'amuse. Au moins M. Poirson a-t-il un bon public s'il a de mauvais auteurs et de mauvaises pièces. Angélique ou I'L preure nouvelle, bien qu'imitée un peu hardiment de Marivaux, ne laisse pas d'être une fort jolie pièce que M'le Rose Chéri joue d'une façon ravissante. Du reste M. Lemaitre n'a point essayé de pallier son larcin, il a tout simplement laissé aux personnages leur habit, leur nom, et ne leur a pris que leur langage et leurs actions. C'est de l'histoire appliquée à la production dramatique. Mais pourquoi ne se permettrait-on pas de semblables licences dans un théâtre où il y a pénurie de pièces , quand on vole impudemment dans les théâtres qui ont répertoire, recettes et le reste? Toutefois le même M. Lemaitre a tort d'oublier le non bis in idem et de réitérer son heureuse audace. Les choses répétées deux fois de suite ne plaisent pas toujours, et nous regrettons qu'il n'ait pas attendu quelques semaines pour faire représenter son Cadet de Famille, autre imitation non moins hardie d'une pièce intitulée : Jules ou il n'y a plus d'enfans. Nous aimerions beaucoup, pour l'avenir du Gymnase et pour celui même de l'imitateur, qu'il eût imaginé seul et exécuté sans précédens collaborateurs ce vaudeville qui ne manque pas d'agrément ni de verve, et que les acteurs ont rendu avec un talent digne d'une meilleure cause; car il reste à M. Poirson un mérite incontestable, celui d'avoir formé une troupe excellente. Là seulement il n'a pas été entravé.

Le Gymnase a joué cette année trois pièces de plus que le théâtre du Palais-Royal, et si l'on voulait examiner sainement les choses, on trouveraii peut-être que les pièces de M. Poirson valent au fond celles de M. Dormeuil; mais la différence des genres a produit la différence des succès. Le Palais-Royal possède aussi une troupe choisie, acclimatée, adorée de son public, et qui n'a qu'à se présenter pour faire rire, tandis que l'on se montre fort ditficile envers des comédiens qui tâchent de faire pleurer. Et puis, on dirait que l'excommunication lancée sur le Gymnase a fait de ce théâtre un lieu redoutable et maudit, tandis qu'au Palais-Royal on arrive avec des dispositions toutes riantes, sous l'influence des idées les moins littéraires, ou, pour mieux dire, avec le plus profond dédain de toutes les littératures.

Nous appuyons cette petite théorie d'un exemple : les Mémoires de deux jeunes mariées, vaudeville en un acte de MM. Dennery et Clairville, res. semblent, par l'allure et la forme, à ces jolies petites pièces du Gymnase non interdit, qu'on appelait par spécialité genre gymnase. Joué aujourd'hui au boulevard Bonne-Nouvelle, ce vaudeville eût passé tristement, comme la plupart des ouvrages qui s'y jouent; mais au Palais-Royal , bien que mal interprété par les trois acteurs qui y figurent, il a fait plaisir. Cette pièce aussi est une imitation un peu libre, non pas d'une seule pièce , mais de cinq à six autres, la Seconde année, par exemple. Un mari sur le point d'être trompé se tire habilement d'affaire, et transporte au compte de son rival l'infortune que celui-ci lui préparait. Quelques mots un peu grivois, c'est-à-dire trop grivois , rendent la saveur de ce petit plat plus amère que piquante. Le sel est un ingrédient dont l'emploi est plus dangereux qu'on ne pense.

Après cette petite excursion, faite par le Palais-Royal sur les terres du Gymnase , est venue l'Invasion de Grisettes, autre emprunt forcé que MM. Varin et E. Arago ont cru pouvoir faire impunément à M. Paul de Kock, l'Homère des grisettes et des parfumeurs. Il faut, malgré tout, qu'il y ait du Paul de Kock dans ce pèlerinage de six grisettes qui cherchent une de leurs compagnes par toute la banlieue, y compris les bois et les champs de groseilles. Cette compagne est séquestrée par un tuteur jaloux , jaloux et amoureux. Le tuteur n'a pas trente ans; il a beaucoup vécu à l'estaminet, et voyagé autour des billards publics et des bals champêtres; ne reconnaissez-vous pas là un M. Jean ou tout autre héros de M. Paul de Kock ? Puis, la grisette séquestrée a une sæur qui fut séduite par un architecte , lequel lui offre douze livres de réparations par mois : cette figure n'est-elle pas aussi de votre connaissance ? Bref, le tuteur prend l'architecte pour le séducteur de sa pupille, l'architecte croit la pupille éprise de lui, les compagnes de la grisette bernent architecte, tuteur, etc. Que vous en semble ? Si la critique pouvait s'arrêter sur des ouvrages d'une si frêle constitution, nous dirions que, pour un vaudeville intrigué, celui-ci est mal fait, et que plusieurs situations, comiques dès l'abord, avortent dans le développement par la maladresse des auteurs; mais, encore une fois, constatons, ne commen

tons pas.

Le Palais-Royal aussi a eu sa Revue, et comme MM. Cogniard avaient pris les Iles Marquises , les Variétés la Comète pour terrain de leur grande parade critique, MM. Bayard, Dumanoir et Varin ont choisi la cour du prince de Gerolstein. Peut-être n'ont-ils pas eu tort. La présence continuelle de M. Grassot sous la perruque du fameux Rodolphe, une exhibition publique des talents mystérieux du prince, tels que pugilat, boxe et adresse, toutes ces pasquinades n'ont pas été moins heureuses que celles des autres théâtres. En fait de critique, nous ne sommes pas difficiles ; puissent les théâtres nous rendre la pareille! Dans l'énumération des principaux évènemens littéraires

et sociaux de l'année 1843, tous représentés par une caricature hardie et accompagnés d'une explosion de grosse joie, nous avons vu avec un sentiment de répulsion très fondée apparaître l'expression d'une douleur trop réelle comme un sévère et religieux fantôme au milieu des masques profanes. Nous voulons parler des vers qu’une actrice est venue réciter à propos de la mort de Casimir Delavigne. La transition a paru bien brusque, elle a dû effaroucher bien des rires , une simple allusion suffisait. Les auteurs n'ont pas fait preuve de goût en prolongeant leur trop douloureuse élégie.

Nous voilà maintenant en règle avec les théâtres de Paris. Il nous reste à constater le succès d'une pièce fort pittoresque, le Vengeur, qui depuis quelque temps déjà attire la foule, sinon par une belle prose et une forte intrigue, du moins par de magnifiques décorations et une admirable mise en scène; et puis il se fait dans cet ouvrage amphibie, car l'action se passe autant sur terre que sur mer, une effroyable consommation d'ennemis de la France, ce qui n'est pas d'un mince intérêt pour quiconque se plait à voir du fond d'une bonne loge l'éclair du canon, la houle de l'Océan, et la tempête majestueuse d'une grande bataille navale. Le tumulte a été combiné de façon à ce qu'aucune phrase ne puisse être distinctement perçue. MM. Laloue et Labrousse sont les auteurs du poème.

A. M.

BULLETIN.

ce

Les débats publics n'ont encore commencé dans aucune des deux chambres, et déjà nous sommes au plus vif des préoccupations politiques. C'est dans les bureaux que dès les premiers momens les questions les plus délicates ont été soulevées. Quelques personnes, dans l'intention louable de simplifier les travaux des chambres, voudraient qu'on supprimât les discussions préliminaires des bureaux, notamment quand il s'agit de nommer les commissaires de l'adresse. Nous ne croyons pas qu'on arrive de si tôt à une pareille innovation. Ces discussions préliminaires sont une introduction dont nos acteurs parlementaires paraissent avoir besoin pour se mettre en haleine. Elles sont aussi comme une préface que le public lit avec curiosité, qui n'arrive pas toujours à toutes les préfaces. Au dedans comme en dehors du parlement, on jette ainsi par anticipation un coup d'œil général sur l'ensemble, sur l'avenir de la session, et cette manière de procéder est assez conforme à nos habitudes. On aime beaucoup, dans ce pays, à récapituler les choses avant de les avoir approfondies.

D'ailleurs, sans ces discussions préliminaires et intérieures, que deviendraient ces orateurs dont le huis-clos est la condition vitale? Il y a tel homme qui ne parle que lorsque les portes sont bien fermées; tel autre ne trouve la parole que s'il se voit assuré contre toute interruption, contre toute contradiction un peu vive. Ainsi M. François Delessert, qui ne parle jamais à la tribune, a rompu le silence qui fait le fond de ses habitudes parlementaires, parce qu'il avait à cour de se déclarer contre la dotation. La même cause a délié la langue de M. Lebobe, de M. Muret de Bord, dont la voix, on le sait,

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