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Jadis, quand tu charmais ce terrestre séjour,
Confiant ma pensée aux ailes de l'Amour,
J'ordonnais; dans ton sein Amour portait ma lettre:
Mais celle-ci quel dieu voudra te la remettre?
Où trouver d'aussi sûrs, d'aussi doux messagers?
Dois-je m'en reposer sur ces songes légers
Qui, pour calmer ma peine et tromper mon veuvage,
M'offrent dans le sommeil ta fugitive image?
Eh! comment me fier à leur zèle imposteur?
Ils osent, empruntant ton organe enchanteur,
Me reprocher l'excès de ma douleur profonde,
M'invitent à chercher, dans le vain bruit du monde,
Le bonheur... le bonheur qui m'a fui

pour toujours ! M'assurent que je puis sur les pas

des Amours
Y trouver ( ô blasphême !) une autre Caroline...
Oui , je puis retrouver ta fraîcheur dans Delphiue,
Dans Rose ton souris, dans Adèle tes yeux,
Dans Zoé de ton sein le contour gracieux;
Ton caractère aussi revit dans Adolphing,
Dans Flore ton esprit, ton cæur dans Joséphine:
Ainsi de ta beauté chacune m'offre un trait;
Mais des traits isolés ne sont point un portrait!
Ainsi, recomposant le plus parfait modèle,
Je puis de tes vertus trouver une étincelle,
Un rayon égaré..... mais je ne pourrais pas
Rallumer le foyer qu'éteignit le trépas!...
Danscestems où l'honneur compteplus d'un naufrage
Sans doute

que

les dieux, jaloux de leur ouvrage,

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Mais fui, Recor

Chéri Lapis laco

Ont voulu te soustraire à ces vils séducteurs,
Des droits de la tendresse heureux usurpateurs,
Qui peut-être espéraient refaire à leur image
Ce cour qu'ils profanaient par leur impur hommage.
Leurs principes affreux, athéisme d'amour,
Tu les a détestés : tous ces amans d'un jour,
Insectes papillons qui s'attachent aux Graces,
Sans effleurer ton coeur voltigeaient sur tes traces:
Le vice t'entourait, mais n'osa t'approcher.
Ton seul tort, et j'eus droit de te le reprocher,
Est d'avoir méconnu le danger de tes armes.
Je sais que la nature, en créant tant de charmes,
A créé le besoin de les faire admirer,
Et

que, pour la beauté, plaire c'est respirer;
Mais pourquoi dérober l'hommage illégitime
D'un amour qu'on ne veut payer que par l'estime?
Et quel triomphe, hélas! pour un cæur généreux
De se dire : l'on m'aime et l'on est malheureux!
Ah! si dans l'Elysée on est sensible encore,
Souviens-toi que l'amour d'un coup d'ail peut éclore ,
Et qu'au séjour nouveau par ton ame habité
Quand on est malheureux c'est pour l'éternité.

Mais souviens-toi surtout de l'ami le plus tendre
Qui, plein de tes vertus, et fidèle à ta cendre,
Reconnaissant d'aimer..... même ce qui n'est plus,
Chérit sa peine, et vit de soupirs superflus.
Espérer le bonheur serait te faire injure:
La consolation est pour moi le parjure.

Les Muses, seul amour permis au malheureux
Qui perd l'objet constant de ses plus tendres væux;
Les Muses, dont la main essuya tant de larmes,
Pourmoi les Muses même ont perdu tous leurs charmes;
Je hais leurs vains lauriers, et mon luth détendu
Aux branches d'un cyprès repose suspendu;
Ou d'un doigt incertain si je l'essaie encore,
Soit quand le jour s'enfuit, soit quand renaît l'aurore,

dire aux échos ton nom et ma douleur,
Et qu'importe la gloire à qui perd le bonheur?
Que me fait à présent le succès d'un ouvrage?
La voix du monde entier ne vaut

pas

ton suffrage;
Toi seule fus ma muse : oui, de tous mes écrits
Caroline fut l'ame et le juge et le prix.
Lorsqu'à mon vers heureux souriait le parterre,
L'orgueil que j'ai senti fut l'orgueil de te plaire.

C'est pour

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Ce monde où tu n'es plus m'appelle vainement;
Le monde est un désert pour le cour d'un amant!
Seule tu le peuplais..... tu le peuples encore.....
Mais quelle nuit affreuse y remplace l'aurore !
J'y vivais d'espérance, et j'y vis de regrets!
Ou le myrte a fleuri s'élève le cyprès !
Tout m'y semblait riant; tout est devenu sombre!
Je n'y voyais que toi; je n'y vois que ton ombre!...
Je la trouve aux lieux même où je crois l'éviter :
Melpomène à ses jeux vient-elle m'inviter,

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par

tes appas,

Plein de ton souvenir quand j'applaudis Racine,
Je pleure au même vers où pleura Caroline;
Aux pièces de Molière on me voit attendri,
Et seul je pleure encore où Caroline a ri!
Si le hasard conduit ma rêveuse indolence
Vers ce jardin fameux planté par l'opulence,
Lieu charmant dont cent fois nous avons fait le tour,
Lieu cher à tous les goûts, et qui sert tour à tour
De théâtre au plaisir, de retraite à l’étude,
Mon cœur te redemande à cette solitude;
Mon pied croit ressaisir la trace de tes pas,
Je baise le

gazon

foulé Et je rends grâce, assis sous son discret feuillage, A l'orme hospitalier qui t'offrit son ombrage. Suis-je dans un parterre où la rose et le lis De leur éclat rival brillent enorgueillis, Mon avide regard cherche la tubéreuse; Plus belle par ton choix, ou du moins plus heureuse, Cette fleur à mes yeux est la reine des fleurs. Que dis-je ? o souvenir qui redoublemes pleurs! Caroline plus juste, à son heure suprême, A la reine des fleurs rendit son diadême. Je voudrais, me dis-tu, (j'étais à son côté, Cachant sous son front calme un cæur bien agité) Je voudrais une rose; et ton ami fidelle Court, vole, t'en offre une aussi fraîche que belle; Tu la prends d'une main faible, et veux la poser Sur ta bouche qui s'ouvre encore pour

la baiser.

Je te vis tendrement sourire à ton image:
Tu semblais au plaisir rendre un dernier hommago,
Et ton regard disait : « J'ai brillé comme toi,
r Charmante rose... Adieu... tu vivras plus que moi! »
Le lendemain s'accrut par degrés ta souffrance,
Et par degrés aussi mourut mon espérance';
Le lendemain Malouet vint me dire : Elle est mieux;
Le lendemain ton ame avait rejoint les cieux !!!...
Je m'arrête... ma main tremble... ma plume tombe....
Mon cour m'échappe encore; il te suit dans la tombe...
Un éclair de bonheur vient de luire pour moi;
J'ai cru te voir, j'ai cru converser avec toi...
Mais le charme est détruit, et je dis à ta cendre
Un éternel adieu... que tu ne peux entendre!

Par Luce (de Lancival.)

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