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zalès Bravo, qui débute ainsi dans la vie politique par une série de coups d'état, et qui semble chercher sa force et sa considération en montrant le courage d'un enfant perdu.

On peut cependant reconnaître dans la politique suivie par le ministère espagnol une pensée, c'est de rendre le retour de la reine Marie-Christine naturel et nécessaire Telle est, en effet, la portée de la résurrection de la loi de 1840 sur les ayuntamientos. Puisqu'on met en vigueur la loi même qui avait été le prétexte de l'insurrection contre la reine-inère, il est évident que reprendre ainsi ses erremens et son ouvrage, c'est la rappeler ellemême. Si la loi des ayuntamientos est acceptée par l'Espagne, toutes les incertitudes de Marie-Christine devront se dissiper; elle pourra partir.

Les Espagnols ne sauraient être accusés de pédantisme en matière de mécanisme constitutionnel. Voilà une loi mise en vigueur par un décret, après deux ans et demi d'intervalle ; puis le décret abroge un des articles de la loi pour lui en substituer un autre. Le ministère gouverne par ordonnances. Il se propose de promulgurr également par décret une loi sur les attributions des députations provinciales. Puis viendra, toujours par forme d'ordonnance , l'organisation du conseil d'état. Voilà bien des licences. Espartero n'en faisait pas davantage, sauf toutefois les bombardements.

Nos chambres, en traitant les diverses questions de politique étrangère, auront à examiner si elles doivent reproduire l'amendement en faveur de la nationalité polonaise. Pourquoi renoncerait-on à cet amendement? L'année dernière, si nous avons bonne mémoire, la commission de l'adresse l'avait inséré spontanément, et pour ainsi dire d’office. Quelques personnes prétendirent, il est vrai, que c'était dans l'intention d'atténuer par ce voisinage la portée du paragraphe sur le droit de visite. Quoi qu'il en soit, les chambres se sont créé elles-mêmes un précédent qu'il nous paraîtrait bien impolitique d'abandonner dans les circonstances où nous sommes. Il est possible, et nos sympathies pour une nation généreuse nous le font sincèrement regretter, il est possible que l'amendement en faveur de la Pologne n'ait pas en luimême une grande vertu; mais ce qu'il faut considérer, c'est la portée fâcheuse que pourrait avoir l'abandon de cet amendement. En effet, ne pas le reproduire, c'est paraître ou faire une concession à la Russie, ou ne pas comprendre l'importance qu'aura dans l'avenir le travail intérieur que font en ce moment les races slaves.

Une concession à la Russie n'est à cette heure, nous le croyons, dans l'intention ni du goût de personne. Le cabinet de Saint-Pétersbourg n'a pas renoncé à afficher une antipathie systématique contre le gouvernement et la dynastie de 1830. Nous n'avons aucun motif de changer à sa considération de ligne de conduite. Ce n'est pas d'ailleurs quand en Allemagne l'esprit public se prononce de plus en plus contre l'influence russe, qu'il serait opportun pour la politique de la France de faire un pas en arrière en renonçant à rappeler les droits de la nationalité polonaise.

Sachons au moins ne rien compromettre des éventualités de l'avenir. Il y a au sein des races slaves une fermentation morale et politique qui doit amener des transformations inévitables. Dans ces révolutions, les enfans de la Pologne ne doutent pas que leur noble patrie aura sa part et sa destinée : patriotique espérance que la France ne saurait vouloir décourager ni compromettre. Continuons donc de faire ce que nous avons fait jusqu'à présent, et, pour nous y déterminer, demandons-nous comment un changement de conduite serait interprété au dehors.

La chambre des pairs se trouve naturellement appelée à prendre l'initiative dans la censure parlementaire qui doit s'adresser aux légitimistes. Le projet rédigé par M. le duc de Broglie contient une phrase qui servira de thème à la discussion. La question de la liberté d'enseignement mérite aussi toute l'attention de la pairie, qui ne négligera pas à coup sur d'intervenir dès le début dans la discussion avec tout l'ascendant de sa haute expérience.

si l'on pouvait oublier un instant l'extrême importance qui s'attache à la loi sur l'instruction secondaire que le gouvernement doit présenter, les excès toujours croissans de certains organes du clergé la remettraient dans l'esprit aux plus indifférens. On avait dù penser qu'au-delà du chanoine Desgarets il n'y avait rien de possible, et que le libelliste de Lyon devait avoir et garder à toujours la palme du genre injurieux et diffamatoire. C'était une illusion. Le chanoine est distancé, il descend à la seconde place; la première appartient à l'abbé Combalot, qui vient de se signaler par un Mémoire adressé aux évéques de France et aux pères de famille. Qu'en pourrions-nous dire ? Un jour, devant l'abbé Morellet, un jeune homme, parlant de certains adversaires des philosophes, s'écriait : Ce sont des bêtes féroces ! - Mon ami, repartit tranquillement Morellet, féroces est trop poli.

- Depuis que le canon anglais a ouvert une brèche dans le Céleste-Empire, que de voyages imaginaires n'a-t-on pas faits dans ces régions jusqu'à ce jour impénétrables ! que de têtes se sont exaltées par la pensée d'une incursion possible sur cette terre vierge des pas et des regards européens! C'est qu'en effet la Chine recèle depuis bien des siècles des mystères dont on brûle de recevoir les premières révélations. Cette disposition du public suffirait pour expliquer le succès que vient d'obtenir dès son apparition un livre qui porte le titre de la Chine Ouverte (1), si d'ailleurs ce livre, au fond sérieux et complet, gai, piquant et original dans la forme, n'était l'æuvre d'une plume

(1) Chez H. Fournier, 7, rue Saint-Benoit.

également exercée à la critique et à l'invention, d'un spirituel écrivain qui, sous le nom d'Old-Nick, a déjà écrit tant de pages piquantes. Cet ouvrage est orné de nombreuses vignettes dues au crayon d'un artiste qui a fait sur les lieux mêmes tous ses croquis, et qui a pu allier ainsi l'exactitude au talent dont il a donné tant de preuves. La gravure et la typographie ont accompli leur tâche avec le même bonheur dans cette utile et charmante publication.

- Un écrivain connu vient de publier, sous le pseudonyme de Paul Smith, un choix d'études sur la vie d'artiste, qu'il a pu observer de près. Ce sujet piquant n'avait jusqu'ici été traité que d'une manière assez incomplète. La vie d'artiste a e.ercé plus d'une fois la verve de nos romanciers, et presque toujours l'exagération a marqué leurs esquisses d'une fâcheuse empreinte. M. Paul Smith a su éviter l'écueil que nous signalons; on reconnaît en lui un observateur consciencieux, un amateur éclairé, qui possède bien l'histoire de nos théâtres, et qui se montre souvent critique ingénieux en même temps que spirituel historien. Nous reviendrons sur cet ouvrage qu'on peut recommander aux artistes comme un dépôt d'utiles recherches, d'agréables portraits, et d'excellens conseils qui empruntent à la position de l'écrivain toute l'autorité de l'expérience. Les Esquisses de la Vie d'artiste (1), de M. Paul Smith, ne s'adressent pas d'ailleurs seulement aux artistes, elles seront lues

par du monde, et nous pouvons ainsi leur prédire un double et légitime succès.

les gens

(1) Deux vol. in-8°, chez Jules Labitte, quai Voltaire.

F. BONNAIRE.

NAPLES EN 1843.

IV.'

Le 24 mars dernier, veille de l'Annonciation, j'étais allé le matin voir le lac Fusaro, la prétendue tombe d'Agrippine, et toute cette partie des environs de Naples qui avoisine le cap Misène. Une barque me ramenait le soir à la ville, et, selon mon habitude, je faisais causer ou chanter les rameurs. Au milieu des ruines historiques et des nomromains, ces bonnes gens, n'ayant jamais ouvert un livre, ne connaissent que les traditions naïves à la portée de leur intelligence, el dans lesquelles ils font figurer Néron, Tibére ou Lucullus, comme d'anciens propriétaires du château voisin, et patrons de leurs grandspères. Chaque débris de monument a sa légende. On pourrait former de tous ces récits un cours d'histoire récréatif, où l'on verrait quela souvenirs les grands de la terre laissent derrière eux parmi le peuple. Un vieux rameur me racontait une historiette touchant le pont commencé par Caligula, et dont les piliers existent encore. Au dire des marins de Baja, Claude, hésitant à poursuivre l'ouvrage de son pro décesseur, aurait consulté le hasard. A minuit, l'empereur, à tably avec ses amis, écouta chanter les coqs de sa basse-cour, et condita les chants furent en nombre pair, désagréable aux dieux, il fut re

(1) Voyez les livraisons des 12, 26 novembre, et 21 décembre 1843.

TOME XXV. JANVIER.

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solu que le travail du pont serait abandonné. En achevant son bistoire, le vieux rameur se tourna vers le plus jeune de ses camarades et lui dit:

Ce signor Claude avait une femme méchante et débauchée qu'il tua d'un coup de couteau. Songe à cela, Matteo, avant de te marier. Si tu prends une femme comme celle du signor Claude, et que tu t'en débarrasses de même, on te mettra aux galères, parce que tu n'es pas un grand seigneur.

— C'est justement, répondit le jeune homme, parce que je ne suis pas un grand seigneur que ma femme ne sera pas méchante. Elle aura trop de besogne pour songer à mal, et d'ailleurs elle sera chrétienne et élevée par des religieuses, tandis que celle du signor Claude n'était pas baptisée. - Quand vous mariez-vous? demandai-je à maître Matteo. - Demain. - Votre fiancée est-elle jolie?

Elle le sera , j'espère : je ne la connais pas encore, puisque je vais à l’Annonciade pour lui jeter le mouchoir.

- Vous vous moquez de moi, Matteo?

- Dieu m'en garde! Je vois que votre excellence ne sait pas comment on marie les enfans trouvés à Naples. Si elle veut aller demain à l'hospice des Trovatelli, elle y verra toutes les filles bonnes à marier rangées sur une ligne dans la cour. Les pauvres diables comme moi, qui ne savent ou trouver une femme, viendront regarder ces jeunes filles et faire leur choix. Nous passerons ensuite à l'église tous ensemble, on nous mariera sur l'heure, et nous emmènerons nos épouses. J'ai acheté un beau mouchoir de toile blanche, que je jetterai à celle qui aura l'avantage de me plaire. Si votre excellence daigne me faire un petit regalio, ce sera autant de gagné pour mes frais de noces.

Vers huit heures du soir, dans le salon de la marquise de S...., je causais avec un Français de la cérémonie intéressante qui devait avoir lieu le lendemain à l'Annonciade.

Il y a ici, me dit-il, une dame napolitaine qui pourrait vous raconter l'histoire d'un enfant-trouvé et d'un mariage de ce genre. J'en ai appris quelques détails à batons rompus. Faites votre cour à cette dame, et obtenez d'elle un récit complet.

Il se trouva précisément que je connaissais cette personne. Je lui adressai ma prière et lui demandai dans quel moment elle pourrait satisfaire ma curiosité.

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