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D. ALVAR.

Mais, madame, admirez que, malgré la tempête
Que votre usurpateur voit gronder sur sa tête,
Tous les bruits de Léon annoncent pour certain
Qu’à la comtesse Ignès il va donner la main.

DONE ELVIRE.

Il cherche dans l'hymen de cette illustre fille
L'appui du grand crédit où se voit sa famille.
Je ne reçois rien d'elle, et j'en suis en souci;
Mais son cæur au tyran fut toujours'endurci.

ÉLISE.
De trop puissants motifs d'honneur et de tendresse
Opposent ses refus aux næuds dont on la

presse. Pour...

D. ALVAR.

Le prince entre ici.

SCÈNE III.
D. GARCIE, DONE ELVIRE, D. ALVAR,

ÉLISE.

D. GARCIE.

Je viens m'intéresser,
Madame, au doux espoir qu'il vous vient d'annoncer.
Ce frère qui menace un tyran plein de crimes
Flatte de mon amour les transports légitimes :
Son sort offre à mon bras des périls glorieux
Dont je puis faire hommage à l'éclat de vos yeux,
Et par eux m'acquérir, si le ciel m'est propice,

de tous

La gloire d'un revers que vous doit sa justice,
Qui va faire à vos pieds choir l'infidélité,
Et rendre à votre sang toute sa dignité.
Mais ce qui plus me plaît d'une attente si chère,
C'est que, pour être roi, le ciel vous rend ce frère;
Et qu'ainsi mon amour peut éclater au moins
Sans qu'à d'autres motifs on impute ses soins,
Et qu'il soit soupçonné que dans votre personne
Il cherche à me gagner les droits d'une couronne.
Oui, tout mon cœur voudroit montrer aux yeux
Qu'il ne regarde en vous autre chose que vous :
Et cent fois, si je puis le dire sans offense,
Ses võux se sont armés contre votre naissance;
Leur chaleur indiscrète a d'un destin plus bas
Souhaité le partage à vos divins appas,
Afin
que

de ce cæur le noble sacrifice
Pût du ciel envers vous réparer l'injustice,
Et votre sort tenir des mains de mon amour
Tout ce qu'il doit au sang dont vous tenez le jour.
Mais puisque enfin les cieux de tout ce juste hommage
A mes feux prévenus dérobent l'avantage,
Trouvez bon que ces feux prennent un peu d'espoir
Sur la mort que mon bras s'apprête à faire voir,
Et qu'ils osent briguer par d'utiles services
D'un frère et d'un État les suffrages propices.

DONE ELVIRE.

Je sais que vous pouvez, prince, en vengeant nos droits, Faire par votre amour parler cent beaux exploits :

Mais ce n'est pas assez pour le prix qu'il espère
Que l'aveu d'un État et la faveur d'un frère;
Done Elvire n'est pas au bout de cet effort,
Et je vous vois à vaincre un obstacle plus fort.

D. GARCIE.

Oui, madame, j'entends ce que vous voulez dire.
Je sais bien que pour vous mon coeur en vain soupire;
Et l'obstacle puissant qui s'oppose à mes feux,
Sans que vous le nommiez, n'est pas secret pour eux.

DONE ELVIRE.

Souvent on entend mal ce qu'on croit bien entendre;
Et par trop de chaleur, prince, on se peut méprendre.
Mais, puisqu'il faut parler, désirez-vous savoir
Quand vous pourrez me plaire et prendre quelque espoir?

D. GARCIE.

Ce me sera, madame, une faveur extrême.

DONE ELVIRE.

Quand vous saurez m'aimer comme il faut que

l'on aime.

D. GARCIE.

Et que peut-on, hélas ! observer sous les cieux
Qui ne cède à l'ardeur que m'inspirent vos yeux ?

DONE ELVIRE.
Quand votre passion ne fera rien paroître
Dont se puisse indigner celle qui l'a fait naître.

D. GARCIE.

C'est là son plus grand soin.

DONE ELVIRE.

Quand tous ses mouvements Ne prendront point de moi de trop bas sentiments.

D, GARCIE. Ils vous révèrent trop.

DONE ELVIRE.

Quand d'un injuste ombrage
Votre raison saura me réparer l'outrage,
Et que vous bannirez enfin ce monstre affreux
Qui de son noir venin empoisonne vos feux;
Cette jalouse humeur, dont l'importun caprice
Aux veux que vous m'offrez rend un mauvais office,
S'oppose à leur attente, et contre eux à tous coups
Arme les mouvements de mon juste courroux.

D. GARCIE.

Qu’un peu

Ah! madame, il est vrai, quelque effort que je fasse,

de jalousie en mon caur trouve place,
Et qu'un rival absent de vos divins appas
Au repos de ce coeur vient livrer des combats.
Soit caprice ou raison, j'ai toujours la croyance
Que votre âme en ces lieux souffre de son absence,

que, malgré mes soins, vos soupirs amoureux
Vont trouver à tous coups ce rival trop heureux.
Mais, si de tels soupçons ont de quoi vous déplaire,
Il vous est bien facile, hélas! de m'y soustraire;
Et leur bannissement, dont j'accepte la loi,
Dépend bien plus de vous qu'il ne dépend de moi.
Oui, c'est vous qui pouvez, pardeux mots pleins de flamme,

Et

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Contre la jalousie armer toute mon âme.
Et, des pleines clariés d'un glorieux espoir,
Dissiper les horreurs que ce monstre y fait choir.
Daignez donc étouffer le doute qui m'accable,
Et faites qu’un aveu d'une bouche adorable
Me donne l'assurance, au fort de tant d'assauts,
Que je ne puis trouver dans le peu que je vaux.

DONE ELVIRE.
Prince, de vos soupçons la tyrannie est grande.
Au moindre mot qu'il dit un cæur veut qu'on l'entende,
Et n'aime point ces feux dont l'importunité
Demande qu'on s'explique avec tant de clarté.
Le premier mouvement qui découvre notre âme
Doit d'un amant discret satisfaire la flamme;
Et c'est à s'en dédire autorisér nos voeux
Que vouloir plus avant pousser de tels aveux.
Je ne dis point quel choix, s'il m'étoit volontaire,
Entre don Sylve et vous mon âme pourroit faire :
Mais vouloir vous contraindre à n'ètre point jaloux
Auroit dit quelque chose à tout autre que vous;
Et je croyois cet ordre un assez doux langage
Pour n'avoir pas besoin d'en dire davantage.
Cependant votre amour n'est pas encor content;
11 demande un aveu qui soit plus éclatant;
Pour l'ôter de scrupule, il me faut à vous-même,
En des termes exprès, dire que je vous aime;
Et peut-être qu'encor, pour vous en assurer,
Vous vous obstineriez à m'en faire jurer.

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